Archives générales du royaume de Hollande
PENRI DE COLIGNY, b9
» sera aulcunement possible ; ayant troavé bon de présen- » ter une compagnie de ladite cavalerie Françoise à M. le » comte Henri de Nassau, vostre très cher et bien-aimé fils, » en tant qu'il plaira à Vostre Excellence l'avoir agréable, » et de l'accepter de sa part ; ce que nous vous prions ; dé- » sirans, à ceste fin, comme le temps que nous luy avons » accordé pour demeurer en France est expiré, et que nous » espérons qu'il pourra estre employé, pour le renouveau, » au service de sa patrie, en campaigne, qu'il vous plaise, >> pour cest honorable effect, nous le renvoyer; en quoy » Vostre Excellence s'acquittera de sa promesse, et nous » fera chose très agréable ; et nous remettant, au demeu- » rant, à ce que Vostre Excellence entendra davantage de » Testât présent de nos affaires, prions le Créateur, etc. — » Actum VII j jarmarii 1599. »
Louise de Goligny était prête à rendre service aux états généraux, en appuyant auprès du roi leur demande d'autorisation relative à une levée de troupes ; elle leur savait gré de l'offre d'une compagnie pour son fils ; mais, en même temps, elle s'affligeait de voir celui-ci contraint, sous le coup d'un engagement positif, de se séparer d'elle prochainement. Toutefois, en princesse fidèle à sa parole, elle l'exhortait à se résigner aux rigueurs d'une séparation nécessaire.
Quant à M™* de Chastillon, partagée entre la satisfaction de conserver, pour le moment, son fils auprès d'elle et le désir de voir s'ouvrir, pour lui, même au prix d'une absence temporaire de sa patrie, une carrière militaire, analogue à celle dans laquelle Henri-Frédéric allait s'avancer, elle inclinait à regretter, qu'en offrant une compagnie de cavalerie à l'un des deux cousins, les états généraux n'eussent pas pensé à gratifier l'autre d'une compagnie quelconque dans la levée qu'il s'agissait d'opérer en France.
N'était-ce pas là aussi l'avis des deux jeunes cousins? On rignore, il est vrai ; mais il n'en demeure pas moins permis de former, sur ce point, dans le sens de l'affirmative, une conjecture probablement fort voisine de la réalité.
En effet, les deux petit-fils de l'amiral de France, unis désormais l'un à l'autre par les liens d'une étroite amitié, aspiraient à pouvoir suivre ensemble la carrière des armes. Or, si cette carrière, fermée en France à Henri de Nassau, lui était uniquement accessible dans les Provinces-Unies, ne pouvait-elle pas, pour un temps au moins, l'être également à Henri de Colîgny sur le sol de ces provinces, dans les rangs des troupe^ françaises employées à leur service? Assurément oui ; et c'est bien là, on n'en saurait douter, ce ce que pensaient les deux jeunes amis, comme aussi ce que pensaient leurs mères.
Les événements militaires de France et des Pays-Bas avaient été fréquemment le sujet des entretiens des deux Henri ; et l'ardeur guerrière du fils de M™' de Chastillon s'était accrue aux récits de son cousin, quand il l'avait entendu lui dire que, dès l'âge de treize ans*, il avait porté les armes sous l'égide de son frère aîné, Maurice de Nassau, lui vanter les hauts faits de ce frère, lui parler de l'accueil favorable que les Français recevaient sous les drapeaux de son armée ; enfin lui signaler les éminents services rendus par plusieurs d'entre eux. Et maintenant que, rappelé par les états généraux pour entrer de nouveau en campagne, à la suite de Maurice, Henri-Frédéric allait quitter la France, quel n'était pas l'empressement de Henri de Golîgny à le féliciter de ce qu'il se voyait appelé à l'hon-
1. « Le i°^ août 1597, Maurice de Nassau partit de La Haye, suivi du » jeuae prince, Henri-Frédéric, son frère, qui commença de feire son » premier coup d'essai, en l'expédition, n'étant alors encore âgé que de treize ans. » (Lapise, Histoire des pr. et de la ppté d'Orange^ p. 65i.)
neur de consacrer ainsi à sa patrie ses forces et son dévouement.
