‹ Henri de Bernières, premier curé de Québec [microforme]Chapitre 30 sur 60 · CES · texte numérisé non relu

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la volonté de faire selon leur coutume la retraite annuelle, mais qu'ils se sont sentis tout à fait déchus de leur première ferveur, dont ils ont eux-mêmes rejeté la cause sur le changement de leur état. »

Ms de Saint-Vallier réussit également plus tard à séparer le chapitre du séminaire (1). Les lettres patentes du Roi, de 1713, déclarent que « les communautés et les séminaires sont exclus des bénélices du chapitre (2). »

Cela n'empêcha pas les prêtres du séminaire de Québec de remplir encore quelque temps des canonicats; et l'on en fut bien aise : ils étaient toujours les plus assidus au chœur (3). Mais il vint aussi de France un bon nombre d'abbés, qu'attiraient nos bénéfices canoniaux.

Voici ce qu'écrivait M#r Dosquet, en 1729, à l'occasion du règlement de 1713 : le Conseil de la marine résume sa lettre :

« Il serait à propos qu'il pût nommer aux canonicats vacants

(4) Un des résultats de la campagne de Mer de Saint-Vallier contre le séminaire à l’occasion du chapitre, fut que Je roi par ses lettres patentes de 1713, se réserva le droit de nommer le doyen et le grand chantre (Documents de Paris, t. 11, p. 23) : ce qui nous valut l'avantage d'avoir un Cabanac la Jonquière et autres grands personnages à Ja tête du clergé de Québec! D'après les statuts de Mer de Laval, ces dignitaires étaient nommés par le chapitre. Mais Mer de Saint-Vallier feignait d'ignorer même l'existence de ces statuts : il commente en effet les siens (41 septembre 174%) par ce préambule : «€ Notre prédécesseur, dont nous tâchons de suivre les vestiges, ayant érigé dans notre église cathédrale un chapitre, s'était réservé de faire des statuts qui servissent de règle au d. chapitre, et comme il n'a pas exéculé son projel, ni donné des statuts à la dite église, nous nous sommes obligés d'y suppléer et à cette fin «Ge faire les statuts suivants... » (Documents de Paris, &. 1. p. 2). Or, tout le monde peut lire dans les Mandements des Evèques de Québec, &. 1, p. 435, les « Statuts et règlements du chapitre de Québec faits par Mgr de Laval conjointement avec MM. les chanoines en l’année 1684, »

(2) Documents de Paris, Eglise du Canada, t. 1, p. 90, Notes du Conseil de la marine sur une lettre de Mer Dosquet.

(3) En 1748, sur treize chanoines, il n’y en avait que cinq à Québec, dont quatre au séminaire. (Documents de Paris, t. 1, 76), En 1728, M. Plante, chanoine, l'un des directeurs du séminaire, écrivait : © Il n’y à ordinairement au chœur que quatre où cinq chanoines, et quelquefois moins, et ordinairement les mêmes. Ces messieurs me paraissent un peu trop faciles * s'absenter et ne

regardent pas d'assez près l'obligation de résider... M, Le Page a sa terre et ses moulins à faire valoir, M. Leclair a d'autres vues... » (Documents de Paris,

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quelques directeurs du séminaire de Québec, qui peuvent aisément assister à tous les offices du chœur et remplir les devoirs de leur maison. Par ce moyen il n’y aura pas à Québec tant d’ecclésiastiques inutiles, qui, faute d'occupation, commencent à donner dars les amusements mondains, le jeu, la bonne chère et le dérèglement. Cette oisiveté fait qu’ils ne pensent qu’à chicaner et à semer la division tant entre eux qu'entre les laïques. Il y en a même qui tiennent des discours qui peuvent porter les peuples à l'indépendance et à la révolte.

« Son dessein serait de mettre dans le chapitre quelques-uns des anciens curés, qui, ayant travaillé avec zèle dans leurs missions, et ne pouvant plus en soutenir les travaux, seraient en état d'assister au chœur, et de rendre plus de services aux peuples de Québec que ces jeunes chanoines en qui ils n’ont pas de confiance, et qui le plus souvent les scandalisent.…

« Le défaut de prêtres le porte à proposer les directeurs du séminaire pour être chanoines, n'ignorant pas qu’ils en ont été exelus à la prière de feu Mar de Saint-Vallier. Il ne conçoit pas pour quelle raison il l’a demandé, dans un temps où il n’y a pas assez d’ecclésiastiques pour fournir aux missions (1). »

Evidemment M# Dosquet n’était pas convaincu du bien qu'avait pu faire son prédécesseur « en séparant les personnes » dans son clergé. En fit-il davantage par € la séparation des biens? »

Le partage des revenus entre l’évêque, le chapitre et le séminaire, — revenus des abbayes en France et sommes inscrites au budget canadien — fut, on le sait, l'objet de malentendus, de discussions, de convoitises, de procès interminables. Même entre eux les chanoines ne pouvaient s'entendre sur leur part respective. MM. de Beauharnais et Hocquart écrivent à la Cour en 1730, que « ceux qui composent le chapitre ont entre eux des discussions d'intérêts pour lesquels ils ont fait saisir les uns sur les autres leurs revenus (2). » Il en fut ainsi jusqu’à la conquête. Ces abbés de haut lignage, les de Lotbinière, les de Gannes-Falaise, les de

(4) Documents de Paris, Eglise du Canada, t. 1, p. 89, Notes du Conseil de la marine sur une lettre de Mer Dosquet.

