Archives générales du royaume de Hollande
HENRI DE COLIGNY. 63 l
» peu laisser d'advertir Vostre Majesté comme le parlement
» dudit sieur comte vers France, de sa demeure illec pour j
» un an luy a esté par nous accordé avec le préalable consen- :
» tement des Provinces-Unies; et ainsi estant présente- î
» ment ledit terme expiré, nous ne saurions accorder la pro-
» longation d'iceluy, sans mesme préalable adveu desdites
» provinces. En quoi nous trouvons de la difficulté, tant
» pour le regard de la presse de l'ennemi qui se commence
» à remuer vers les quartiers de Gueldres et Overyssel, !
» selon les advertances qui nous en viennent de divers en-
)> droits, que pour aultres importantes considérations qui
» touchent le bien de nostre Estât; par où, sire, nous prions
» Vostre Majesté bien humblement qu'il vous plaise trouver
» bon et permettre le retour pardeçà dudit sieur comte, par
M la première commodité, et lui continuer toujours vos
» royales faveurs, comme aussi à nostre Estât vostre af-
« fection accoustumée pour le maintenement d'iceluy. »
Louise de Coligny, pour la décharge de sa propre responsabilité, tint à ce que les états généraux sussent qu'elle était demeurée totalement étrangère à la démarche que Henri IV avait chargé son ambassadeur d'accomplir. Aussi, trouve-t-on consignées dans les registres des Résolutions de ces états la mention suivante * :
« Séance du 11 mars 1599. — Le sieur Dommarville, » lieutenant-colonel dans le régiment du sieur de Lanoue, » a comparu à 1* Assemblée et représenté, de la part de » M"" la princesse d'Orange, qu'elle avoit volontairement » consenti au retour du prince, son fils, et que la lettre du » roi de France estoit écrite à son insu. »
Le fait était incontestable, par cela seul que la princesse, dans sa parfaite loyauté, en affirmait l'existence,
. 1. Archives générales du royaume de Hollande.
Quelques semaines s'étaient encore écoulées , sans que Henri IV eût consenti au départ de Henri-Frédéric, qu'il retenait auprès de lui au château de Fontainebleau , lorsque arrivèrent en France Dommarville et le capitaine Baud, annonçant que des vaisseaux de guerre , stationnant dans l'un des ports du royaume, y attendaient le jeune prince, pour le conduire dans les Provinces- Unies.
Ce fut alors que la princesse d'Orange adressa, le 1*' avril, à Barnevelt, ces lignes, dans lesquelles se peignaient, en traits saisissants sa noble insistance auprès du roi et sa sollicitude maternelle^ :
« Monsieur, comme M. Dommarville et le capitaine Baud
M arrivèrent, mon fils estoit avec le roy à Fontainebleau, Je
« partis incontinent pour le aller quérir et faire entendre à
» Sa Majesté le commandement que j'avais de messieurs les
» estats de le leur renvoyer. Je luy parlai aussi combien
» lesdits estats avaient de besoin de l'accomplissement de
j) ses promesses ; ce qui fut occasion que Sa Majesté nous
» retint quelques jours, pour voir s'il y avoit moyen que
» mon fils peust porter avec luy une partie de ce qu'il nous
» a promis ; mais cela n'a pas pu estre, à cause que le con-
» seil est tout séparé, pour ces fêtes de Pasques. Sa Ma-
» jesté m'a commandé cependant d'assurer messieurs les
» Estats et vous en particulier, que, pour le 15 de ce mois,
» ou au plus tard pour la fin, il vous envoiera ce que vous
» dict M. Dommarville; et m'a prescrit fort Sa Majesté que
» mon fils retardast son partement jusque lorâ; mais, luy
» remonstrant la dépense qu'avoient faite ces messieurs les
» estats, luy envoïant des vaisseaux de guerre, et l'incom-
» modité qu'ils recevroient de leur retardement, Sa Majesté
» lui a accordé son congé.
