Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,832, P
» VOUS faire, un jour, autant de services comme je lui en » imprime de voulonté dans l'âme. Croyez que c'est un de » mes plus affectionnés souhaits. »
Ajoutons qu'à la sollicitude de Louise de Coligny pour le développement moral et intellectuel de son fils s'alliait celle de Ph. de Mornay qui, en digne ami de la princesse, dont il connaissait le noble cœur, adressait directement à Henri-Frédéric ces lignes mémorables * :
« Peu de grands, en la chrestienté, se peuvent vanter de » tels titres que vous ; issu de ces deux héros que Dieu a » suscités, en nos jours, pour la défense de son église, en » France et aux Pays-Bas. Je vous vois, et ce vous soit » augure, succéder à cette bénédiction, et me promets que » ce qui a esté commencé en eux et par eux sera, un jour, » continué, à bon escient, et avancé par vous. Proposez- » vous donc, dès votre entrée, ce bel exemple, et vous » mirez, tous les jours, en ces grands hommes-là. En leurs y> vies vous formerez la vostre à piété, à prudence, à » justice ; en leurs travaux goûterez plus de plaisir, en leur w mort même plus d'honneur qu'es délices et vanités de » plusieurs autres! Je prie Dieu, de tout mon cœur, qu'il » vous bénisse et m'exauce. Vostre très affectionné, héré- » ditaire serviteur. »
Oui, précieuse hérédité à recueillir par le jeune prince dont l'excellent Ph. de Mornay avait tant aimé l'aïeul et le père, et dont il aimait tant la mère ! Ses paroles allèrent droit au cœur de celle-ci.
A entendre le Français d'élite qui lui adressait de telles paroles, Henri Frédéric sentit s'accroître en lui le désir de voir de près cet ami vénérable et la patrie au service laquelle il avait consacré sa vie.
1. Mémoires de Ph, de Mornay^ édit. in-4°, t. II, p. 378. Lettre du 19 décembre 1593.
Plus favorisées par les circonstances que le petit frère \ dans la réalisation du désjr de connaître la France, Elisabeth et Gharlotte-Brabantine de Nassau jouissaient alors, sous le patronage de Louise de Goligny, du charme d'un accueil, à tous égards, excellent, au sein de ce pays de France qui, tout nouveau pour elles, était destiné, sans qu'elles s'en doutassent, à devenir prochainement leur seconde patrie.
La princesse, en mère clairvoyante de deux filles admirées de chacun,* dans le gracieux épanouissement de leur jeunesse, et surtout de leurs attrayantes qualités, pressentait en secret que l'une et l'autre, élevées par elle comme elles l'avaient été, deviendraient Françaises. Elle ne tarda pas à voir ses prévisions se réaliser, quant à l'une d'elles, le jour où se décida la question du mariage d'Elisabeth avec le duc de Bouillon *.
Gharlotte-Brabantine était trop jeune alors pour qu'une question de même nature s'élevât, en ce qui la concernait, avec la perspective d'une solution prochaine, ainsi que la princesse d'Orange le faisait sentir à Maurice de Nassau, en ces quelques mots ' : « Votre sœur Brabantine est aussi » recherchée par M. de Rohan, et la mère le désire fort; » mais l'âge de l'une et de l'autre me donnera bien le » loysir de la ramener encore avec moy. »
1. Telle était alors la qualification attribuée à Henri-Frédéric par les divers membres de sa famille. •
2. Voira V Appendice f n® 8, des fragments d'une correspondance i^elative à ce mariage. Le contrat de mariage d'Elisabeth de Nassau fut dressé et signé à Sedan le 11 février 1595. Une expédition de cet acte authentique est conservée aux archives de la maison d'Orange-Nassau, n° 2,205. La célébration du mariage eut lieu le 16 février 1595. (Voir au § 4 du n<> 8 de Y Appendice la lettre de Louise de Goligny au comte Guillaume de Nassau, qui précise cette date.)
