‹ Henri de Coligny, seigneur de ChastillonChapitre 16 sur 61 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Arrivée en France de Louise de Coligny, princesse d'Orange, avec deux de ses belles-filles, Elisabeth et Charlotte-Brabantine de Nassau. — Elle et sa belle-sœur, M""« de Chastillon, se réunissent au château de celle-ci, pour y régler diverses aiïaires de famille. — Henri de Coligny s'attache vivement à sa tante, la princesse d'Orange, qui lui parle de son fils, Henri-Frédéric de Nassau, comme d'un ami qu'il s'est, d'avance, concilié. — Lettres de Henri-Frédéric et de Ph. de Mornay. — Pressentiments de la princesse d'Orange quant h l'avenir des deux belles-filles qui l'ont accompagnée en France et qui y excitent une vive sympathie.— Mariage * de Tune d'elles, Elisabeth, avec le duc de Bouillon. — Retour de la princesse en Hollande, avec Charlotte-Brabanline. — Les inquiétudes de M™o de Chastillon quant au sort de la charge d'amiral de Guyenne, dont son fils est pourvu, se dissipent. — Vocation de Henri de Coligny pour la carrière des armes. — Lettre de lui au connétable. — M™« de Chastillon arme en guerre deux navires à La Rochelle. — Henri de Coligny se concilie l'affection de Ph. de Mornay, de sa femme et de M""o de Rohan. — Les fila de ces hauts personnages deviennent ses amis. — En 1597, Henri de Coligny saisit avec ardeur l'occasion de prouver à Ph. de Mornay son affection et son dévouement, lors de l'attentat commis par Saint-Phal.

A peine s'était-elle réinstallée dans cette retraite que sa belle-sœur, Louise de Coligny, princesse d'Orange, qui, avec deux de ses belles-filles, Elisabeth et Charlotte-Brabantine de Nassau, venait d'arriver à Paris, l'invita à s'y rendre, pour régler à l'amiable quelques affaires de famille *. Elle déclina l'invitation de la princesse, et la pria

1. « Je n*uy voulu laisser do vous escrire ce mot pour vous faire » scavoir de ma santé et de celle de mes filles. Je suis arrivée en ceste » ville (Paris) le 28 du passé, où j'attends M™° de Chastillon, ma belle- » sœur, pour commencer de besoigner en nos affaires... Lorsque vous » me voudrez escrire, je suis logée chez M. Barat, en la rue Saint- » Thoraias-du-Louvre. Vostre bien affectionnée et fort fidèle amye, » Louise de Coligny. » (Lettre à Barnevelt du 14 juillet 1594. — Archives de la maison d'Orange-Nassau, n" 2,247*; — Archives générales du royaume de Hollande, recueil manuscrit intitulé : Drieven van vorsten, Regerings personen, an audere stukken,)

de vouloir bien, au contraire, se rendre à Ghâtillon, au sujet du règlement dont il s'agissait.

Ph. de Mornay, qui entretenait avec les deux bellessœurs des rapports suivis, révélait, en ces termes, à son ami de Buzanval, alors ambassadeur de France dans les * provinces unies des Pays-Bas, le sérieux motif qui avait dicté la réponse de Marguerite d'Ailly à Louise de Coligny * :

« J'ai eu plusieurs lettres de M"" la princesse d'Orange, » et lui ai écrit plusieurs fois. Elle me fait cet honneur de » désirer que je la voie, je n'en perdrai pas l'occasion, si je » puis, et pour le public, et pour le particulier; mais elle est » encore incertaine où elle eslira son séjour, pour faire ses » affaires avec M"" de Chastillon, laquelle ne veut appro- » cher, ni de la court, ni de Paris, craignant d'être » importunée pour se dessaisir de l'amirauté de Guienne, » que le roi a promise à M. le mareschal de Biron. Et, de » fait, elle a proposé à madame la princesse de se voir en » cette ville , ce qui nous viendroit à souhait ; mais il sera dif- » ficile parce que madame la princesse me mande qu'elle ne » peult mener mesdemoiselles ses belles-filles si loing ; que » M*^*" de Montpensier l'a priée de les lui laisser voir le » plus longtemps qu'il se pourroit; et d'ailleurs ne les » voudroit aussy laisser seules et loing d'elle. J'estime » qu'enfin elles se résouldront de s'entrevoir à Chas- » tillon *. »

1. Lettre du 9 août 1594. [Mémoires de Ph. de Mornay y édit. de 1S24, t. VI, p. 86.)

2. « Je m'en dois aller dans peu de jours à Chastillon pour achever » mes aflaires avec M^^ de Chastillon et mon frère. » (Lettre de Louise de Coligny à Maurice de Nassau du 4 octobre 1594. Archives de la maison d'Orange-Nassau, n° 2,247.) — Lettres de Ph. de Mornay à de Buzanval des 28 septembre et 8 novembre 1594. [Mémoires de Ph. de Mornay ^ édit. de 1824, t. VI, p. 90 et 101.)

