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doyen du chapitre, reçut Mer de Laval à son retoui de France, le 4 juin de cette année (1), et deux mois plus tard Mer de Saint- Vallier, auquel il présenta une adresse de bienvenue (2).
La plupart des curés faisaient encore partie du séminaire, suivant le mandement qui avait établi cette institution. Mais on était à la veille de grands changements, qu'avaient fait déjà pressentir la conduite et le langage de M. de Saint-Vallier dans le premier voyage qu'il avait fait au Canada en qualité de grand vicaire de Mer de Laval (3). Nous lisons dans un Mémoire du temps : « On commenca dès lors à craindre si fort en Canada son caractère d'esprit remuant et inquiet, qu'on écrivit en France qu'on ferait un grand bien si on pouvait lui persuader de ne pas se faire sacrer et de ne revenir jamais au pays (#4). »
I n'entre pas dans le cadre de cette étude de raconter en détail les démêlés de M£' de Saint-Vallier avec le Séminaire de Québec. Qu'il nous suflise de noter quelques passages de Mémoires authentiques et inédits, qui font voir ce qu'avait établi Mer de Laval, et ce que voulait son successeur, puis de signaler ensuite quelques incidents qui aflectèrent spécialement M. de Bernières.
Voici ce qu'on lit dans un Mémoire de 169%, attribué à M. de la
« Son territoire comprend un quarré où il y a en tout vingt-neuf maisons. I n'y a aucune communauté sur ce territoire, »
Le seul souvenir qui reste de la paroisse de M, Poitevin, c'est un reliquaire en cuivre doré, qui renferme une précieuse relique de saint Josse, bien authentiquée par Msr Bellay, premier évêque de Paris après la Révolution. Nous avons vénéré cette relique, il y a quelques années, dans la sacristie de l'église de Saint-Merry.
(y « Le vaisseau qu'il a plu au Roi d'accorder à la Compagnie de la Baie d'Hudson est arrivé devant Québec le 3e de juin... Il a passé sur ce vaisseau une des trois compagnies que Sa Majesté envoie, avec vingt-cinq hommes de recrue, et 53,750 1, d'argent comptant. M, de Laval, ancien évêque de Québec, qui s’y élait embarqué, est heureusement arrivé, et le navire, après un petit séjour à Québec, est reparti pour la baie d'Hudson, afin d’en tirer les pelleteries qui y sont... » (Archives du Ministère des colonies, vol. x, Lettre de Chiampigny au ministre, 8 août 1688),
(2) Les Ursulines de Québec, €. 1, p. 4bÿ.
(3) Les lettres de grand vicaire de M. de Saint-Vallier sont dattes du séminaire des Missions-Etrangères de Paris le 8 mai 1685. MM. J. Guyon et L. Geoffroy signèrent comme témoins. Nommé évêque de Québec par le Roi, il n'avait « pas encore reçu ses bulles à raison des différends surveaus entre la Cour de Rome et celle de France, » (Registre du Chapitre.)
(4) Documents de Paris, Eglise du Canada, £, 1.
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Colombière (4); on ne pourrait mieux rendre l'idée du Séminaire de Québec, telle que l'avait conçue son fondateur :
€ Il comprit qu'il n'avait ni assez d'ouvriers, ni ossez de bien, pour pouvoir séparer son clergé en plusieurs corps entre lesquels les différentes fonctions fussent partagées, et il sentit encore mieux que la sainteté des particuliers et toute leur consolation dans les difficultés inséparables du ministère ecclésiastique par “apport à un pays où la vie était très dure en toutes manfères, dépendait de union qu'on établirait tant pour le spirituel que pour le temporel entre tous les ecclésiastiques qui serviraient sous son autorité cette nouvelle église.
« Il les porta donc tous par ses raisons et par son exemple à vivre tous ensemble dans une même maison où il se renferma luimême pour en suivre les règlements qu'il avait faits, à mettre tout en commun, à are servir par les mêmes personnes la cathédrale, la paroisse et le séminaire, et à rendre ce séminaire comme le centre de tout le clersé séculier, où tous les prêtres qui y auraient été formés s’attachewment pour toujours... (2). »
Voilà bien le séminaire, ide, lié avec le clergé et l'église de Québec, suivant le titre mêm mandement pour son érection :
« Patentes pour le Séminaire et le clergé. » Cela explique dans quel sens les partisans du système de M£' de Laval disaient que Mer de Saint-Vallier « allait renverser cette nouvelle église dans ses fondements, » — « Avec les meilleures intentions du monde,
(1) Joseph Seré de la Colombière, qui prononca l'oraison funébre de Mer de Laval en 1708, Il n'appartenait pas au séminaire de Québec, mais lui était très attaché, » C’est an bon serviteur de Dieu, écrit Mer de Laval, avec lequel on est bien uni, » (Notes de Mer de Laval, 42 mai 1695), I fat d'abord Sulpicien, et comme tel vint au Canada en 1682. Rappelé en France en 1694 par M. Tronson, il quitta la Société de Saint-Sulpice, puis repassa au Canada en 1692, en même temps que Mer de Saint-Vallier, et c'est de lui, vraisemblablement, qu'il est question dans le passage suivant d'un Mémoire sur le Canada : « Sa Majesté ordonna au P. de La Chaise de le faire observer (Saint-Vallier) par un homme sage et désintéressé qu'on envoya pour cela avec lui sans qu'il le sût,
et d'écrire à ses Pères de lui mander en conscience leur sentiment sur ce prélat, quand ils l’auraient vu agir à son retour, Cet homme et ces Pères ont témoigné séparément, trois années de suite, qu'il ne fallait point espérer de changement parce que les choses allaient tous les jours de pis en pis, et qu'il semblait nécessaire de venir sans délai aux derniers remèdes, » (Documents de Paris, Eglise du Canada, €. 1, p. 9%).