(2) Documents de Paris, t. 11, p. 42, Mémoire sur l'Eglise du Canada, 9 janvier 1731.

Tonnancour, les Cabanac la Jonquière (1), les de La Villangevin (2), les de Lacorne (3) ne s’en trouvaient jamais assez. Hélas! qu'était devenu cet heureux temps où Ma de Saint- Vallier lui-même avait cru « voir revivre dans l'Eglise du Canada quelque chose de cet esprit de détachement qui faisait une des principales beautés de l'Eglise naissante de Jérusalem? » (4). Revenons à M. de Bernières.

Evidemment ce ne fut pas sans de vives protestations que lui

(4) C’est ainsi qu'il signait quelquefois. (Documents de Paris, t. 11, p. 48). Au chapitre, il signait « Cabanac, doyen; » et dans les actes il est appelé « Jean de Cabanac Taffanel. »

(2) On lit dans le Journal des Jésuiles, à la date du 1er juin 1750 : M. de la Ville Angevin, official, théologal et chanoine de la cathédrale, banni de l'évêché par M. de Pontbriand, évêque de Québec, ayant demandé retraite dans notre maison, l’évêque s’y oppose; tous nos Pères demandent qu'il soit admis et menacent, en cas de refus, d’en écrire à Paris et à Rome; il est donc recu : l’évêque nous en veut du mal. » (L’Abeille, t. x1, p. 42).

(3) C’est de lui que l'abbé de l’Isle-Dieu disait, en 1767, avec une pointe de malice : « Le Doyen du chapitre (de Québec) est en France depuis dix-sept ans, et par là s’est épargné la douleur d’être le témoin de la dévastation de son pays natal (car il est Canadien d’origine)... » Il paraît que l’évêque de Québec, ayant besoin de prêtres, avait songé à rappeler au Canada ceux de ses chanoines qui étaient passés en France; mais ceux-ci ue semblaient pas disposés à y retourner : « Je penserais volontiers, ajoutait M. de l’Isle-Dieu, que ce serait une petite perte pour le diocèse... » (Archives de l’archevêché de Québec, Documents copiés au Vatican, Lettre de l’abbé de l’Isle-Dieu au cardinal préfet de la Propagande, Paris, 9 février 1767).

(4) Estat présent de l'Eglise. dans la Nouvelle-France. — On sait que Mer de Saint-Vallier avait écrit et publié ce livre dans un moment d'enthousiasme pour sa nouvelle église qu'il venait de visiter. Un an après, ses sentiments ayant changé, il le regretta tellement qu’il fit supprimer les exemplaires qui restaient. Voici ce qu’on lit dans une Relation de Québec datée du 20 octobre 1688 :

« M. de Saint-Vallier fut bien surpris, en arrivant au pays (pour la deuxième fois), de trouver les choses dans d’autres dispositions qu’il ne les avait laissées, et bien fâché d’avoir tant exagéré, dans la Lettre qu’il avait fait imprimer à Paris, les bonnes mœurs des peuples d'ici, et les bénédictions que Dieu répandait sur eux : puisque, par une politique assez ordinaire à ceux de son rang et de sa profession, il fut obligé de reieter, dans un sermon qu'il fit, sur les péchés du peuple, les fléaux dont le Canada était accablé, et d’exhorter tout le monde à la pénitence et à la prière pour apaiser la colère de Dieu. Mais ce discours ne fit qu'augmenter le murmure de ses auditeurs, qui les attribuaient à des causes plutôt humaines que divines; ce qui l’obligea de supprimer les deux cents exemplaires de son livre qu’il avait apportés, et qui n’ont pas paru depuis... » (Archives du Ministère des colonies, vol. 10).

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et M. de Maizerets entendirent Mer de Saint-Vallier déclarer « qu'il fallait séparer les biens et les personnes » du séminaire, du chapitre et des paroisses ; car le Mémoire déjà cité nous apprend que le prélat leur enleva, peu de temps après son arrivée, leurs commissions de grands vicaires et de supérieurs des communautés religieuses, et leur ôta même la faculté de prêcher et de confesser. « [l'aima mieux laisser ces communautés et le diocèse entier sans supérieurs et sans grands vicaires, que de continuer dans ces emplois ces deux hommes, qui, du consentement commun, étaient les plus saints, les plus sages, les plus expérimentés du pays. »

Bientôt cependant il nomme pour son grand vicaire un prêtre qu'il a amené avec lui, M. de Merlac : il lui confie en même temps la charge de supérieur de l’'Hôtel-Dieu (1).

Au séminaire, M. de Maizerets a succédé à M. de Bernières, comme supérieur, dans l’automne de 1688 : c’est sur lui principalement que vont tomber les coups (2). M. de Bernières, d’ailleurs, naturellement timide et modeste, parle peu et se tient sur la réserve. M. de Maizerets, au contraire, avec son franc parler. ne craint pas de « représenter à l'évêque les inconvénients de sa conduite. » Aussi lui devient-il bientôt « peu supportable. » On préfère, en général, la louange à la critique: on aime ceux qui nous disent des choses agréables : Loquimini nobis placentia (3); et pourtant il n’y a pas, d’après Tacite, de pire engeance que les flatteurs : Pessimum genus, laudantes (4).