HENRI DE GOLIGNY. 31

Ce fut là, en effet, qu'ultérieurement les deux bellessœurs se revirent, et qu'elles arrêtèrent, de commun accord, le règlement de leurs droits respectifs*.

Durant le séjour de Louise de Goligny à Châtillon, Henri, dont le cœur, comme celui de son père, était largement ouvert aux affections de famille, apprit à connaître et à aimer cette tante, que de graves circonstances avaient, pendant onze années consécutives, tenue éloignée de la France. La supériorité de son esprit, la distinction de son langage, l'affabilité de ses manières, et surtout son exquise bonté, l'attachèrent promptement à elle.

Maintes fois elle lui parla du fils qu'elle avait dû, par abnégation maternelle, laisser en Hollande, de cet Henri- Frédéric de Nassau, qu'elle chérissait*. Il se rapprochait, disait-elle, de lui par son âge, par son caractère, par son affection filiale, par ses aspirations; aussi ne doutait-elle pas que les deux cousins, dès qu'il pourraient se voir, ne se convinssçnt entièrement, et qu'une franche intimité ne s'établît entre eux.

Cette perspective, qui ne souriait pas moins à la tante qu'au neveu, se transforma, à trois ans de là, en une touchante réalité, que fera ressortir la suite de ce récit.

Tandis, qu'à Châtillon, la princesse d'Orange s'entretenait avec son neveu de Henri-Frédéric, celui-ci, de son

i. Voir Appendice^ n® 7, le texte d'un acte authentique du 24 janvier 1595.

2. Veillant de loin sur lui, elle écrivait à Barnevelt : « Je vous re- » commande toujours mon fils, bien que je sçay estre superflu, puisque » m'avez tousjours monstre tant d'amitié, que j'ay assez d asseurance de » combien vous estes affectionné à tout ce qui me touche; de quoy je )) n'ignore l'obligation que j'en ay, qui ne ser.i mise en oubli. Depuis n que je suis en ce pays, je n'ay encores eu qu'une fois lettres de mon » fils. » (Lettre du 14 juillet 1594. Archives de la maison d'Orange- )) Nassau, n® 2,247*, et Archives générales du royaume de Hollande, recueil manuscrit intitulé : Brieven van vorstcriy Regerings personen, etc.

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côté, suivant, à l'université de Leyde, le cours de ses études, sous la direction du célèbre Scaliger*, exprimait à son parent Damville, connétable de France*, le vif désir de venir dans ce beau pays, qui était celui de sa mère et de son aïeul, l'amiral. Il lui écrivait^ :

« Monsieur, je sens bien que je vous suis fort obligé, car » madame ma mère m'a témoigné que vous me faictes cest » honneur de me vouloir beaucoup de bien. Sy j'en suis, dès » ceste heure, aussy digne comme je souhaite de vous en » pouvoir faire, un jour, reconnaissance par quelques bons » services, l'âge n'auroit à accroistre en moy rien de ce qui » vous y est acquis, comme j'espère qu'il se fera. Dieu » aidant. Il me tarde infiniment que je sois plus grand et » que j'aille voir la France ; ce que je désire particulière- » ment pour vous prouver 'par effect, et de plus près, avec » quelle dévotion je veulx demeurer, toute ma vie, monsieur, » vostre très humble cousin et serviteur. »

Le langage de Henri-Frédéric concordait avec celui qu'avait antérieurement tenu sa mère, dans une lettre adressée, de La Haye, à Damville* : « Je vous supplieray, lui » disait-elle, accorder créance à M. de Buzanval, en l'asseu- » rance qu'il m'a promis vous donner de mon immuable » affection, et de la nourriture que je vous fais d'un petit » parent et serviteur que je désire bien rendre capable de

1. Il existe une charmante lettre de Louise de Goligny à Scaliger du 9 janvier 1593. [Ooergedrukt nit de nederlansche spectator^ i571.)

2. « Le roi avoit fait connestable de France Henry de Montmorency, » gouverneur de Languedoc, plustost pour le retirer de là, où il prenoit » trop d'autorité, que pour s'en servir près de luy. » {Mémoires de Ph, de Mornay^ édit. de 1824, t. VIT, p. 199.) — L'excès d'autorité dont il est ainsi parlé avait valu à Damville, de la part de ses contemporains, le surnom de roi du Languedoc,

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