ÉDUCATION DE HENRI DE BERNIÈRES. — CURÉ DE SAINT-PIERRE DE CAEN
C'était en 164%. Le jeune Henri de Bernières n'avait guères que neuf ans (2). Nous n'avons aucun renseignement précis sur ses études; mais tout porte à croire que ses parents avaient déjà confié son éducation aux PP. Jésuites qui dirigeaient depuis 1608 le collège du Mont dans la ville de Caen. La famille de Bernières avait une grande vénération pour ces Religieux. Le directeur de l'Ermitage, surtout, de mème que le baron de Renty et le P. Eudes, ses amis, entretint toute sa vie avec eux des relations sincères d'amitié. Il s'était enrôlé dans la Congrégation de la Sainte-Vierge
(1) Annales du monastère de Sainte-Ursule de Caen, citées par l'abbé Laurent dans sa Nolice sur M. de Bernières-Louvigny.
(2) C’est l’âge auquel Mer de Laval entra lui-même au collège de La Flèche, dans l’automue de 1631, (Mémoire sur la vie de M. de Laval, par Latour, p. 1).
MNT | Se
qu'ils avaient établie à Caen. Nul doute qu’il conseilla aux parents de son jeune neveu de l'envoyer au collège des Jésuites.
Il y reçut de bonne heure la tonsure cléricale, suivant l'usage de l’époque, où l’on voyait assez souvent les cadets de famille destinés par leurs parents à la carrière ecclésiastique. M£ de Laval fut ainsi tonsuré à La Flèche à l’âge de neuf ans (1).
C'est là aussi, sans doute, qu'après avoir terminé ses études classiques il fit sa philosophie et au moins une partie de sa théologie. On le voit, en effet. au Canada, recevoir l’onction sacerdotale et exercer les fonctions du saint ministère moins d’un an après son arrivée. Tout en faisant sa philosophie et sa théologie, au collège des Jésuites, il recevait de son oncle, à l'Ermitage, ces leçons de spiritualité et de vertu qui en ont fait un des plus saints prêtres qu’ait jamais possédés le Canada.
Nous n'avons pu constater à quelle date précise il fut nommé, quoique simple tonsu”é, à la cure importante de Saint-Pierre de Caen. Mais le fait que ce bénéfice ecclésiastique lui fut conféré nous est attesté par l'abbé Laurent, dans sa Notice sur M. de Bernières-Louvigny : et il ne put lui être conféré que par M£r Servien, qui mourut le 2 février 1659, deux mois à peine avant le départ du jeune de Bernières pour Paris et pour le Canada : ce qui prouve une fois de plus que le digne évèque n'avait pas tant à se plaindre des hôtes de l’Ermitage, qu'on l’a prétendu.
Henri de Bernières eut pour successeur à Saint-Pierre M. de la Vigne, qui avait été, lui aussi, un hôte de l'Ermitage, et dont le ministère pastoral fut si fécond en bonnes œuvres.
Les lecteurs de la ville de Caen nous pardonneront de faire connaitre à ceux qui ne l'ont jamais vue, aux Canadiens surtout, la belle église de Saint-Pierre, à laquelle renonça le jeune Henri de Bernières pour se consacrer aux missions du Canada :
« Saint-Pierre, au centre de la ville, au pied de l'ancien château, se compose d’une nef du xiv® siècle, terminée ou retouchée au xve siècle, et d’un chœur de la même époque, dont l'abside et les chapelles rayonnantes ont été ajoutées sous François Ier, Cette abside et le clocher sont deux chefs-d'œuvre. La tour, élevée sur un porche au sud de la nef, en 1308, haute, avec sa flèche en pierre dentelée, de soixante-dix-huit mètres, parait être le proto-
(4) Peu de temps après son entrée au collège,
# e:1 | € ï LA
iX parents
nt l’usage le famille e. Mer de 1).
ses études rtie de sa tion sacerns d’un an théologie, nitage, ces plus saints
xt nommé, t-Pierre de fut conféré M. de Ber- Is Servien, t le départ qui prouve se plaindre
re M. de la , et dont le
nt de faire ns surtout, jeune Henri a :
ien château, touchée au bside et les is Ier, Cette , élevée sur sa flèche en re le proto-
FRRie
ST LR
Se s
PA ne LA ER RS BE
Ar
type des clochers normands du xiv° siècle à hautes lucarnes et clochetons dégagés émergeant, autour de la flèche, d’un chemin de ronde protégé par une balustrade en encorbellement.…
« Le porche et la porte ont été maladroitement restaurés en 1608 et 1825. La porte ouest, mutilée au xvi* siècle, n’a pas recouvré ses délicates sculptures; au portail nord, le plus élégant, on trouve des traces du Jugement dernier qui occupait le tympan.
« L'abside, son déambulatoire, et surtout ses cinq chapelles rayonnantes, ont immortalisé leur'architecte, Hector Sohier, qui prit en main, vers 1525, la direction des travaux, commencés en 1521. Il avait fallu asseoir les fondements au-dessus du lit de l'Orne; avant que le cours de l'Orne ne füt modifié pour l'établissement d’un boulevard, et que les soubassements ne fussent en partie enterrés, l’ensemble présentait plus d'élégance et un cachet bien plus pittoresque.
« Le chœur de Saint-Pierre de Caen est une des œuvres d'art qui ont été le plus popularisées par la gravure et la peinture. On en remarque les curieux contreforts à candélabres qui ont fait école à Caen et à Falaise, les délicates arabesques, les médaillons et les fenètres qui, tandis qu'elles sont ogivales et à réseaux flamboyants dans la partie haute, sont à plein cintre et dépourvues de meneaux dans les chapelles, dont l'ordonnance est plus indépendante…
« L'intérieur de Saint-Pierre offre d’autres curiosités. L’abside centrale à quatre pans au lieu de trois ou de cinq. Au chapiteau du troisième pilier du bas-côté gauche de la nef, près de la porte nord, on voit sculptés des sujets tirés des anciens fabliaux ou des romans de chevalerie, le Lai d’Aristote (1), Lancelot du Lac, le fabliau de Virgile, ete. L'orgue et la chaire offrent d’assez remarquables sulptures. Sur la première chapelle absidiale de droite,
(4) Ceci est expliqué dans le passage suivant de La France illustrée de Malte-Bran :
« L'église de Saint-Pierre est un monument remarquable; on admire la hardiesse et l'élégance de sa tour, dont la construction date de 1308, la beauté de l’abside, qui ne fut bâtie que deux siècles plus tar. Les bas-reliefs qui ornent cette église représentent des sujets qu'on s'étonne de trouver figurés dans un édifice religieux : on y voit, par exemple, Aristote, marchant à quatre pattes et portant une femme sur son dos; d’autres sujets sont empruntés aux romans de chevalerie. » (La France illustrée, Le Calvados, p. 11).
qui renferme un bas-relief de la Renaissance (le Mise au tombeau), s'ouvre la porte de la sacristie, dont les ventaux, provenant d'Ardennes, offrent sculptées les vies des deux instituteurs de l’ordre des Prémontrés, saint Augustin et saint Norbert (1). »