‹ Henri de Coligny, seigneur de ChastillonChapitre 36 sur 61 · E. Benoît, Histoire de VÉdit de Nantes, t. I, p · texte numérisé non relu

E. Benoît, Histoire de VÉdit de Nantes, t. I, p

2. Voir sa belle lettre aux états généraux des Provinces-Unies. (Bibl. nat. mss. f. fr., vol. 3,426, f» 6.)

» et nous donne-t-on encore ceste louange, d'avoir tousjours » esté très affectionnez à conserver nostre liberté, pour la- » quelle il est notoire combien nos maïeurs ont, par le )> passé, valeureusement combattu; ce qui me fait croire » que ceste vertu antique se renouvellera en vous, pour » chasser la cruauté des Espagnols', qui, s'estimant comme » anges, nous tiennent, nous autres septentrionaux, comme » des bestes, et, pour ce regard, usent, à l'endroit des per- » sonnes libres, du traitement convenable à des esclaves. » Nous sommes vos compatriotes, usant demesme langage, » ayans mesmes mœurs et coustumes, et bien encore d'au- » très liens de proximité, afin que nous feussions aussi » prompts à vostre défense, comme la raison et le debvoir » nous y convient. Ne perdez point l'espérance ny le cou- » rage atissy, car vous sçavez bien que Dieu oit le gé- » missement des affligez et favorise leur justice. Il vous » oira et favorisera. Combien de peuples battus de cette » dure oppression ont été délivrés par sa bonté 1 Gela vous » doit rendre certains qu'il vous administrera ce qui est de

1. Gomment ne pas se rappeler ici ces mémorables paroles de Guillaume de Nassau, prince d'Orange : « Quant estant en France (en 1559), » j'eus entendu de la bouche du roi Henri, que leducd'Âlbe traictoitdes » moyens pour exterminer tous les suspects de la religion en France, en » ce pays et par toute la chrestienté, et que ledit sieur roi m'eust déclaré » le fond du conseil du roi d'Espagne et du duc d'Albe..., je confesse » que je fus alors tellement esmu de pitié et de compassion envers tant » de gens de bien qui estoient vouez à l'occision, et généralement envers » tous ces païs, que, voïant ces choses, dès lors j'entrepris à bon escient » d'aider à faire chasser ceste vermine d'Espaignols hors de ce païs ? » (Apologie de Guillaume de Nassau, prince d'Orange, contre Védit de proscription, publié en 1580 par Philippe II, roi d'Espagne. Bruxelles et Leipzig, 1858, 1 vol. in-8<», p. 88, 89.) Ce fut ainsi que, dès 1559, se décida soudainement en France, aux côtés et à l'insu du royal oppresseur des chrétiens évangéliques, la vocation de Guillaume de Nassau, comme futur fondateur de l'indépendance des Provinces-Unies, et comme promoteur de la liberté religieuse, au sein de ces provinces.

» besoing; et puîs, c'est à ceste heure que l'espoir et la » valeur doibvent redoubler ? »

Quel écho, ce magnifique langage du pieux et héroïque de Lanoue ne doit-il pas trouver, de nos jours encore, dans les cœurs des descendants de ses dignes amis du xvi"" siècle, qu'il appelait si bien ses compatriotes !

Est-il besoin d'ajouter, qu'à la fin de ce même siècle, les nobles accents du héros français, qui avait été l'élève et Tun des meilleurs lieutenants de Gaspard de Goligny, firent particulièrement vibrer deux jeunes cœurs, ceux des petitsfils de Tillustre amiral, Ghastillon et Henri de Nassau, au moment où de graves événements se préparaient pour les Provinces-Unies, et où la solennelle question de leur avenir allait se décider sur les champs de bataille ?

Ge fut alors que se cimenta entre les deux cousins, heureux de se retrouver indissolublement unis désormais l'un à l'autre, cette fraternité d'armes, qu'en mère et tante, non moins perspiqace que tendre, la princesse d'Orange avait pressentie, et même, probablement, préparée, en appelant la bienveillance de Henri IV sur l'opportunité d'une détermination qui rapprocherait de son fils un neveu qu'elle affectionnait vivement, un filleul du roi, auquel il avait été déjà témoigné tant de bonté \

Tous deux, en Tannée 1600, occupaient dans l'armée des Provinces-Unies, que commandait en chef Maurice de Nassau, une situation dont la nature ressort du passage suivant d'un ouvrage recommandable, publié en 1601 ' ;

!• La bienveillance du roi pour quelques-uns de ses filleuls, s'étendait parfois aux jeunes amis ou parents de ceux-ci. (Voir Appendice y n« 13.)