3. Lettre du 4 octobre 1594. (Archives de la maison d'Orange-Nassau, n« 2,247.)
On verra plus loin comment, de même qu'Elisabeth, Charlotte-Brabantine devint, à son tour, Française et duchesse, en réalisant cette prédiction, si gracieusement exprimée par Anne d'Allègre, comtesse de Laval* : « Ma- » dame vostre sœur (la duchesse de Bouillon) vous rendra » ce mesme office de vous amener un de ces jours en » vostre mesnage, comme vous la laissez au sien. »
Les préoccupations maternelles de Louise de Goligny n'infirmaient d'ailleurs en rien sa sollicitude pour Marguerite d'Ailly et ses enfants. Loin de là: cette sollicitude incessante était celle d'une sœur et d'une tante dévouée. Confidente des appréhensions de la mère, au sujet de son fils aîné, à propos de l'amirauté de Guyenne, la princesse d'Orange contribua à les calmer, non seulement par ses paroles, mais plus encore, probablement, par son intervention directe auprès de Henri IV, sur l'esprit duquel elle exerçait une salutaire influence, à titre de judicieuse et fidèle conseillère, d'autant mieux écoutée par le monarque, qu'elle était pour lui une amie d'enfance*.
Vint le jour où les appréhensions de Marguerite d'Ailly cessèrent.
Henri de Goligny resta si bien en possession de sa charge d'amiral, que Ph. de Mornay mandait, le 12 août 1595, au
1. Lettre du 20 mars 1596. — Je dois à la parfaite obligeance de M, le duc de La Trémoîlle la communication tant de cette lettre que de plusieurs autres documents d'une rare importance, faisant partie de ses riches archives, dont il a bien voulu m'ouvrir l'accès avec le sympathique empressement qui caractérise, au plus haut degré, un judicieux et généreux ami des travaux historiques.
2. « La fille de feu M. Tadmiral de Chastillon a esté, dans le com- » mencement de son âge, nourrie avec la feue royne, ma mère, aussi » chèrement que ma sœur et moi, qui estions ensemble. » Lettres missives de Henri IV, t. IX, p. 660. Lettre du 26 avril 1589 au comte de Nassau.)
maréchal d'Aumont * : « Je recognois fort nécessaire le » secours de Rhedon, car si (cette ville) périt sitost après » sa réduction, c'est un mauvais exemple à ceulx qui » avoient pareille volonté. Je Tay représenté au roy et pressé » Sa Majesté de mander à M^ de Montpensier qu'il s'ache*- » mine à vostre secours, si vos affaires de Normandie le » peuvent souffrir; aussi d'escrire à MM. de Boisdaulphin » et de Belle-Isle que, pour tesmoigner leur service, ils se )) déclarent en une si signalée occasion. J'ai écrit aussi à » messieurs de La Rochelle et k M. de Chastillon^ amiral de » Guyenne, pour armer nombre de vaisseaux qui incom- » modent l'embouchure de Rhedon, et y ai desparti ung » des miens qui les y encouragera de bouche. Il ne sera » mal à propos que m'envoyés aussi des lettres pour eux. »
La situation officielle du jeune amiral, grâce au concours que des hommes expérimentés lui prêtaient dans l'exercice de sa charge*, se conciliait, sous la sage direction de sa mère, avec le développement de son éducation morale et religieuse, et avec celui de son instruction proprement dite.
Tout en s'accomplissant sous de favorables auspices, ce développement n'en laissait pas moins percer, chez Henri de Goligny, dès l'âg^ de treize ans, une vocation décidée pour la carrière des armes. N'était-il pas un vrai Ghastillon? Dès lors, quoi de plus naturel pour lui que d'aspirer ardemment à marcher sur les glorieuses traces de son père et de son aïeul?
Ecoutons-le, s'adressant à Dam ville, dans une lettre du 15 août 1596; son langage est celui d'un futur héros ^:
a Monseigneur, écrivait-il de La Rochelle, j'espère que