Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,587, f
» ma mère se résouldra, par le retour de son 'secrétaire, de » ce qu'elle aura à faire de moy. Elle escrit au roy et à » vous, pour recevoir ses commandemens et les vostres sur » ce que je doibs faire, ou d'aller droict à la court, ou à » l'académie^ Je vous supplie très humblement, monsei- » gneur, de faire que j'aille à la court, car je ne désire rien » tant que de me trouver là où sera l'armée ; d'autant qu'il » me semble que j'ay déjà assez de force pour donner un » coup d'espée pour vostre service. Je me résouds bien, » sitost que je serai là, d'estre auprès de vous, car je veulx » demeurer toujours vostre soldat et vostre serviteur, toute » ma vie. Ma mère m'a dict combien vous l'aviez obligée » dernièrement, en la poursuite de ses affaires, en court ; le » bienfait que nous en avons reçeu sera emploie pour vostre » service ; ne désirant rien tant que de demeurer pour ja- » mais, monseigneur, vostre très humble et très obéissant » cousin et serviteur. »
Trois mois plus tard, Marguerite d'Ailly était encore à La Rochelle, et y faisait acte de Française dévouée, tant aux intérêts maritimes de cette importante cité, qu'aux intérêts supérieurs de la patrie, en favorisant l'expédition de deux navires armés en guerre, la Margiierite et la Marie ^ dont elle avait ménagé la propriété à ses enfants.
Un acte formel, conservé jusqu'à ce jour, établit la nature de l'opération dont il s'agissait alors, et relate les conventions qui en précédèrent la mise à exécution *. Il y est dit expressément : « que les chefs et conducteurs des deux » vesseaulx la Marguerite et la Marie promettaient à » M"' de Ghastillon, pour eulx et leurs équipages, faire » voille au premier beau temps, et les mener et conduyre en
i. Voir à V Appendice^ n° 9, Tacte du 12 novembre J596. — Je dois à Tobligeance, déjà signalée de Thonorable M. Meschinet de Richmond, la communication de cet acte dont la minute existe à La Rochelle.
» mer vers la coste d^Espagne et ailleurs où ilz verroient »' faire leur profit, et des advitailleurs de iceulx, en la ville » de La Rochelle, et non ailleurs ; le tout, sauf les périls et » dangers de la mer. »
Tandis qu'une mère telle que M"* de Chastillon, entourée du respect et de la sympathie de tous, consolidait par son concours personnel la situation de spn fils, dans Texercice de la charge d'amiral, une autre mère, également veuve, celle du prince de Condé, voyait son fils, encore enfant, investi par le roi, dans des vues purement poMtiques, du titre de gouverneur de la Guyenne*. Or il y avait loin du caractère et des antécédents de Charlotte-Catherine de la Trémoïlle, aux vertus et à la noble existence de Marguerite d'Ailly. Aussi, avec le judicieux et ferme appui prêté par celle-ci à Henri de Coligny, dans Taccomplissement de ses devoirs officiels, devait contraster l'absence de tout concours efficace, de la part de celle-là, à la gestion du jeune gouverneur. Ce fut, en effet, ce qui eut lieu ; car la princesse de Condé, tant que dura la minorité de son fils, ne s'occupa guère, à propos de la charge dont il était pourvu, que du soin d'encaisser pour lui les émoluments affectés à son titre de gouverneur '.
1. a Nous, Ch'ariotte-Catherine de La Trémoïlle, princesse de Condé, )) comtesse de Taillebourg, tutrice naturelle et légitime de nostre très » cher et très aimé fils unique, messire Henri de Bourbon, premier » prince du sang et premier pair de France, gouverneur et lieutenant ï général pour le roy, mon seigneur, en son pais et duché de Guienne, )) confessons avoir reçu de M. le duc de Montmorency, pair et connes- » table de France, nostre oncle, les provisions dudict gouvernement de » Guienne^ qu'il a pieu à Sa Majesté octroyer à mondit sieur le prince, » nostredict fils. — Faict à Rouen le 20 janvier 1597. G. de la Tre- » MOÏLLE. — Pour madite dame la princesse, Guillemignet. » (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,570.)
2. La preuve en est, nptamment, à cinq ans de distance de la promotion du jeune Condé au gouvernement de la Guyenne, dans la teneur
Cependant, qu'avait décidé M"' de Chaslillon sur ce qui constituait Tobjet de la lettre adressée par son fils au connétable, le 15 août 1596? C'est ce que rien ne fait connaître.
Quel que soit, au surplus, du chemin de la cour ou du chemin de l'académie, celui que Henri de Coligny ait pris, à cette époque, toujours est-rl que, par l'expansion de son cœur, la vivacité de son intelligence et la droiture de son caractère, il se concilia de plus en plus l'estime et l'affection de tous, particulièrement celle de Ph. de Mornay, de sa femme, et de M"° de Rohan.
Les fils de ces hauts personnages devinrent ses amis.
Peu s'en fallut même qu'un lien de fraternité ne l'attachât au jeune Philippe Mornay de Bauves, si celui-ci eût, comme le proposait M"* de Rohan, épousé la fille de Marguerite d'Aiily. Des démarches faites, à cet égard, par la judicieuse amie des deux familles, avaient été bien accueillies, ainsi que le déclarait M""' de Mornay, en ces termes * : a II nous fut faict ouverture par M"" de Rohan du mariage » de nostre fils avec la fille dé feu M. de Chastillon, fils du » feu admirai de Coligny, laquelle en escrivit à M"* de » Chastillon, sa mère, comme d'elle-même, et en eut favo- » rable réponse. » On ignore quelles furent les circonstances qui neutralisèrent la portée de ces démarches. L'insuccès du projet d'alliance conçu par M"" de Rohan n'infirma d'ail-
de la quittance suivante, délivrée par sa mère le 16 février 1602 : — « Nous, Charlotte-Catherine de La Tremoïlle, princesse douairière de » Gondé, tutrice naturelle de M. le prince de Condé, nostre fils, con- » fessons avoir reçu de M. B. Boucher, trésorier de l'épargne, la somme » de deux mille escuz sol..., ladite somme ordonnée par Sa Majesté » estre mise en nos mains pour Testât et appointement de la charge de » nostredit fils le prince de Coudé, de gouverneur, pour ladite Majesté, » au gouvernement de Guienne durant la présente année 1602. C. de » LA Trehoïlle. » (Bibl. nat., mss., recueil intitulé Pièces originales^ vol. 459, f> 16.)