C8 HENRI DE COLIGNY
l'espoir en l'avenir, sur l'expérience d'un* passé d'autant mieux connu de lui, et d'autant plus cher à son cœur, qu'il se liait intimement à la carrière de trois hommes d'élite dont il vénérait la mémoire.
Et d'abord, il se rassurait à la pensée que l'amiral, son aïeul, et d'Andelot, son grand-oncle, épris comme lui, dès leur plus tendre jeunesse, de la carrière des armes, et as-* pirant à en voir l'accès ouvert à leur généreuse ardeur, ne s'étaient nullement laissés décourager par une longue expectative, qui n'avait cessé, pour le premier, qu'à l'âge de vingt-trois ans, et, pour le second, qu'à celui de vingt et un ans et demi. Si de tels devanciers avaient su patiemment attendre, il devait, se disait-il, imiter leur patience.
Il n'oubliait pas, d'ailleurs, qu'à leur début, ils n'avaient pu se joindre à l'armée qu'au seul titre de volontaires, et n'y servir, selon l'expression du temps ^ que pour leur plaisir; mais qu'ils n'en avaient pas moins jeté alors les bases de leur réputation militaire, par le déploiement de leurs mâles qualités ; et, qu'après qu'ils « se furent allés » pourmener ordinairement là où il y avoif des coups (et de l'honneur) à donner' », vint enfin pour eux le moment où, revêtus, chacun, d'un grade mérité, ils appartinrent à l'armée, à titre permanent.
Il se rassurait encore plus, au souvenir du début de François de Ghastillon, son père, qui, à l'âge de dix-huit ans, arrivant de Suisse en Languedoc, s'était présenté, dans cette province, au chef de l'armée des confédérés, en qualité de simple votontaire, heureux de pouvoir, quelle que fût la situation qu'on lui assignât, servir son Dieu et sa patrie. Tous, à le voir et à l'entendre, avaient reconnu en lui
les principaux traits de la piété, du caractère et des émi-