(1) « La supérieure s’y opposa, écrit la sœur Juchereau; elle ne croyait pas ce prêtre propre à conduire une communauté... » Puis, lorsque M. de Merlae fut remplacé en 469% par M. de la Colombière, elle ajoute : « Nous eûmes d'autant plus de joie de le revoir, qu'il nous délivra de celui que l’on nous avait donné malgré nous. C'était un homme dangereux et corrompu, qui pou. vait entraîner plusieurs de nos religieuses, qui écoutaient avec simplicité ce qu’il leur disait pour les séduire. Ce fut sur la déposition qu’elles en firent par écrit, que la supérieure demanda qu'on l’éloignât de cette communauté, On traita secrètement cette affaire pour l'honneur de l'Eglise. » (Histoire de l'Hôtel-Dieu, pp. 345, 363).

(2) D’après un Mémoire, l'évêque « s'était ménagé des espions qui lui faisaient à tort et à travers des rapports de ce que ce pauvre supérieur avait dit innocemment, ou même de ce qu’il n'avait pas dit, mais de ce qu’on lui faisait dire, en interprétant mal ses paroles et ses actions... » (Documents de Paris, t, 1, p. 22).

(3) Isaïe, xxx, 10.

(4) Vita Agricole, xux,

M. de Bernières, cependant, reste doyen du chapitre; et à ce titre, malgré toute sa réserve, il participera à plusieurs actes qui vont blesser M£' de Saint-Vallier.

Dès le 4 avril 1689, le chapitre se croit obligé de refuser une demande de l'évèque. Celui-ci prétend que son grand vicaire doit avoir « la première place et séance au chœur dans la cathédrale en l’absence de l’évêque, et celle d’après le doyen, lorsque l’évêque sera présent. » Les chanoines, sans doute, ont prévu cette prétention; car l’un d’eux se lève, et fait lecture d’une lettre recue « de la part de M. Boudon, grand archidiacre d'Evreux, où il a été pareillement grand vicaire, qu’il a consulté sur le rang de séance qu'ont les vicaires généraux, officiaux et promoteurs dans la cathédrale. » Voici la teneur de la consultation :

« Les promoteurs, ni même les ofliciaux, ni les vicaies généraux n’ont aucun rang dans les cathédrales quand ils ont des prébendes ou dignités. Ils v tiennent le rang précisément selun l’ordre de leur dignité ou prébende, et l’on n’a aucun égard à ces autres qualités. C’est ce qui est sans difficulté, et on ne le dispute pas. Ils doivent done simplement tenir le rang que leur donne leur dignité ou prébende. Si tels vicaires généraux, ofliciaux et promoteurs n'étaient ni dignités ni prébendes, ils n'auraient aucune séance parmi les chanoines. »

Cette lecture faite, le chapitre décide « qu’on ne peut pour le présent acquiescer à la prétention de monseigneur, à cause des suites et conséquences. » On le suppliera « de vouloir bien surseoir la chose jusqu’? ce qu’on ait de plus grands éclaircissements de France de ce qui a coutume de s’y pratiquer touchant ce point. » Le syndic du chapitre, M. Glandelet, et le doyen, M. de Bernières, sont priés de communiquer cette décision à l'évêque.

Le 9 février de l’année suivante (1690), encore un sursis à une demande de l’évêque. Il a nommé M. de Merlac chanoine et grand chantre à la place de M. Dudouvyt, et il prie le chapitre de le recevoir en cette qualité. Les chanoines hésitent à le recevoir, sous prétexte que « les dites chanoïaie et chantrerie sont en Régale (1). » Ils ne croient pas « que Sa Grandeur en puisse

(4) M. Dudouyt était mort durant la vacance du siège épiscopal de Québec. — Nous voyons plus tard, le 19 avril 4740, Ms de Lauberivière, avant de quitter la France pour le Canada, demander un arrêt du Conseil afin de pourvoir

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pourvoir sans en obtenir le don du Roi. » — Recevez-le, dit Mer de Saint-Vallier, sous le bon plaisir et agrément du Roi. — Les chanoines le supplient alors « de trouver bon qu’ils prennent du temps pour s’éclaireir plus particulièrement de la chose, et l’assurent que, comme on ne cherche que la justice et la vérité, l’on fera volontiers pour la satisfaction de Sa Grandeur ce que l’on verra pouvoir faire sans blesser l'honneur du chapitre, et sans faire contre le droit du Roi. » Ils lui demandent « de vouloir bien remettre cette affaire jusqu’au retour de ses visites qui doivent être de quinze jours : à quoi monseigneur a acquiescé. »

Quelques jours plus tard, le chapitre se réunit de nouveau pour s'occuper de la question; et après mûre délibération on décide que M. de Merlac, lorsqu'il viendra se présenter avec les lettres de Monseigneur, sera reçu aux bénéfices de la chanoinie et chantrerie de feu M. Dudouyt, « sous le bon plaisir et agrément du Roi, » attendu que ces bénéfices sont vacants en régale. Les chanoines prient M. le doyen et le syndic du chapitre « de voir monseigneur et de lui faire savoir la délibération et la conclusion présente du chapitre, aussitôt qu'il sera de retour de ses visites. »

M. de Merlac ne fut installé cependant comme chanoine que le 29 août 1692. Mer de Saint-Vallier était passé en Europe en 1691, et s'élait assuré sans doute « du bon plaisir et agrément du Roi. » Tous deux maintenant vont prendre leur revanche contre le chapitre.

