‹ Henri de Bernières, premier curé de Québec [microforme]Chapitre 24 sur 60 · AU CRE · texte numérisé non relu

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apportait un certain revenu, qui augmenta à mesure que l'on concéda des emplacements.

Voici les noms de ceux qui, en 1687 (1), payaient rente à la fabrique pour des emplacements qui leur avaient été concédés sur « le cloitre de l'église : » — M. Boutteville, M. La Ferrière, M. Soulart, M. Roger des Colombiers, M. Roussel, M. de Mosny, M. de Comporté, M. Choret, M. Le Normand, M. Beauregard, M. de Villeray, M. de Grandville, M, Carsy, Jacques Parent, les Sœurs de la Congrégation.

En parcourant les comptes de la fabrique du temps de M. de Bernières, on voit que le casuel de l’église était assez considérable. En 1668, les grand’messes du Saint Sacrement se montent à deux cents livres. Il y a chaque année la grand'messe des forgerons, dite « de Saint-Eloi, » celle des confrères de Sainte-Anne, et beaucoup de grand'messes pour les âmes. Il y a souvent des enterrements dans l’église (2), et l’on fait chanter des services solennels pour les défunts. Voici, par exemple, Jean Bourdon qui meurt en 1668 : il a de suite trois services, puis chaque année, durant douze à quinze ans, une grand’messe solennelle pour le repos de son âme. La note au sujet de ses trois services se lit

bâtirent un hospice et une chapelle, où, loin du bruit du monde, ils se retiraient pour vaquer à leurs exercices religieux. Les constructions avaient la forme d'une équerre, l’église étant à l'est, la façade tournée au nord, et l'hospice, au sud, attenant au chœur de la chapelle,

« Charlevoix, dans son plan de Québec, lui donne le nom de Saint-Roch, nom qui s'est étendu à la rue qui y conduisait et à tout le faubourg Saint- Roch.

« Cette chapelle était parfaitement isolée dans les premières années du xvuie siècle, Avant 1716, la rue Saint-Roch n'existait même pas; on devait se rendre à la chapelle par le rivage... »

(1) En 14687, Mer de Saint-Vallier estimait à 93.000 livres le revenu de la fabrique de Québec. (Archives de l’archevêché de Québec, Réy. A.).

(2) Mer de Laval, prévenant les conseils hygiéniques d'aujourd'hui, ne se montrait pas favorable à l'usage d’enterrer dans l'église, surtout celle de Québec, « toute bâtie sur le roc, ce qui serait cause d'une grande incommodité pour la mauvaise odeur qui s'exhale des corps qui y ont êté inhumés... Pour empêcher un air contagieux et pestiféré qui serait à craindre, si l'on continuait à l'avenir d’enterrer les corps avec la même facilité que par le passé, » il veut que personne « ne soit enterré dans l’église, que l’on n'ait payé auparavant la somme de six vingt livres pour le droit d'ouverture d'aine fosse, et fait creuser à ses propres dépens une fosse d’une profondeur suffisante... » (Mandements des évèques de Québec, t. 1, p. 33).

comme suit : « Pour l'enterrement de M. Bourdon dans l'église, trois nocturnes, laudes, la grand'messe à diacre et sous-diacre, le tafletas, l’argenterie et dix livres de cierges : 187 1 10 $s.: plus, un service pour le dit sieur Bourdon, un nocturne, laudes, la grand'messe à diacre et sous-diacre, l'argenterie el six livres de cierges : 421. 10 s.: plus, un autre service pour feu M. Bourdon, un nocturne, laudes, la grand’messe à diacre et sous-diacre, l'argenterie, et six livres de cierges : 42 1. 140$. »

On trouve dans les comptes de Jean Juchereau de la Ferté, marguillier en charge pour 1675, des noms de personnes qui demeurent à la Rivière du Sud, à Bourg-Royal, à la Petite-Auverone, à la Petite-Rivière, à la côte Saint-François, à la côte Saint- Michel, à la côte de Lauson : elles viennent faire inhumer leurs défunts dans le cimetière de Québec, et apportent leur quote-part au revenu de léglise.

