Archives delà maison d'Orange-Nassau, n
)> estais et à moy. Le parti a esté trouvé si advantageux » pour elle, et si honorable pour toute ceste mayson, que )) nous avons estimé que ce seroit chose que vous, monsieur » mon frère, et tous ceulx auxquels elle a l'honneur d'ap- » partenîr trouveriez bon et l'approuveriez. C'est pourquoi )) nous avons fait responce à M. de La Trimouille, lequel, » pour plusieurs bons respects, ne peut, à ceste heure, » abandonner la France et mesme le pays de Poitou, où est » le principal de son bien et où ceulx de la religion sont » principalement establis; nous luy avons dit et mandé que, » dans peu de temps, je ferois un voyage en France et mey- » nerois ma fille, pour là, avec l'aide de Dieu, solemnîser » le mariage. A ceste heure donc, monsieur mon frère, » messieurs les estats et monsieur le prince, mon beau-fils, » trouvent bon que, devant que l'hyver s'avance davantage, » je fasse mon voyage, et estant venue jusqu'en ce lieu y> (Usdenzeel) pour dire adieu à monsieur mon beau-fils, j'ay » prié M. le comte Guillaume, mon neveu, de vous faire » tenir ceste lettre, pour vous avertir de nostre voyage, m'as- » seurant, monsieur mon frère, que vous l'aurez agréable, «puisque je l'entreprends pour le bien de cesté mayson. » Monsieur mon beau-fils trouve bon, comme j'espère que » feront aussi messieurs les estats, que je meyne mon fils, » votre petit-neveu, espérant que ce voyage ne peut que luy » servir pour le rendre tousjours plus capable de faire service )) à cest estât et à tous ceulx auxquels il a l'honneur d'appar- » tenir, et à vous particulièrement, monsieur mon frère, » vous supplyant le vouloir tousjours tenir en vostre bonne » grâce, etmoyaussy. »
Le petit frère venait, en 1597, de faire sa première campagne, aux côtés de Maurice, son aîné*; et, dans l'élan de
1 . Comraelyn, Histoire de la vie et actes mémorables de Frédéric* Henry de Nassau, Amsterdam,. 1656, 1 vol. in-f, 1^° partie, p. 3.
l'ardeur guerrière, il avait écrit à sa sœur, Charlotte-Brabantine, alors qu'il était encore séparé d'elle* r
« Madame, car vous la serés bientost, je ne say comment » vous remercier de ceste belle écharpe que m'avés envoiée. » Si j'en ay de plus belles, je n'en ay pas que j'ayme tant : » quand je retourneray, je la raporteray toute gastée du » sang des Espagnols. Si nous eussions prins la ville de » force, je vous eusse envoie force butin. Peut-être que, si » nous prenons encore des villes, je vous en aporteray . Tous » mes cousins vous baisent les mains, et moy aussy, et » vous prie d'aimer toujours vostre bien humble frère et » serviteur. »
Lorsque le fils de Louise de Coligny se retrouva sous le toit maternel, les états généraux l'autorisèrent à accompagner la princesse et sa belle-fille, et à rester absent du territoire des Provinces-Unies pendant une année.
La joie du petit frère fut des plus vives. A peine en viton l'expansion modérée par la précision avec laquelle les états avaient fixé la durée de son séjour en pays étranger. Leur concession, sur ce point, était, du reste, assez large. Quant à Maurice de Nassau, nulle possibilité d'absence. Retenu par d'impérieux devoirs sur le sol des Provinces- Unies, et dès lors privé de la satisfaction d'assister sa sœur aux préliminaires et à la célébration du mariage, il avait, le 23 octobre 1597, délégué l'exercice de ses prérogatives de chef de famille à sa belle-mère, dans des termes, à la fidèle reproduction desquels s'attache un intérêt d'autant plus réel, qu'ils honorent à la fois, et lui et la femme émi-
1. Lettre écrite vers le 20 septembre 1597, signée, comme le furent ultérieurement beaucoup d'autres, non pas Henry-Frédéric, mais simplement Henry de Nassau, et portant pour suscription ces mots, dénotant une plaisanterie juvénile : « A Madamoiselle de Nassau, à Madame la » duchesse, » (Archives de M. le duc de La Trémoïlle.)
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nente en qui se personnifiaient, au plus haut degré, la tendresse, la vigilance et le dévouement de la mère chrétienne * •
Maurice approuvait si cordialement le mariage de Charlotte-Brabantine, que, peu de temps avant qu'elle partit pour la France, il lui avait écrit ' : « Il me semble que vous » ne devez refuser en aucune façon ce mariage. Je vous le » conseille comme celui qui vous aime plus que personne » de ce monde, encore que je sache bien que cela vous » ravira de ce païs : qui me sera un très grand regret. » Adieu, ma belle Brabantine, je suis vostre bien humble » frère, a vous faire service. »
Au moment du départ, il avait ajouté ' : « J'espérois » d'estresi heureux de vous voir, devant vostre partement; » mais, puisque M. de Bouillon haste tant vostre voïage, et » que je m'esloigne de vous, je crains que serai contraint » de vous dire adieu par ce mot. Je vous prie donc, ma » belle Brabantine, de m'aimer tousjours, comme vous avez » fait; et encore que je soye loing, ou près de vous, jamais » vous ne sortirez de mon esprit, car personne ne vous hono- )) rera jamais tant que vostre humble frère, à vous faire )) service. »>
Les états généraux annoncèrent au duc de La Trémoïlle le prochain départ de la princesse d'Orange et de ses enfants, en ces termes, empreints d'une sérieuse sympathie* : « Monsieur, nous avons pris un singulier plaisir de » ce qu'il vous a plu nous tesmoigner, par le contenu de » vos lettres, la continuation de vostre bonne affection