Et d’abord, l’évêque revient de France avec la promesse de M. de Brisacier que M. de Maizerets, supérieur du séminaire, sera rappelé à Paris, si dans un an il n’est pas content de sa conduite. Il a la même promesse à l’égard de M. Glandelet, qui lui aussi, comme syndic du chapitre, lui est devenu « peu supportable. »

M. Glandelet apparaît ici pour la première fois comme le compagnon d'armes de M. de Maizerets. Désormais leurs noms ne seront plus séparés, dans les démèêlés de l’évêque avec le séminaire. On les retrouve ensemble l’année suivante, lorsque Ms de Saint- Vallier, tenant constamment au-dessus de leur tête comme une épée de Damoclès la menace de les faire repasser en France. essaie de faire enregistrer au Conseil Souverain la promesse écrite qu'il

aux bénéfices de son diocèse « tombé en régale par la démission de Mer Dos quet » le 25 juin précédent,

en a eue de M. de Brisacier. On les retrouve vingt ans plus tard, lorsque le même évêque les accuse à la Cour de former au séminaïe des sujets qui refusent d’obéir à son autorité. Ils répondent tous deux à cette grave accusation par un Mémoire très concluant, adressé à M. de Brisacier, dans lequel ils donnent des explications franches et loyales, et se justifient des reproches qu’on a voulu faire peser sur eux (1).

Pour donner cependant un peu de satisfaction à l’évèque, M. de Maizerets fut remplacé en 1693 par M. de Bernières comme supérieur du séminaire (2). Le modeste prêtre reprit de nouveau le poste d'honneur; mais il ne fut pas longtemps sans y trouver la peine : et voici à quelle occasion :

Un des canonicats de la cathédrale étant devenu vacant fut donné à M. de la Colombière, et le nouveau chanoine fut installé suivant l’usage par le doyen du chapitre, le 6 décembre 1692. M. de Merlac prétendit que la prérogative d'installer les chanoines lui appartenait en sa qualité de grand chantre; et l'évêque vint à l'appui de ses prétentions par une ordonnance du 2% avril 1693, « portant que ce serait au grand chantre de faire à l'avenir l’installation des chanoines, et que l’acte qui aurait été fait de celle de M. de la Colombière ne saurait être d'aucune autorité, non

(4) Documents de Paris, t. 1, pp. 69, 75, Lettre de MM. de Maizerets et Glandelet à M. de Brisacier, 21 septembre 1718; instructions pour servir d'éclaircissement aux points contenus dans la lettre qu’on écrit à M. l’abbé de Brisacier. — Ces instructions nous apprennent qu’à son retour de France en 1713, Mer de Saint-Vallier trouva dix-huit jeunes ecclésiastiques canadiens que le séminaire avait préparés pour ie sacerdoce durant son absence, et que le prélat ordonna les années suivantes : « tous, à l'exception seul, avaient été nourris et entretenus, de la meilleure partie, aux frais du séminaire : » MM. de la Rue, Le Provost, Poulin, Voyer, Bizard, Auclair, Denoyer, Cloutier, Caillet, Dugast, Jorian, Arnault, Chasle, Mercier lainé, de la Voye, Lepage, Thaumur et Mercier.

(2) M. de Brisacier nomme en même temps M. Dupré premier assistant, M. Gauthier de Brûlon second assistant, et MM. Glandelet et Maizerets « pour les ayder à conduire la maison. » Msr de Saint-Vallier, ratifiant la nomination des supérieur et directeurs du séminaire, dit : « Consentons qu'ils en fassent toutes les fonctions, et ce pendant une année, durant laquelle ayant connu par nous-même la bonne conduite qu'ils nous promettent de garder, nous serons plus en état de continuer d’agréer et d'approuver ce qui sera plus avantageux à notre Eglise et au gouvernement particulier du séminaire épiscopal. » (Archives de l’archevêché de Québec, Rég. A.).

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plus qu'un grand nombre d’autres qui sont aussi dans le registre du chapitre, jusqu’à ce que les dicts actes aient été rectifiés de concert avec le dit sieur évêque (1). »

Le doyen, appuyé par tout le chapitre et spécialement par l’archidiacre et le théologal, de Maizerets et Glandelet, crut devoir pour soutenir ses droits en appeler de l'ordonnance de l’évêque, et, suivant l'usage de l’époque, demander au Conseil des « Lettres de relief d'Appel comme d’abus. » Ces lettres furent accordées le 30 juin (2).

M. de Merlac, sans contester la juridiction du Conseil Souverain pour les cas ecclésiastiques ordinaires, prétendit que le sien était un cas privilégié, et que pour les cas privilégiés, suivant l’édit de Melun de 1610, « si les parties veulent appeler comme d’abus, ils ne peuvent se pourvoir qu’au grand sceau de France (3). »

L'affaire n’alla pas plus loin, car l’évèque venait de frapper un grand coup. Piqué au vif de la résistance de MM. de Bernières, de Maizerets et Glandelet à son ordonnance, il leur avait enlevé toute faculté « de prêcher et de confesser (4). » Etrange situation que celle des « trois premiers officiers du séminaire, » l’un d’eux

(4) Edits et Ordonnances, t. 11, p. 129.

(2) Ibid., p. 130.

(3) Jugements du Conseil Souverain, t. 111, p. 754.