Malheureusement, les arrérages dus à la fabrique sont considéables tous les ans, et « le chapitre des reprises » allonge les comptes des marguilliers.

Nommé à la desserte de la paroisse dans l'automne de 1660, M. de Bernières constate un état de choses si regrettable et prie Mér de Laval d'y appoiier remède. Le prélat rend alors son ordonnance du 10 juillet 1664 :

« On se plaint, dit-il, que la plupart des habitants de Québec demandent aisément des enterrements honorables pour leürs parents défunts, beaucoup de luminaire, de messes hautes, et de services funéraux, dont ensuite on ne peut tirer aucun paiement, non pas même les droits du fossoyeur et sonneur, d'où s’ensuil que la fabrique s'engage à plusieurs dettes...

« Nous, ayant soigneusement examiné le tout, avons ordonné et ordonnons que lon paiera par avance aux marguilliers les services qui seront demandés, avec les droits du fossoveur et sonneur.

« Faisons défense aux dits marguilliers de fournir aucun Tuminaire aux frais de l’église, sinon aux enterrements et services qui seront faits pour les pauvres qui n'auront pas le moyen. Et afin que notre présente ordonnance soit exécutée, nous faisons expresses inhibitions et défenses à ceux qui desserviront ci-après la dite paroisse de Québec, de faire dorénavant quoi que ce soit des dits services funéraux, sinon après avoir reçu un billet du marguillier

qui sera en charge, par lequel il déclare avoir reçu le paiement des choses qui seront demandées... (1). »

On trouva moyen d'éluder cette ordonnance, et elle eut peu de résultat pratique. En 1674, il fut dressé un état général des dettes actives de la fabrique « tant bonnes, douteuses que mauvaises » les bonnes se montaient à 4.207 1. 3 s. 3 d,; les douteuses à 590 1. 10 s.; les mauvaises à 629 1. Plus tard, il fallut nommer quelqu'un pour recouvrer « toutes les vieilles dettes de la fabrique. »

En 1670, Mer de Laval, à la demande de M. de Bernières et des mareuilliers, rendit une autre ordonnance, destinée à mettre de l'ordre dans les affaires de la fabrique :

« Nous avant été représenté dans le cours de notre visite de cette église, que les comptes de ceux qui ont été ci-devant en charge n'ont été rendus et arrêtés que sur des feuilles volantes (2), dont il pourrait arriver de notables inconvénients à la suite, pour y obvier et faire observer un meilleur ordre à l'avenir, nous ordonnons qu'il ne sera rendu dorénavant aucun compte des marguilliers qui ne soit arrêté par le curé et marguillier en charge et inscrit et signé par eux et le dit comptable dans le registre qui a été fait exprès pour cela.

€ Ordonnons en outre qu'il sera fait un inventaire de tous les ornements et généralement de tous les meubles qui peuvent appartenir à la dite église, et qu'il sera enregistré en un côté du dit registre, duquel inventaire il sera mis une copie entre Îles mains du marguillier qui sera en charge, et une autre copie demeurera entre les mains du curé de la dite paroisse, et que l’état des choses contenues dans le dit inventaire sera revu au moins une fois tous les ans, en présence du dit curé et de tous les marguilliers étant en charge.

€ De plus il sera fait un inventaire de tous les titres, contrats et papiers appartenant à la dite église, le dit inventaire, enregistré dans le dit registre et signé du curé et des marguilliers, nous sera présenté dans le cours de notre visite ou de celui qui sera commis par nous.

(1) Mandeme.ïls des évèques de Québec, t. 1, p. 33.

(2) Môme au Coaseil Souverain de la Nouvelle-France, on avait commencé à écrire les arrêts et ordonnances sur « des feuilles volantes, » Le & février 1664, le Conseil ordonne que le greffier lienne « un plumitif des procès-verbaux des assemblées, » (Jugeme ts du Conseil Souverain, t. 1, p. 14%).

