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fut qu'au bout de dix ans, le 30 janvier 1654, qu'il put se démettre de sa charge en faveur de son neveu, Jean de Bernières de Gavrus, « pourvu par le Roi à l'oflice de conseiller trésorier général de France, en remplacement de M. Jean de Bernières son oncle, » Il profita de l’occasion pour satisfaire un désir qu'il entretenait depuis longtemps, celui d'observer le conseil évangélique de la pauvreté : il renonça, par acte authentique, en faveur de ses neveux, à tout ce qu'il possédait; « de sorte qu'il vécut, dit M. Boudon, durant ses dernières années, de ce que lui donnait sa famille, laquelle, du reste, pourvut très largement à tous ses besoins. »
Dans cette famille de Bernières, la vertu. le zèle pour les bonnes œuvres, la passion du sacrifice étaient regardés comme un héritage encore plus précieux que celui de la fortune. L'aïeul du curé de Québec était à la tête de toutes les entreprises charitables, dans la ville de Caen : cette ville, comme beaucoup d’autres en France, était à cette époque une pépinière de couvents et d'institutions de bienfaisance ou de charité, M, de Bernières se montra l'ami et le protecteur de toutes ces institutions. Ses deux fils, le baron d’Acqueville et le fondateur de l'Ermitage, après avoir concouru à toutes les bonnes œuvres de leur père, les continuèrent après sa mort avec non moins de zèle et de générosité.
Plusieurs fois le baron d’Acqueville fut appelé par le choix de ses corcitoyens aux charges municipales. Il s’acquittait de ses fonctions avec tant de charité et de bienveillance, que la voix publique lui avait décerné le glorieux surnom de Père du peuple.
C'était à l'époque de la guerre de Trente ans, que Richelieu et après lui Mazarin conduisirent avec tant de gloire pour la France : Rocroi, Fribourg, Nordlingen, Lens, quel faisceau de rayons lumineux! Le traité de Westphalie vint ensuite couronner tous les succès de la France.
Mais les plus grandes victoires ont leur contre-partie : il y a les larmes des mères qui pleurent leurs fils morts au champ d’honneur; il y a les charges onéreuses qui pèsent sur le pays pour couvrir les frais de la gloire; il y a les maladies et les fleaux, conséquences ordinaires de la vie des camps, des marches forcées, de l’agglomération des prisonniers. ù
Pendant que le baron d’Acqueville remplit les fonctions de premier échevin de la ville de Caen, on voit arriver sur un navire
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un convoi d'Espagnols. Ce sont des malheureux qui ont été faits prisonniers en Allemagne, dans la campagne glorieuse de Condé : ils ont été atteints d’une maladie contagieuse durant la traversée, Leur arrivée jette l’'épouvante dans la ville, et la crainte est d'autant plus fondée que la peste y a fait tout récemment de grands ravages.
Pierre de Bernières, pour rassurer les habitants, et veiller à ce que les prisonniers soient bien accueillis, préside lui-mème à leur débarquement. Il le fait avec son zèle et sa charité ordinaires ; mais le contact lui est pernicieux. Atteint de l'épidémie, il succombe au bout de quelques jours.
« Mais, ajoute la chronique, le pieux magistrat ne fut pas surpris par la mort, si prompte qu'elle fut. Sa vie avait toujours été chrétienne et édifiante; il ne manquait jamais, chaque année, de faire une retraite spirituelle de dix jours dans la maison des PP, Jésuites (1). »
Telle fut la fin admirablement chrétienne de Pierre de Bernières, baron d’Acqueville, père du premier curé de Québec.