(2) Documents de Paris, Eglise du Canada, & 1, p. 3
a cru devoir perfectionner cette église sur de nouvelles idées, et il l’a mise à deux doigts de sa ruine, en changeant tout (1). »
Le Mémoire que nous venons de citer ajoute au sujet du Petit et du Grand Séminaire :
« Les prêtres qui viennent de France étant en petit nombre, il a fallu former un séminaire d'enfants, au nombre de trente, qui, avant même que d'être admis à la cléricature, servent d’enfants de chœ"1wr, portent le surplis, aident aux chants et aux cérémonies; et c’e ‘le leur nombre qu'après une longue épreuve de vie dure, on bre les clercs, qu’on élève par degrés au sacerdoce..…. Les ecclésiastiques, jusqu’à l’arrivée de M. de Saint-Vallier, n'avaient donné nul scandale. Composant une seule famille avec l’ancien évêque, ils vivaient doucement avec lui comme avec un père, et trouvaient le moyen de subsister ensemble par l’économie, et de remplir toutes les charges de la cathédrale, de la paroisse, du séminaire, des cures et des pauvres, nonobstant leur peu de bien, qui n'aurait pas pu suffire à tout cela à beaucoup près, si on eût été divisé en différents corps et en différentes maisons. »
Voici maintenant, d'après le même Mémoire, ce que voulait Mer de Saint-Vallier : ses prir cipes étaient « qu'il fallait gouverner son diocèse comme les autres diocèses de France, et qu’ainsi il fallait séparer les biens et les personnes, et former différents corps pour le chapitre, le séminaire et les paroisses. La dépendance où le séminaire de Québec tient tous les ecclésiastiques du pays, disait-il, a un air de domination et d’avarice qu’un évêque doit réprimer; et il n’est pas de bon ordre qu'un seul corps dispose de tous les biens ecclésiastiques et s'assujétisse tous les prêtres... (2). »
€ Il avait pris la résolution, dit un autre Mémoire, de séparer du séminaire la paroisse, le chapitre et les curés, et de partager entre eux les ï: nus, qui avaient été jusqu'alors en commun... d’ôter aux supérieur et directeurs du séminaire leur rapport avec les curés pour leur direction et leur subsistance (3). »
Ecrivant lui-même à la Cour, M£r de Saint-Vallier disait : « Outre
(4) Documeuts de Paris, Eglise du Canada, t, 1, pp. 48, 30.
(2) «Il est très important, disait au contraire Mer de Laval, pour conserver les ecclésiastiques dans l'esprit de Notre-Seigneur, qu'ils reçoivent tous leurs besoins du séminaire de Québec, afin qu'ayant ce rapport ils y demeurent toujours unis... » (Lettre de Mer de Lav:1 au séminaire de Québec, mai 1685).
(3) Documents de Paris, Eglise du Canada, t, 1, p. 29.
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le principe général qui apprend aux personnes sages la nécessité indispensable qu’il y a d’entretenir la dépendance et la subordination des inférieurs ecclésiatiques à l'égard de leur évêque, telle qu'elle s’observe en France et selon le droit commun, il y a un principe inébranlable de foi dans l'Eglise, que les évêques ont été établis pour la conduire, et non pas un séminaire conduire et gouverner les évêques et les ecclésiastiques du diocèse (1). »
Il ajoutait, en parlant de M. de Brisacier : « C’est lui qui a défendu devant les commissaires du Roi, il y a environ vingt-cinq ans, les idées qu’on s'était formées d’un nouveau gouvernement apostolique, où le séminaire devait plutôt sonduire que lesévêques, et où tous les ecclésiastiques du diocèse devaient être dans la désappropriation et dépendance (2) du séminaire (3). »
Le prélat commença par la réforme du séminaire en rapport avec les paroisses. IT alla lui-même à la Cour (1691); et ses demandes furent soumises par le roi à l'examen de l'archevêque de Paris et du P. La Chaise. Ceux-ci donnèrent leur avis sur chacune d’elles. Il y eut un compromis entre l'Evêque et le séminaire des Missions-Etrangères, puis un règlement final (1692) approuvé par le Roi (4).
Les curés n'étaient plus censés faire partie du séminaire; mais de fait le plus grand nombre lui restèrent unis® Quelques-uns, cependant, furent bien aises de se déclarer indépendants, d'autant plus qu’ils y étaient fortement incités par le prélat : « il l'exigeait même de ceux qu'il avait amenés avec lui de France. »
« On a eu le déplaisir, dit le Mémoire déjà cité, de voir que ceux qui se sont ainsi séparés, partie par complaisance pour lui, partie par le penchant de la cupidité naturelle, se sont trouvés si distraits et si embarrassés par le soin de leur subsistance, dont ils étaient déchargés, que non seulement ils n’ont eu ni le temps ni
(1) Documents de Paris, Eglise du Canada, t. 1, p. 118. Lettre citée dans un arrêt du Conseil de la marine du 26 février 1747.
(2) Mer de Saint-Vallier alla jusqu’à se plaindre que les curés, quand ils venaient en ville, logeaient au séminaire, ce qui les rendait dépendants de cette maison. Le Conseil de la marine, le 16 juin 1716, lui fait dire « qu’il est plus convenable qu’ils logent au séminaire qu'ailleurs, et qu’il serait fort gênant pour eux de lui en demander la permission, » {{bid., p, 415).
(3) Documents de Paris, Eglise du Canada, t. 1, p. 86, Lettre citée dans un arrêt du Conseil de la marine du 8 février 1718.
(4) Edils et Ordonnances, t. 1, pp. 26%, 269