‹ Henri de Coligny, seigneur de ChastillonChapitre 33 sur 61 · Du Bouchet, Histoire de la maison de Coligny, p · texte numérisé non relu

Du Bouchet, Histoire de la maison de Coligny, p

l'autorisait à entrer au service des provinces unies des Pays-Bas, dont les intérêts supérieurs se confondaient alors avec ceux de la France, et spécialement avec ceux des réformés français! Il allait soutenir, dans ces héroïques provinces, ainsi que nombre de ses compatriotes qui déjà s'y trouvaient, la lutte contre l'Espagne, en faveur de l'indépendance nationale, et surtout de la liberté religieuse; lutte gigantesque, à laquelle avaient glorieusement pris part son aïeul et son père. Marcher sur leurs traces, tel était son pieux désir.

Sa mère y applaudissait, et il nous semble l'entendre, au moment où elle consentit à ce qu'il se séparât d'elle, lui tenir un langage identique à celui que, dans une circonstance analogue, une autre mère chrétienne. M"''' de Mornay, fit entendre à son fils bien-aimé, et que voici' :

« Mon filz. Dieu m'est témoing que, mesme avant vostre )) naissance, il m'a donné espoir que vous le serviriez; et » ce vous doibt estre quelque arre de sa grâce, et une )> admonition ordinaire à vostre devoir. En ceste intention, » nous avons mis peine, vostre père etmoy, de votis nourrir » soigneusement en sa crainte, que nous vous avons, en »tant qu'en nous a esté, faict sucer avec le lait... Mainte- » nantje vous voy prest à partir; ne vous pouvant suivre » de l'œil, je vous suivray de mesme soin, et prie Dieu que » vous croissiez en sa crainte et en son amour, profitiez en » la connoissance de toutes choses bonnes, vous fortifiiez en » la vocation que vous avés de luy pour son service, et rap- » portiez tout ce qu'il a mis en vous et qu'il y mettra ci- » après à son honneur et gloire... Il vous a fait naistre d'un » père, duquel, en ces jours, il s'est voulu servir pour sa

» gloire, qui vous a, dès votre enfance, dédié à son service,

i. Mémoires de M^^ de Mornay^ au début.

» quif en cest espoir, vous a faict eslever, selon vostre aage, » en piété et en doctrine; qui, en somme, n'a rien obmis, » par ardentes prières envers Dieu, par un soin exquis en » vostre instruction, pour vous rendre, un jour, capable de » son œuvre. Pensez que par tels chemins Dieu vous veut » associer à grandes choses ; pensez à estre instrument, » en vostre temps, de la restauration, qui ne peut plus )> tarder, de son église. Eslevez tout vostre esprit à ce but-là, » et ne doutez, moiennant cela, mon fils, que Dieu ne vous » assiste, qu'en le cerchant vous ne le trouviez à la ren- » contre, qu'en poursuivant son honneur, vous n'en trou- » viez pour vous plus que le monde ne vous en sçauroit ny » donner, ny promettre. Je vous baille par la main un guide » pour vous accompagner, c'est l'exemple de vostre père, » que je vous adjure d'avoir toujours devant vos yeux pour » l'imiter. »

A l'heure de la séparation, de quel prix ne sont pas, pour un fils aimant, les exhortations, les vœux et les bénédictions de sa mère, alors surtout qu'elle y associe le souvenir sacré de l'affection et des vœux suprêmes d'un père que Dieu a rappelé à luil Aussi, Henri de Coligny recueillit-il, en son cœur, le trésor des directions et des tendresses maternelles, avec l'émotion profonde d'un fils, fidèle observateur de ce commandement divin : « Honore ton père » et ta mère !.. • ; écoute l'instruction de ton père, et n'aban- » donne point l'enseignement de ta mère ! * »

De sérieux devoirs s'imposaient au jeune Français, dans la voie toute nouvelle qui s'ouvrait devant lui, en pays étranger; il avait, de sang-froid, mesuré l'étendue de ces devoirs, et l'on verra bientôt, en quelles graves circonstances il sut pleinement les remplir.

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