(4) Il ne faudrait pas croire que ce fût pour les punir de s'être servi d'un procédé gallican en usage à cette époque. Lui-même, quelques années ples tard, encourage et approuve l'opposition du chapitre à une bulle de Clément XI du 7 septembre 1704, qui diminue le nombre des chanoines; et il s'appuie sur l'opinion des Parlements : « Je n’ai pu m'empêcher, écrit-il au chapitre le 25 juin 1741, d'examiner à fond et faire examiner par personnes habiles et versées en ces matières les clauses de cette bulle. Tous m'ont assuré qu’elle était insoutenable, et que jamais les parlements, où elle serait portée pour y être enregistrée, ne la recevraient, Il faut encore moins espérer qu’elle le soit au Conseil du Roi... Toutes ces raisons m'ont déterminé à prendre le parti d’acquiescer à votre opposition. » Et il ajoutait, écrivant à ses vicaires généraux, de Maizerets et Glandelet : « Notre-Seigneur m'a inspiré d’acquiescer à l'opposition du chapitre, ce que j'ai fait signifier à vos messieurs de Paris. » (Registre du Chapitre). Il avait les idées gallicanes de son époque. Ecrivant à la Cour, pour s'opposer à l'érection de vicariats apostoliques à la Louisiane, et y maintenir sa juridiction : « Les évêques titulaires, dit-il, conservent mieux les intérêts du roi que les vicaires apostoliques, qui semblent plus attachés à ceux de Rome. »

professeur de théologie morale (1), mis dans l'impossibilité de confesser même leurs élèves! Cette situation dura une année entière (2).

Au printemps de 166%, l'évêque reçut des lettres de la Cour qui l'invitaient à passer en France. Une foule de plaintes contre son administration l'y attendaient. Frontenac, bon nombre de citoyens, les Récollets, les Jésuites, le séminaire, il s'était brouillé avec tout le monde.

Avant de partir, « il se contenta de lever verbalement » l'interdit qui pesait sur MM. de Bernières, de Maizerets et Glandelet, mais se garda bien de confier l'administration du diocèse à ces vétérans du sanctuaire. Il la confia, pour Québec, à un jeune homme de vingt-cinq ans, M. de Montigny, et pour Montréal à M. Dollier de Casson (3). C'était mieux qu’à son voyage précédent, où il était parti sans nommer d'administrateur.

Lorsqu'il revint de France, au bout de trois ans, ses sentiments à l'égard du séminaire parurent changés. M. de Bernières était encore supérieur, mais fut remplacé bientôt par M. de Maiïzerets. Is profitèrent des bonnes dispositions de l’évêque pour réaliser, de concert avec Ms de Laval, deux établissements importants, celui des missions du Mississipi, et celui des petites écoles à Québec.

Le séminaire des Missions-Etrangères de Québec était à cette époque une brancne de celui de Paris. L'œuvre des missions était essentiellement son œuvre. « La conversion des sauvages, disait Mer de Laval, est l’obligation principale et essentielle du séminaire (4). »

Il n’est donc pas étonnant que M. de Bernières et ses confrères, n'ayant plus à desservir, comme par le passé, toutes les cures du

(1) Le 11 janvier 1686, M. Glandelet est dispensé d'assister au chœur, « à raison des lecons de théologie morale qu’il donne. » (1bid.).

(2) Documents de Paris, €. 1, p. 27.

(3) Voici comment le gouverneur de la Barre jugeait M. Dollier : « Il est homme de bien, d’un talent fort médiocre, et qui se laisse aisément surprendre par un juge envieux et peu capable, et par mille autres gens qui ne valent rien, comme je l'ai expérimenté en vingt rencontres qu'il m'est venu faire des plaintes contre les uns et les autres. Je mande ma pensée à cet égard à M. Tronson... » (Archives du Ministère des colonies, vol. 6, Lettre de M. de la Barre au ministre, 4 novembre 1683).

(4) Lettre au séminaire de Québec, 18 mars 1687,

diocèse, se soient décidés à travailler à leur œuvre principale, et qu'ils aient demandé à M# de Saint-Vallier « la permission d'envoyer des missionnaires chez les sauvages du Mississipi (4). » Ils le prièrent de leur confier également « les sauvages dits Tamarois, qui sont entre les illinois et les Akansas,.… attendu que les lieux où demeurent les Tamarois sont comme la clef et le passage nécessaire pour aller aux nations plus avancées et s’en faciliter l’abord (2). »

Mr de Saint-Vallier accorda la permission demandée, et tous les pouvoirs nécessaires, au printemps de 1688.

Il se trouva que les Jésuites avaient déjà une mission établie aux Tamarois depuis deux ans par le P. Pinet, et que ces sauvages appartenaient à la tribu des Illinois dont les Pères de la Compagnie de Jésus avaient déjà entrepris l’évangélisation; et l’on prête au séminaire, ainsi qu'à M£r de Saint-Valllier, l'intention machiavélique d’avoir voulu leur enlever une partie de leurs missions et les frustrer du fruit de leurs travaux (3).

En histoire on prend les faits tels qu'ils sont: on accepte les écrits et les paroles, venant surtout de personnages graves et importants comme M£' de Saint-Vallier et Ms de Laval, dans leur sens naturel, et à moins de raisons évidentes on ne leur prête pas d’intentions contraires à leurs discours.

