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Frontenac tint d'ailleurs sa promesse et se montra le protecteur des intérêts de l’église. Il assistait régulièrement aux assemblées de fabrique, et signait les délibérations à la suite de l’évêque, mais avant le curé. Une de ces assemblées eut lieu, le # janvier 1697,
« s'il continuait à tenir un pareil langage. » Elle s'accentue à :a suite de la malheureuse affaire du prie-Dieu, à Montréal, qui se termina par l'interdiction de l’église des Récollets et de ces Religieux eux-mêmes.
Le mandement au sujet des comédies, dans lequel Frontenac, qui avait fait jouer à Québec Nicoméde et Mithridate, était spécialement visé, n’était pas de nature, non plus, à plaire au gouverneur. D’après M. de Latour (Mémoires sur la vie de M. de Laval, p. 213), il aurait aussi fait jouer le Tartufe au château Saint-Louis, chez les Jésuites, aux Ursulines et à l’'Hôtel-Dieu, puis aurait eu le dessein de répéter la pièce au Séminaire, et n’y aurait renoncé que sur les représentations des directeurs. M. de Latour écrivait cela plus de-trente aas après l'évènement. Nous croyons qu'il y à lieu de douter si réellement Frontenac fit jouer le Tartufe à Québec. Il en avait formé le projet, mais il y renonça à la demande de l’'Evêque, qui lui donna pour cela cent pistoles. Ecoutons plutôt a ce sujet M. de Champigny :
« M. l’Evêque, dit-il, ayant eu avis que M. le gouverneur voulait faire représcnter la comédie du Tartufe, fit son possible pour l’empécher, et par son ordre il fut fait une explication publique, dans une messe de paroisse, des comédies impures, comme était, dit-il, celle du Tartufe, à laquelle on ne pouvait aller sans péché mortel; et animé du zèle qu’il fait paraitre contre tout ce qu’il croit être mal, il prit l’occasion que j'étais avec M. de Frontenac pour le prier de ne pas faire jouer cette pièce, s’offrant de lui donner cent pistoles; ce que M. de Frentenac ayant accepté, il lui en fit son billet, qui fut payé le lendemain.
« J’avais regardé cette action entre ces deux messieurs comme une chose qui ne devait servir qu’à engager M. le Gouverneur de se désister du dessein qu’il avait pu avoir de faire jouer le Tartufe, afin de donner cette satisfaction à M. l'E,êque, avec lequel il était étroitement uni, et qu'il ne tarderait pas à Jui faire l'honnêteté de lui renvoyer ses cent pistoles, comme il me semblait qu'il devait faire par rapport à l’amitié réciproque qui était entre eux.
« Mais la suite me fit voir des choses tout opposées. L'entreprise faite contre Mareuil en mêre temps commença à aïgrir M. le Gouverneur contre M. l'Evêque; et du depuis leur division est venue à un point qui me fait croire avec beaucoup de fondement que le remède ne s’en peut trouver que dans l'autorité de Sa Majesté. »
Frontenac ne niait pas avoir reçu cent pistoles de l’Evêque pour ne pas faire jouer le Tartufe : il se contentait de plaisanter là-dessus : « A l'égard des cent pistoles que M. l’Evêque m'a données, écrit-il au ministre, c’est une chose si risible, que je n’ai jamais cru qu’on la pût tourner à mon désavantage, mais qu’elle Jonnerait matière de se réjouir à ceux qui en entendraient parler. Si M. l’Evêque avait voulu me croire, et suivre les conseils que l’amitié qu'il me témoignait alors me donnait souvent la liberté de lui donner sur toutes les
: au château de cette ville, en la chambre de M#r le comte de Frontenac, gouverneur et lieutenant-général pour Sa Majesté en ce pays-ci, marguillier d'honneur de cette paroisse... »
C'est ordinairement le moyen le plus simple de désarmer un ennemi, le nommer à une place qu’il convoite. Nul doute que Frontenac, dans sa première administration (1), se montra souvent mal disposé envers le clergé et toujours prêt à s’immiscer indûment dans les affaires de fabrique. Tantôt il accuse les marguilliers de « divertir les deniers de la fabrique pour en faire une autre application que celle à laquelle ils sont destinés, » tantôt il leur reproche de les confier au procureur du séminaire. Il veut que le procureur du Roi assiste à la reddition des comptes, et il profite de l’absence de l'évêque, le 14 mars 1679, pour rendre cet arrêt. Il ne néglige aucune occasion de faire la leçon aux marguilliers et de les rabaisser dans l'exercice de leurs fonctions (2).