2. La grande chronique^ ancienne et moderne de Hollande, Zeelande, West'Frise, Utrecht, Frise, Overyssel et Groningen jusqu'à la fin de Van 1600, par J.-F. Le Petit. Dordrecht, 1601, in-f>, t. II, p. 769,770,

« Le très illustre prince Maurice de Nassau, prince » d'Orange etc., estoit ceste année (1600), de la part et par » commission des seigneurs desestats généraux, général de » Tarmée des Provinces-Unies, par mer et par terre, gou- » verneur et capitaine général de Gueldre, Hollande, Zéé- )) lande, Wesfrise, Utrecht et Overyssel, ensemble des pays, » villes et forteresses de Brabant et de Flandres, estans en )) Tunion desdites provinces et admirai général d'icelles ;

» Auquel sieur prince estoient joints, en tous services de » guerre desdits pays :

» Son frère, le très illustre prince Henri-Frédéric j né » prince d'Orange, comte de Nassau, elc. ;

M L'illustre sieur Philippe, comte de Hohenloo, etc., » lieutenant général dudit sieur prince Maurice ;

» Item Guillaume-Louys, comte de Nassau, gouverneur » et capitaine général de Frise, Groningue, Ommelanden et » Drenthen;

)) Item George-Everard, comte de Solms et de Hoorn, etc.;

» Item Ernest-Casimir, comte de Nassau, maistre de » camp ;

» Item Louis Gonthier, son frère, comte de Nassau, lieu- » tenant général de la cavalerie ;

» Item le comte de Colligni^ seigneur de Chastillon, aussi » maistre de camp;

» Item le généreux chevalier, messire François Veir, gé- » néral de la gendarmerie angloise, gouverneur de Tisle et » ville de la Bryèle ;

» Et plusieurs autres comtes, barons, seigneurs, cheva- » liers signalez, gentilshommes, tant naturels desdites Pro- » vinces-Unies, que des royaumes et pays circonvoisîns. »

Bientôt s'offrit aux deux jeunes frères d'armes l'occasion de rivaliser de courage.

Dans le cours de l'année 1600, eut lieu le rude combat de

Leffingen, dont le comte Ernest-Casimir de Nassau a laissé un récit animé *• Enie soutenant, ce vaillant capitaine arrêta la marche de Tennemi qui finit, il est vrai, par le refouler ; mais tout en subissant une défaite, le comte n'en rendit pas moins, à raison de la ténacité de sa résistance, un service signalé, en ménageant à Maurice de Nassau le' moyen de se préparer, par une rapide manœuvre, à soutenir efficacement le choc des Espagnols et à les vaincre dans la célèbre bataille de Nieuport*.

Avant que l'action ne s'engageât, Ghastillon fut témoin d'une scène qui l'impressionna fortement.

Maurice de Nassau était en proie aux plus grandes appréhensions, au sujet de son frère Henri-Frédéric; il lui signala le danger qu'il courait, «le conjura de vouloir » prendre le large de la mer et de se retirer, pour sauver » la patrie, si liii et l'armée venoient à se perdre... Le jeune » prince, verd de courage, eslevé sur l'honneur, tout empli » du sang généreux de l'illustre maison de ses pères, ré- » pondit, et se fit ouir, qu'il vouloit vivre et mourir avec lui, » et qu'il n'attendoit du ciel meilleure fortune que la sienne ^ »

1. Groen van Prinsterer, Correspondance de la maison d'Orange- Nassauy 2® série, t. II, p. 36 et suiv. — Le comte Ernest-Casimir de Nassau terminait son récit par ces mots : a Tousjours ay-je empesché » Fennemi, l'espace de cinq heures, qu'il ne pouvoit marcher vers Son » Excellence: tellement que Son Excellence, par la basse marée qui entre » temps survint, avoit encores loisir, mais à grand'peine, de passer le » havre et se mestre en ordre de bataille; tellement que messieurs les » estats, Son Excellence et tout le monde m'en sçavent bon gré et con- » fessent que par ma défaite ont esté sauvez et gagné la bataille. »

2. Une lettre du comte Louis Gunther au comte Jean de Nassau contient une relation de la bataille de Nieuport (Groen van Prinsterer, Corresp. de la maison d^ Orange-Nassau, 2« série, p. 23 et suiv.). — Il existe aussi une relation de cette môme bataille par le Gh. François Vere (Ap, p. Bor, De Nederlansche historien y t. IV, Appendice, n® 3 à 14).