Il est clair que dans l’idée de M£' de Saint-Vallier les Tamarois n’appartenaient pas à la tribu illinoise, puisqu'il dit : « Les Tamarois, qui sont entre les Illinois et les Akansas.. »

Il ne savait pas non plus que les Jésuites y avaient déjà une mission. Ecrivant de Paris à ses curés, pour leur donner des conseils, il avait un mot pour les Pères de la Compagnie de Jésus :

« Nous espérons d'apprendre, dit-il, la soumission volontaire et édiliante des Jésuites qui se sont offerts pour la mission des Tamarois (4). N'ayant pas été reçus par celui qui représente,

(1) Mandements des évêques de Québec, t. 1, p. 377.

(2) Ibid., p. 381.

(3) Les Jésuites et la Nouvelle-France au xvine siècle, par le P. de Rochemonteix, t. ut, p. 50 et suiv.

(4) Is ne se décidèrent qu'en 1703 à quitter leur mission des Tamarois, après avoir demandé l’opinion de la Cour « sur la mesure arbitraire de Msr de Saint- Vallier, » (Ibid., p. 570). Ils étaient attachés à cette mission, où « leur église ne pouvait contenir la multitude des sauvages qui s'y rendaient en foule. » (lbid., p. 550).

quoique indigne, le Maitre de la Vigne, qui doit donner entrée à ceux qui y peuvent travailler, ils seront employés à d’autres missions aussi grandes et aussi nombreuses que celle des Tamarois, que nous n'avons pu leur confier, parce que nous en avions donné le soin aux missionnaires des Missions-Etrangères de Québec... (4). »

Il n’est pas du tout prouvé que le séminaire ait cherché à s’établir dans cette mission, sachant qu'elle était déjà occupée par les Pères Jésuites.

+ proc. ‘6, au contraire, qu'avant de commencer la mission di umarois on prit toutes les précautions possibles, afin de s'assurer qu'on ne lèserait aucun droit acquis.

C'est Mer de Laval qui le premier a parlé de la mission des Tamarois comme de la clef et du passage nécessaire pour aller aux missions sauvages du Mississipi (2), la représentant « comme le trait d’union entre Québec et les Akansas (3). » C’est lui également qui engagea le séminaire à entreprendre cette mission.

Ecoutons le prélat raconter lui-même les démarches qu'il fit auprès des Jésuites, avant son établissement : cette lettre inédite de Mar de Laval est la meilleure réponse aux pages bilieuses de leur historien sur la mission des Tamarois :

L P. de Rochemonteix nous apprend qu'ils quittèrent beaucoup plus ir ment la mission de Michillimakinac, où ils éprouvaient moins de ci ion, «€ N’espérant plus y faire aucun bien, » à cause de la licence effre. « des coureurs de bois, les PP, Marest et de Carheil, qui de servaient ce poste, se décident un jour à l'abandonner, mettent le feu au pre: wtère et à l'église, et descendent à Québec. La Cour, informée bientôt de cette étrange résolution, entre dans un vif mécontentement; et l’on écrit au gouverneur du Canada : « Sa Majesté a été surprise d'apprendre que les missionnaires de Michillimakinac aient abandonné leur mission et brûlé leur maison et leur chapelle. Ils ne peuvent avoir eu de bonnes raisons pour le faire, et Sa Majesté désire qu'ils y retournent. Elle ne prétend pas que ce rétablissement se fasse à ses dépens, ni même qu'il lui en coûte rien sous quelque prétexte que ce soit. »

I fallut bien retourner à Michillimakinac, reprendre la mission et surtout réédifier ce qu'on avait détruit. « Le Roi fut obéi, » dit le P, de Rochemontaix; et il ajoute : « Michillimakinac n'était plus la belle et florissante mission d'autrefois. » (Ibid., p. 527). On n’a pas de peine à le croire.

(1) Mandements des évêques de Québec, t. 1, p. 422.

(2) Archives du séminaire de Québec, Lettre de Mer de Laval à M. Tremblay, 1699.

(3) L'auteur de la Vie de Mer de Laval, t. 1, p. 490, n’a fait que citer ce « joli mot; » c'est le premier évêque du Canada qui l’a « trouvé. »

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« Une chose, dit-il, m'a extrêmement contristé : c'est la peine que les Pères Jésuites ont paru avoir au sujet de l'établissement que M. de Montigny a fait à la nation des Tamarois.. Le séminaire ayant résolu de commencer par les nations les plus éloignées et abandonnées, à travailler au salut et à la conversion de ces pauvres peuples, jugea bien au'il n’était pas possible d'exécuter ce dessein, s’il n'avait un établissement plus proche, qui lui pût servir pour avoir une correspondance facile tant à Québec qu'avec les missionnaires qui seraient dispersés dans les dites nations éloignées. L'on s’informa des personnes les plus intelligentes et qui ont la connaissance de tous ces pays, quel lieu on pourrait prendre à cet etlet; et le sentiment commun fut que le plus commode, et l'unique même, qui fût propre pour cet établissement, était la nation des Tamarois, à cause de sa situation sur le bord du Mississipi, qu’elle n’était point des missions des Pères Jésuites, et qu’elle était éloignée de quatre-vingt-dix lieues du dernier de leurs établissements. Nous jugeâmes à propos de nous informer encore de la chose des Pères Jésuites même et de les envoyer prier que je pusse les voir

« Le P. Germain, qui tenait la place du supérieur, en son absence, me vint trouver; et lui ayant demandé si les Tamarois étaient de leurs missions, et s'ils y étaient établis, il me répondit qu’ils n'étaient point de leurs missions, et qu'il n’y avait point d'établissement. Les missionnaires, qui étaient pour lors sur leur départ, qui fut deux jours après, prirent de M£r de Québec des lettres pour le dit lieu des Tamarois, où étant arrivés ils furent priés et fort pressés par les sauvages d’y demeurer. On leur fit présent de deux esclaves pour les obliger à s’y établir. Mais ayant dessein d'aller auparavant jusques aux nations les plus éloignées, ils passèrent outre, et allcrent jusques à ces nations, où ils ont jugé devoir établir deux missions, avec deux missionnaires. Ils ont fait construire par des artisans qu’ils avaient emmenés exprès, en chaque mission, une église et une maison pour le missionnaire.