1. Archives de la maison d'Orange-Nassau, n^ 2,247*. — Archives générales du royaume de HoUandCé Brieven van vorsten, Regerings personen.
» Je le vous renvoyé donc, monsieur, avec prières très » ardentes que je fais à Dieu, qu'il luy fasse la grâce de rendre » ce qu'il doit à sa patrie. Il en a bien la volonté ; il luy reste » la capacité, que j'espère que le temps et le bon exemple » de son père luy donneront. Je le vous recommande, mon- » sieur, et vous supplie d'en avoir seing, et que par vostre » moyen il soit maintenu aux bonnes grâces de messieurs » les estats, particulièrement desestats de Hollande, qui sont » ses pères et ses protecteurs, et entre les mains desquels je » le résigne. »
)> Je n'escris qu'à vous, monsieur, puisque l'arrivée de » mon fils fera assez paroistre à messieurs les estats l'obéis- » sance que je rends à leurs commandemens ; et luy et » M. Dommar ville vous feront entendre tout ce que vous » désirerez d'apprendre d'ici, etc. »
Presque aussitôt Henri-Frédéric quitta la France, sans avoir pu revoir sa sœur, la duchesse de La TremoïUe, à laquelle la princesse d'Orange eut soin d'écrire * : « Vous avez » tort de vous plaindre de ce que vostre petit frère ne vous » a point été voir, car il en a eu encore plus de regrets que » vous ; et croyez, ma fille, que, s'il eût été possible, il eût » fait ce voyage. Quand vous ouïrez toutes mes raisons, vous » jugerez bien qu'il n'a pu ; et faut que je vous avoue que » j'ai été surprise en son partement, car je ne pensois » pas qu'il dût être mandé sitôt ; et m'a fallu user d'une » telle diligence pour ne faire point attendre les vaisseaux » que je n'ai pas eu loisir de lui faire faire mille choses qui » lui estoient nécessaires. Je n'ai point eii de ses nouvelles » depuis son embarquement, qui fut il y eut hier huit jours, » avec un si bon vent, que j'espère que Dieu l'aura conduit >) heureusement. »
1. Lettre du 24 avril 1599. Arcbîvts de M. le duc de La TrémoïUe.
66 HENRI DE GOLIGNY.
Au moment même où ces lignes étaient tracées, Henri- Frédéric se trouvait, après une heureuse navigation, de retour dans les Provinces-Unies, et dès le 23 avril, il se présentait à l'assemblée des états généraux'.
A son départ avait promptement succédé celui de Ph. de Mornay de Bauves pour la Hollande, où son père l'envoyait faire ses premières armes sous la direction de Maurice de Nassau *.
Quant à Henri de Coligny, entrant alors dans sa dixseptième année, qu'allait-il devenir sur le sol de cette France qu'il aimait passionnément, et qu'à tout prix, ne fût-ce même que comme simple volontaire, sous les drapeaux de l'armée, il voulait commencer immédiatement à servir ?
S'il n'y rencontrait encore qu'un insuffisant aliment à son activité, lui serait-il permis du moins, afin qu'il se préparât d'autant mieux aux services que plus tard il pourrait rendre à sa patrie et à ses coreligionnaires, d'atteindre, à son tour, le territoire des Provinces-Unies, que ses deux amis venaient d'aborder, et là, de combattre contre les Espagnols? Il l'ignorait; mais ce qu'il savait bien, c'était que, mû par l'unique sentiment du devoir, il pouvait, en toute assurance, placer son désir de prendre du service dans l'armée d'un État allié de la France sous la protection des vues émises par un vieil ami de son aïeul et de son père, par le valeureux et sage de Lanoue qui, dans un de ses remarquables écrits ', avait naguères consigné les réflexions suivantes :
1. Archives générales du royaume de Hollande. Recueil des Résolu-^ ^tons des états généraux des Provinces-Unies. — Séance du 23 avril 1599,