« I sera de plus fait un inventaire de toutes les dettes actives et passives de la dite fabrique, et de quelle année la chose sera due, et le dit inventaire sera inséré dans quelque endroit du dit registre, où dans quelque autre sénaré, lequel nous sera représenté tous les ans où à celui qui sera commis par nous à la visite de la dite paroisse... (4). »

Charles Aubert de la Chenaie, € adjudicataire du droit sur les pelleteries et de la ferme de Tadoussac (2), » rendit ses comptes, dans un ordre parfait, le 25 mars 1670, pour l'année 1666-1667 où il avait été marguillier en charge. À cette époque, l'année d'office des marguilliers commençait avec Fannée ecclésiastique, à l'Avent : ils étaient élus vers la fin de novembre.

Voici les marguilliers qui, à la suite de M, de la Chenaie, rendent leurs comptes sous la présidence de M. de Bernières :

Rouer de Villeray, marguillier en charge pour l'année 1667- 1668, rend ses comptes le 2 janvier 1671: Bertrand Chenay de la Garenne (1668-1669) rend ses comptes le 27 mars 1672: Romain Lecquet, notaire royal, rend «à Québec, en l'hôtel de Monseigneur, » le 27 mars 1672, les comptes de 1669-1670: Claude Charon (1670- 1671) rend ses comptes en octobre 1672: Noël Pinguet (1671-1672) rend ses comptes € en hôtel de Ma de Pétrée » le 1er novembre 1672 (3); Charles Bazire, « agent général de MM. de la Com pagnie Royale des Indes-Occidentales, » marguillier en charge pour 1672-1673, rend ses comptes le 27 mars 167% (%); Nicolas Dupont, « écuyer, sieur de Neuville, Conseiller du Roy au Conseil Souverain, » rend ses comptes (1673-1674) « en la salle du séminaire » le 10 août 1675: Jean Juchereau de la Ferté (1674-1675) rend ses comptes « en la salle du séminaire » le 15 mars 1676: Philippe Gautier, écuyer, sieur de Comporté, rend ses comptes (1675-1676) « en la salle du séminaire » le 6 mars 1678: François Hazeur, marchand de Québec, rend le 10 avril 1684, les comptes

(1) handements des évèques de Québec, &. 1, p. 78.

(2) La ferme de Tadoussac lui avait été adjugée à l'enchère par le Conseil le 23 octobre 1663 pour trois ans, à raison de 46,500 livres par année. (Jugements du Conseil Souverain, t. 1, p. 99).

(3) Quatre marguilliers rendent leurs comptes ea 1672, M. de Bernières, curé de Québec, les ayant avertis de son départ pour la France dans le cours de l'automne.

(4) Après Le retour de France de M. de Bernières dans l'automne de 1673.

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de deux années : 1676-1677 et 1677-1678; Charles Roger des Colombiers (1678-1679) rend les comptes le 3 août 1682; Pierre Duquet, remplaçant Louis Joliet, rend ses comptes de 1679-1680 «en la salle de la dite fabrique » le 19 mars 1684; Pierre Duquet (1680-1681) rend ses comptes le 4 avril 1684; Vincent Poirier (1681- 1682), le 28 janvier 1685; Simon Mars (1682-1683), le 30 novembre 1685: Pierre Nolan (1683-1684), le 23 déce.abre 1685; Jean de Mosnv (1684-1685), le 31 mars 1686; Timothée Roussel (4), 1685-1686, rend ses comptes le 30 janvier 1689 « en l'hôtel de Mer l'Evêque; » Lucian Boutteville (2), 1686-1687, rend ses comptes le 47 mars 1689, « en la salle du Palais archiépiscopal, Ms l'Evèque (Saint-Vallier) présent. »

M. de Bernières avait cessé d’être curé de Québec au printemps de 1687 : la dernière reddition de comptes à laquelle il assiste est celle de M. Roussel; il signe avec le nouveau curé, M. Dupré.