« [ls reconnurent pour lors, tant à cause du grand éloignement que pour plusieurs autres considérations, qu'il était absolument nécessaire de faire l'établissement, des Tamaroiïs, sans lequel ils voient manifestement qu’il serait impossible de soutenir les missions éloignées et de pourvoir aux besoins des missionnaires qui y seront employés : ce qui leur fit prendre la résolution de

remonter jusqu’au lieu des Tamarois, où M. de Montigny établit un missionnaire et fit construire une église et une maison, comme il avait fait aux deux autres lieux.

« Vous pouvez voir par le procédé que nous avons tenu, que nous n’avons rien omis de notre côté pour faire connaître aux Jésuites l'estime et l'affection que nous avons pour toutes leurs missions, et le désir de conserver avec eux l’union äGans laquelle nous avons toujours vécu jusqu'à présent...

« Le P. Supérieur est venu ces jours derniers me donner avis que le P. de Carheil lui écrit de sa mission que M. de Tonti doit faire bâtir une église au fort des Illinois pour M. de Montigny, c’est-à-dire pour les missionnaires dont il a la conduite : c’est un lieu où il m'a dit que quelques-uns ae leurs Pères ont demeuré. Sur quoi je l’ai assuré qu'il ne doit pas croire que le séminaire puisse avoir la moindre pensée de s'établir ni de les troubler dans aucun lieu où ils auront réside: et si M. de Montigny a ce dessein, il use en notre endroit d’une grande dissimulation…

« Il est vrai que les missions qu’il a établies, accompagné des missionnaires du séminaire de Québec. ont été faites au nom du dit séminaire; mais s'il voyait qu’il y eût la moindre apparence qu’il voulût traverser les missions des Pères Jésuites, il n’en trouverait aucun qui entrât dans ses sentiments, le séminaire n'ayant en vue que de travailler à procurer, autant qu’il est en sa vocation, le salut des pauÿres sauvages, en esprit d'union avec leurs missionnaires, et de ne porter aucun préjudice à leurs missions, auxquelles nous savons qu'ils travaillent avec tontes sortes de bénédictions (1).

. Nous ne saurions à la vérité nous persuader qu'ils aient un juste sujet d’avoir de la peine, que les missionnaires du séminaire

(4) Il nous semble évident que Mer de Laval et le séminaire ont été de la meilleure foi à l'égard des Jésuites; mais ils ont pu être trompés par M. de Montigny, ce qui est tout différent : et alors toute leur faute aurait été de ne s'être pas assez défié du grand vicaire de Mst de Saint-Vallier.

Nous savons en effet par un autre écrit de Mer de Laval, que M. de Montigny — lequel n’appartenait pas du tout au séminaire — avait cherché déjà à les entrainer dans une entreprise que n'avait pu approuver le premier évêque de Québec. Frontenac aurait voulu envoyer les Récollets dans les missions illinoises, pour y supplanter les Jésuites, et le projet allait se réaliser. J1 paraît que MM. Dollier et de Montigny, de leur côté, s'étaient dit que les séminaires de Montréal et de Québec devraient profiter de la rivalité entre les Récollets et

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se soient établis aux Tamarois, lesquels n'étant point mélés dans les missions qu'ils occupent, ne peuvent leur porter aucun préjudice, dans l'éloignement au moins de quatre-vingt-dix lieues.

« Ce n'est point l’esprit de jalousie et d’ambition qui a porté le séminaire à faire cet établissement, mais la nécessité indispensable qu'il a de ce lieu pour le soutien des missions qu’il a entreprises,

lesquelles sans vet établissement ne pourraient subsister, ce dont les Jésuites conviennent avec nous (1).

« Ou ne voit pas d’ailleurs que les Jésuites pnissent avoir aucun besoin de ce lieu, en ayant tant d’autres dans l'espace de plus de trois cents lieues depuis Michiilimakinac jusqu'aux Illinois.

« Jugez si dans l’entreprise que le séminaire a faite des missions du Mississipi, et la nécessité indispensable qu’il y avait, pour l’exécution de ce dessein, de faire un établissement aux Tamarois, il m'a été possible de douner aux Pères Jésuites de pius grandes marques du désir que nous avons de conserver l'union, que d’avoir voulu être assuré par eux-mêmes que ce lieu n’était point de leurs missions, et qu'ils n’y avaient aucun établissement.