Mer de Laval s'efforce, au contraire, de les relever dans leur propre estime et dans celle du publie. 1] a soin tout d'abord, « pour conserver parmi eux la paix, l'union, l'humilité chrétienne, » de b'en régler l’ordre de préséance qui doit exister entre eux (3) ; mais il veut aussi qu’à l’église et dans les cérémonies du culte ils soient les premiers après le gouverneur et l’intendant, et qu’ils aient le pas sur tous les autres fidèles.
Il y a un règlement de la cour qui ordonne « que dans les processions et autres cérémonies au dedans ou au dehors des églises, le gouverneur général ou le gouverneur particulier de chaque lieu marchera le premier, après lui les officiers de la Justice et ensuite les marguilliers (4). » On interprète ce règlement aussi strictement que possible, et l’on tâche d’en limiter lapplication, toujours en vue de ne pas nuire au prestige des marguilliers. Frontenac
choses que lui ou ses ecclésiastiques entreprenaient tous les jours, et à la continuation desquelles je lui représentais qu'il était impossible qu'à la ün on ne s’opposât, il n'aurait pas fait tant de fausses démarches. Mais vous devez le connaitre assez pour savoir qu'il ne suit pas toujours ce que ses amis lui conseillent. » (1bid., Lettre de Frantenac au Ministre, # novembre 1695).
(1) Frontenac fut gouverneur du Canada à deux reprises : de 1672 à 1682, puis de 1689 à 1698, annèe de sa mort.
(2) Jugements du Conseil Souverain, passim.
(3) Mandements des évêques de Québec, t. 1, p. 20.
(4) Jugements du Conseil Souverain, t. 1, pp. 655, 904.
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s’en plaint dans une lettre adressée au ministre en date du 19 novembre 1673 :
€ il ya, dit-il, une difficulté avec M. îe grand vicaire, pour le :.ng du Conseil Souverain, qu’il prétendait ne devoir point se trouver en corps à l’église les quatre fêtes solennelles, les jours de la Chandeleur, des Rameaux et du Vendredi-Saint, et ne devoir point précéder les marguilliers de la paroisse que dans les processions générales, qu'ils restreignent à celles du jour de la fête du Saint-Sacrement, de la mi-août, et autres extraordinaires comme pour les Te Deum, dans lesquelles les marguilliers affectaient de ne point marcher comme marguilliers afin de n’être pas précédés.
« J'avoue que je fus étonné de cette contestation qui me marquait l’attachement qu'ils ont de relever jusque dans les moindres choses ce qui est de leur autorité, en essayant de blesser la Royzie, et que je crus que des ecclésiastiques devaient être bien aise qu'une Compagnie souveraine comme est celle-ci (le Conseil) donnât l'exemple aux peuples, en se trouvant les jours solennels
au service, ce qui ne pouvait qu'en rendre la célébration plus.
auguste.
« Mais quelle que raison que je pusse alléguer pour leur faire comprendre qu’en France les curés se tiendraient honorés que les Parlements voulussent venir tous les dimanches en corps assister à leur service, et que je leur représentasse que si celui de Paris ne le faisait pas, aux jours solennels, comme le Conseil Souverain souhaitait de le faire ici, c'était que la ville était trop grande, et qu’il y avait plusieurs paroisses, au lieu qu'en celle-ci il n’y avait qu'une église, où il fallait de nécessité qu'ils se trouvassent tous, ou comme particuliers ou en corps; il fallut user de quelque sorte d'autorité, en lear déclarant que c'était une chose que je désirais absolument qui se fit par provision, et jusques à ce que vous en eussiez autrement ordonné, pour les obliger à faire présenter par leur bedeau à MM. du Conseil Souverain les cierges et les rameaux aux jours de la Chandeleur ei Pâques fleuries, et leur faire donner le pain bénit, l’encens et la paix devant les marguilliers... (1). »
M. de Bernières. toujours porté à la conciliation quand la chose était compatible avec son devoir, se conforma au désir du gouverpeur. Bien plus, à la demande de M. de Tilly, « doyen des
(1) Manuscrits de la Nouvelle-France, 2 série, t, 11, p. 309.