3. Lapise, Histoire des princes et de la principauté d^Orange, in-f**, p. 684. — Commelyn, Histoire de la vie et actes mémorables de Fré^

Il resta, et Ghadtillon applaudit, pour sa part, à rénergique résolution de son cousin.

Tous deux^ quelque jeunes qu'ils fussent encore, eurent, à raison de leur caractère fortement trempé et de leur réelle bravoure, le privilège de faire partie d'un groupe d'officiers d'élite et de divers seigneurs que Maurice de Nassau, lors du règlement de son ordre de bataille à Nieuport, retint auprès de lui, soit pour les lancer d'un moment à l'autre dans telle ou telle direction, soit pour porter avec eux un coup décisif.

La flotte néerlandaise venait, sur l'ordre de Maurice, de prendre le large, et dès lors les troupes, restant à terre acculées au rivage *, n'avaient, selon l'expression familière de leur chef, d'autre alternative que celle, ou de combattre à outrance et de vaincre, ou de boire l'eau de la mer '.

Maurice ayant résolument pris les dispositions que les circonstances lui commandaient^ se mit en mouvement, « En bon général, il voulut estre partout et n'estre attaché >> à rien, n'ayant près de soy que trois cornettes pour toute

dériÇ'Henry, prince éCOrange. Amsterdam, 1656, in-f», p. 4. — Lettre, du 20 juillet 1600, du comte Ernest-Casimir au comte Guillaume-Louis de Nassau, ap. Groen van Prinsterer, Corresp.^ 2« série, t. II, p. 39.

1. Parmi ces troupes figurait un corps de combattants français^ dont un ancien écrit nous fait connaître la composition. Il y est dit : « Il y » avoit deux bataillons de Françoys, commandés par le sieur de Dom- » marville^ comme lieutenant-colonel du sieur (Odet) de Lanoue, es quels » il y avoit la compagnie dudit sieur de Lanoue; celle deRocques, com- » mandée par son lieutenant; celle de Dassan, commandant au second » bataillon ; celle de La Simeudière, de Marischotz, de Hamelot, de » Brosse, de Gorinières, commandée par le lieutenant, ledit Gorinières » ayant esté tué devantle fort d'Albertos, celle de du Fort de Formentière^ » de Yerneuil et du Pont-Aubert, faisant ensemble douze enseignés. » La Nouvelle Troye^ ou mémorable histoire du siège d^Ostende^ par Henri Haestens. Leyde, 1615, in-4°, p. 16.)

2. Em. de Meteren, Histoire des Pays-Bas^ traduit du flamand en fraùçais. 1 vol. in-f^, 1618, p. 482.

80 flENRI DE COLIGNY.

» réâêrVe, avec le prince Henri^Frédéric, son frère, Jeanw Adolphe, duc d'Holsace, frère du roy de Danemark, Jean- » Ernest, prince d'Anhalt, les comtes Frédéric, Albert-Otto » et Guillaume de Solms, le comte de Coligny, petit-fîls dû » grand amiral, Justin de Nassau, frère naturel du prince, » les milords Gray, Drowery, et autres seigneurs qui Ta- » voient suivi en cette expédition, pour la seule réputation » d'avoiï* obéi à un tant renommé capitaine ' . »

Détachés du groupe dont il s'agit, les deux cousins se jetèrent dans la mêlée, y déployèrent un courage remarquable et rallièrent finalement Maurice de Nassau, alors que celui-^ci, « le pistolet à la main, à la tête d'un rang de » princes et de grands seigneurs, avec environ cinq cents » chevaux, prit les ennemis en flanc , et combattit, ainsi » que ceux qui Taccompagnoient, avec tant d'ardeur, qu'en » moins de rien tout fut terrassé, escarté ou prisonnier ^ »

Un membre de la famille de Nassau, qui lui-même fit preuve de grande valeur, atteste, en ces termes, la belle conduite des deux jeunes cousins à la bataille de Nieupôrt ^ :

« Le jour de cette bataille, M*^ le comte Henrya si long- » temps prié à mains jointes, qu'à la fin a obtenu de demeu- » rer auprès de monseigneur son frère, lequel nullement il » n'a voulu abandonner, mais l'a suivi, armé de toutes «pièces, tout cô jour de la bataille, et bien passé de » hasards avec luy. Aussi a faict M. de Chastillon^ à qui » ne manque de courage. »

\* Lapise, Histoire des princes et de la principauté d'Orange, p, 685. — Em. de Meteren, Histoire des Pays-Bas, p. 480. — H. Haestens, La Nouvelle Troye, etc., p. 16. — Les Lauriers de Nassau. Amsterdam, 1624, in-P», 2«édit.,p.22i,

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