« Ce qu'ils allèguent, que le P. Germain ne le connaissait pas,

les Jésuites pour s'emparer de ces missions, conformément à l’adage : Inter duos litigantes, tertius gaudet. M. de Montigny en fit la proposition à M. Glandelet, d’abord, puis à Mer de Laval, qui la repoussèrent avec indignation : «M. Glandelet, écrit Msr de Laval, n'ayant pas satisfait M, de Montigny, il se résolut de s'ouvrir à moi de ce dessein. Je lui dis que je ne pouvais convenir que ce fût l'esprit de Notre-Seigneur qui eût inspiré ce dessein ; que remarquant au contraire qu’il n’était formé que dans l'esprit de division, c'était purement l'esprit du démon qui en était l’auteur, et que l’on ne pouvait en attendre aucune bénédiction. Je trouve dans tout ce projet qu'il n’est aucunement fondé sur les principes du christianisme, mais qu'il ressent plutôt les maximes de Machiavel. Je suis même surpris qu'il puisse être formé par des ecclésiastiques, qui font profession d’être tout à Dieu. Je ne doute pas que MM. Dollier et de Montigny n’aient reçu des ordres de Msr de Saint-Vallier, parce que M. de Montigny est encore revenu deux ou trois fois trouver M. Glandelet et le solliciter d’exciter le séminaire à se joindre avec les ecclésiastiques de Montréal pour aller dans ces missions, et se servir de l’occasion des contestations. entre les Récollets et les Jésuites, disant que lui, M. de Montigny, était tout disposé à y aller, » (Notes de Mer de Laval sur une lettre de M. Tremblay, 3 juin 1696).

(4) L'auteur de l'ouvrage Les Jésuiles et la Nouvelle-France, mieux renseigné que Msr de Laval et les Jésuites, prétend que les raisons qui engagèrent le séminaire à établir la mission des Tamarois étaient puériles ou peu sérieuses, (T. ur, p. dd),

ne se peut croire, étant une personne aussi sage et prudente qu'il est, et nous l'ayant dit aussi positivement qu’il fit; et d’ailleurs le P. Bruyas et plusieurs autres de leurs Pères, qui ne pouvaient ignorer ce que le P. Germain, qui tenait la place du supérieur en son absence, nous avait dit, el qui avaient une parfaite connaissance de ce qui regardait les Tamarois, n'auraient pas manqué de nous informer du contraire et n’auraient pas attendu à le faire après que toutes choses ont été disposées pour les missions que l’on a établies par rapport à l'établissement qui a été fait à la nation des Tamarois, si en effet elle avait été de leurs missions (1). »

Quel est le lecteur qui, après avoir parcouru cette lettre, pourrait douter un instant de la bonne foi de Mgr de Laval et du séminaire de Québec dans l'établissement de la mission des Tamarois?

C'est la même bonne foi qui présida à la création des petites écoles par le séminaire, du temps de M. de Bernières. Le séminaire, qui avait charge d’âmes, puisque la cure de Québec lui était unie, exprima à M£ de Saint-Vallier le désir de se charger des petites écoles pour les enfants de la paroisse. Elles étaient tenues par les Jésuites : un des Frères « enseignait à lire, à écrire et l’arithmétique aux enfants (2). » L’évèque jugea qu'ils avaient assez de leur collège, et les pria d'abandonner le soin des écoles proprement dites au curé de la paroisse, c’est-à-dire au séminaire. [ls continuèrent, paraît-il, leur école (3); ce qui n’empêcha pas le séminaire de fonder les siennes, avec l'agrément et la protection de Mr de Saint-Vallier :

« Les messieurs du séminaire de Québec, dit-il, m’ayant demandé de mettre chez eux les petites écoles, et de les fonder, je leur ai promis par acte public de leur créer une rente sur la

(1) Archives du séminaire de Québec, Lettre de Msr de Laval à M. de Brisacier, 1699.

(2) Documents de Paris, t. 11, p. 85.

(2) Le P. de Rochemonteix nous apprend que Msr de Saint-Vallier leur ayant demandé de fermer leur école, en faveur du séminaire, ils refusèrent absolument d’obéir à cette « injonction déraisonnable, » (Les Jésuiles et la Nouvelle- France, t. 11, p. 558). Tant pis! 11 ne peut faire doute à personne que, dans une paroisse, c’est au curé, avant tout autre, qu'appartienuent le soin et la direction des écoles, comme c'est à lui à faire le catéchisme à ses paroissiens.

qu’il s le ient ren aisqué aire que à la L). »

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maison de ville de Paris de quatre cents livres par année, que je leur paie (4). »

Le séminaire affecta « deux salles de son établissement aux petites écoles des enfants de la ville. » Ces écoles fonctionnèrent très bien, et à la grande satisfaction du public (2).

Ecrivant au ministre, après l'incendie du séminaire en 1701, lintendant Champigny disait :

« Les peuples nous ayant représenté le dommage qu’ilssouffraient par l’acccident arrivé au séminaire, et supplié dans cette vue d'agréer qu'on envoyàt une personne en France par la Nouvelle- Angleterre, pour vous demander votre protection auprès du Roi en sa faveur, le chevalier de Callières a accordé le sieur Joncaire, maréchal des logis de ses gardes, qu’on a cru un des plus propres d’ici à faire ce voyage.

« Vous voulez bien nous permettre, monseigneur, de nous joindre au public pour vous supplier d'obtenir à ce séminaire quelque secours ännuel de Sa Majesté... pour lui donner moyen de se rétablir et de continuer le bien qu’il fait dans ce pays. C’est dans l’espérance de ces bontés que M. l’ancien évêque et les prêtres de ce séminaire, qui se sont retirés à l'évêché, vont recommencer les petites écoles et reprendre les enfants qu'ils avaient chez

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