La présence de l’évêque aux assemblées de ce genre est mentionnée pour la première fois à la reddition de comptes de M. Boutteville, le 17 mars 1689. M#r de Saint-Vailier devait inaugurer bientôt un autre usage, celui d'inviter le gouverneur luimême aux assemblées de fabrique. Voici en effet ce qu’on lit dans le livre des Délibérations de la fabrique de Québec, à la date du 3 mai 1693, sous le titre Election de ME le comte de Frontenac, marguillier d'honneur :

« Mer l'Evêque a représenté à iz Compagnie qu’elle avait besoin de soutien et de protection, et qu'étant nécessaire d’ailleurs de mettre les choses sur le nième pied qu’elles sont en France il croyait devoir faire remarquer qu’il n’y avait point de moyen plus sûr que de songer à donner à l’église un marguillier d'honneur; qu'entre ceux sur qui on pourrait jeter les yeux il serait à souhaiter que M. le comte de Frontenac voulüt faire cet honneur à la Compagn's et cc bien à l’église. Cette proposition ayant été agréablement reçue de tout le monde, on a prié Monseigneur d'en vouloir parler lui-même à M. le comte pour l’y disposer. M. le curé l'y

(4) Jean de Mosny et Timothée Roussel étaient tous deux médecins-chirurgiens, le premier, de l’évéché de Lisieux, le second, de Montpellier. Timothée Roussel mourut à Québec en 1700, quelques jou”s seulement après M. de Berniéres,.

(2) 11 était marchand, et demeurait rue Sainte-Anne, ainsi que les sieurs de Louvier et Anicet Boyer. (Documents de Paris, Eglise du Canada, t. 11, pp. 144, 115).

accompagnera, et on a nommé d’ailleurs cinq ou six des principaux marguilliers tant anciens que nouveaux pour lui en aller faire la prière au nom de toute la Compagnie (4).

« M. le comte de Frontenac ayant voulu faire l’honneur à la Compagnie de se rendre à la prière qu’elle lui a faite, il est venu le troisième jour de may à l'assemblée, où Mar l’Evêque l'avant remercié £u nom de tous les marguilliers, il a bien voulu luimême assurer la Compagnie et les particuliers qui la composent, des dispositions où il est de la protéger et de la favoriser dans les occasions qui pourront se rencontrer. »

Frontenac fut d'autant plus flatté de se voir offrir le titre de märguillier d'honneur par Mer de Saint-Vallier lui-même, que cette démarche de l’évêque était en opposition avec les sentiments de son prédécesseur : M£r de Laval, voulant avant tout protéger l’indépendance ot la liberté des fabriciens, avait décidé, dans les commencements de son épiscapat, que le gouverneur, en sa qualité de gouverneur, n'avait pas droit d'assister aux assemblées de fabrique (2).

Mi de Saint-Vallier, dans les premiers temps, « était étroitement uni » à Frontenac : ce qui explique la politesse qu’il venait de lui faire. Mais l'amitié entre les deux personnages ne dura pas longtemps; et « du depuis, écrit M. de Champigny, leur division est venue à un point qui me fait croire avec beaucoup de fondement

que le remède ne s’en peut trouver que: dans l'autorité de Sa Majesté (3). »

(4) Qui ne songerait, en voyant les marguilliers de Québec mettre Frontenac dans leurs affaires, à la fable Les grenouilles qui demandent un roi, et à cette autre, Le Jardinier et son Seigneur?

« De recourir aux rois vous seriez de grands fous: Il ne les faut jamais engager dans vos guerres, Ni les faire entrer sur vos terres. »

(2) Archives paroissiales de Notre-Dame de Québec. Voir Vie de Mer de Laval, 5. 1, p. 217.

(3) Archives du Ministère des Colonies, Canada, Correspondance générale, vol, xu1, Lettre de Champigny au Ministre, 27 octobre 1694. — La mésintelligence entre l'évêque et le gouverneur éclata suriout à l’occasion du procès intenté au Conseil Souverain contre M. de Mareuil, « accusé d’avoir proféré des paroles infâmes et toutes pleines d'ordures contre Dieu, la Vierge, les saints et l'Eglise, » et du mandement de Msr de Saint-Vallier sur les discours impies, dans lequel le prélat, nommant M. de Mareuil, le menaçait d’excommunication,

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