Le princesse d'Orange, quel que fût le chagrin que lui coûtât une séparation imminente, s'occupait si sincèrement des préparatifs nécessités par le prochain départ de son fils, qu'elle écrivit à sa belle-fille, la duchesse de LaTrémoïUe' :
» Je suis si interdite du parlement de vostre frère, que je » ne sais ce que je fais. Cela m'a empêchée, depuis que j'ai » eu cette nouvelle, d'écrire ni à vous, ni à personne, car je » ne pense plus qu'au moyen de le faire retourner avec quel- » que lustre et moyen de servir sa patrie : de façon que je » ne parle, à cette heure, qu'hommes, armes et chevaux'; » et, pour en faire, je vous laisse à penser s'il me faut » trouver de l'argent ; à quoy me fait extrême besoin celuy » que me doibt vostre bon mari. Vous avez intérêt, ma fille, » à ceci; c'est pour l'honneur de vostre frère, pour le bien » de vostre pays. Faites donc, je vous supplie, que je reçoive » ceste partie. Quand vous ne me le devriez point, je m'a- » dresserois à vous, en une telle occasion, où il y va de » l'honneur et de la réputation de vostre cher frère, car » messieurs les estais me prient instamment qu'il leur mène » une bonne troupe. »
1. Lettre du commencement de mars 1599. (Archives de M. le duc de La Trémoïlle.)
2. Henri-Frédéric, pendant son séjour en France, avait si bien débuté dans Téquitation, sous la direction d*un maître célèbre, que la princesse d*Orange écrivait au comte Guillaume de Nassau, son neveu : a Vostre » petit cousin ne sera plus petit quand vous le reverrez, car il devient » fort grand. Il faut que je vous dise que, principalement à monter à » cheval, il profite de telle façon, que M. dePluvincl dit que, s'il le peut » avoir quelque temps, il le rendra un des mieux à cheval qui sortit de » longtemps de son école. Monsieur le connestable, monsieur le Grand, » et tous ceux qui s'y entendent disent que, s'ils ne le voyoient, qu'ils D ne çroiroient jamais qu'en si peu de temps, il eût pu y estre si bien. » (Archives de la maison d'Orange-Nassau, n'^ 2,247.)
; 62 HENRI DE GOLIGNY.
Le roi de France était si peu d'avis de laisser partir • Henri-Frédéric , qu'à Tinsu de Louise de Coligny il char-
; geait son ambassadeur dans les Provinces-Unies d'inviter
le prince Maurice à user de son crédit auprès des états
généraux pour que son jeune frère fût autorisé par eux à
, prolonger, pendant une seconde année, son séjour dans le
royaume.
L'ambassadeur s'étant acquitté de la mission que son souverain lui avait confiée, Maurice de Nassau accomplit une démarche dont l'objet et l'issue sont ainsi constatés, à la date du 24 février, dans le recueil des Résolutions des états généraux des Provinces-Unies* : « Son Excellence » (le prince Maurice) annonce à l'Assemblée que le sieur » de Buzanval a reçu une lettre du roi de France qui le » charge de prier sadite Excellence d'intervenir auprès des » états généraux, à l'effet d'obtenir en faveur du comte » Henri-Frédéric l'autorisation de rester encore un an en • » France.
» Résolu d'écrire au roy que les estats, guidés par des M considérations particulières, désirent que le comte Henri- » Frédéric retourne, à la première occasion favorable. »
En exécution de la résolution ainsi prise, les états gênéadressèrent à Henri IV, le 26 février 1599, la dépêche suivante ' :
« Sire, M. le prince Maurice nous a remonstré que le » sieur de Buzanval, vostre ambassadeur pardeçà, par le » commandement de Vostre Majesté, l'avait requis de » moyenner envers nous que voudrions trouver bon que le » comte Henri, son frère, pourroit demeurer encore un an » en France; sur quoy ayant mûrement advisé, nous n'avons
1. Archives générales du royaume de Hollande, registres des dépêches de France.