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réorganisation de son régiment tourna au bien général de Tannée, à la tête de laquelle Maurice de Nassau allait reprendre la lutte contre les forces espagnoles.
11 s'agissait alors d'une opération ardue, en d'autres termes, du siège de Rynberck à entreprendre dans des circonstances qu'une intéressante correspondance échangée entre le prince et le comte Guillaume*Louis de Nassau nous révèle.
Le premier de ces hommes de guerre écrivait au second, en mai 1601 ' :
« Je n'ay peu laisser de vous advertir, par ce mot, que » la royne d'Angleterre a fait offre à messieurs les estats » généraux de quatre mille hommes pour quatre mois de » temps, à conditions bonnes et honnestes, comme je vous » en advertiray plus particulièrement cy-après; mais que » Sa Majesté n'entend pas que les susdites troupes soyent » employées autre part qu'aux quartiers de Flandres, et » nommément pour prendre et démolir les forts qu'il y a à » l'entour d'Ostende ; et, comme je sçay bien qu'il n'y a pas » d'apparence que Ton puisse effectuer aulcune chose en )} ces quartiers, n'est que l'ennemi se soit premièrement » retiré de là, par quelque diversion, les susdits seigneurs M estats sont en délibération que je vienne assiéger Ryn- » berck, estimant que, cela advenant, l'ennemy vouldra » secourir les assiégés et quitter la Flandre, et que, par » ce moyen, lesdits Anglois pourront parvenir à leur (desti-
» nation) ; et d'aultant que je tiens pour seur que la
» pluspart desdits estats inclinera à ce que je me mets » devant Rynberck, et que, pour ce faire, je ne pourray » mettre en campagne plus haut qu'environ quatre-vingts » compagnies d'infanterie, estant (desduits) ces susdits deux » régiments des Anglois, je vous ay bien voulu prier, par
1. Groen van Prinaterer, Corresp., etc. 2® série, t. II, p. 80.
» cet homme exprès, de me faire part de vostre conseil sur )) ce faict, et si vous estes d'advis que je l'entrepremie, et )> mesme me mander avec combien de compaignies vous
» me pouvez venir trouver j'estime, si Ton doibt entre-
» prendre chose semblable, que le plus tost sera le meilleur. »
Guillaume-Louis répondit aussitôt^ :
« Monseigneur, j'ay entendu avec grande joye la bonne » volonté de la royne touchant un extraordinaire secours » de quatre mille hommes; mais (sur) la délibération de )) messieurs les estats d'entreprendre alors la guerre en » deux places ensemble et séparer les forces, d'autant que » Vostre Excellence en demande mon opinion, il faut que » je die sincèrement qu'icelle me semble fort estrange, car » les meilleurs capitaines se sont souventes fois ruinez par » séparation, et sans parler de nos erreurs passez, qui nous » doibvent rendre plus sages, nous voyons par expérience » que nostre ennemi, quoique secondé d'une bourse et » moyens royaux, et poussé d'un désir extrême de nous » attaquer à deux costés, ne l'a peu jamais mettre en œuvre, » tant moins nous le devons entreprendre, si nous con- )> sidérons bien les fondemens de nostre estât, qui veulent )) que nous procédions par fermes raisons de guerre, et que » ne donnions, à l'ennemy, entre ses mains, si belle occasion » et moyen propice pour restaurer et recouvrer tout à coup » sa réputation perdue, en se jettant avec toutes ses forces » sur une partie des nostres, etc. »
Maurice, ayant annoncé à Guillaume-Louis que le siège de Rynberck était décidé, le comte s'empressa de lui mander' :
« Monseigneur, après avoir répondu devant hier à la lettre » de Vpstre Eî^cellence, touchant la délibération d'aller
1. Groen van Prinsterer, Corresp.^ etc., 2^ série, t. II, p. 81 et suiv.
2. Groen vaa Prinsterer, Corresp,, etc., 2® série, t. II, p. 84.
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» devant Berck, j'entends, à cette heure, parla seconde^ que » la résolution en est déjà prise, comme je soupçonnay de » moy mesme, sitost que j'ay leu la première. Et combien » que les raisons et maximes fondamentales de guerre m'ont » contraint de conseiller ce que j'ay écrit, sans m'arrester » sur les faultes de l'ennemy, puisqu'il ne tient qu'à lui de » s'en garder et suivre le plus salutaire conseil, si est ce que » je ne laisse pourtant d'espérer que Dieu bénira ce dessein » et donnera à Vostre Excellence bon événement ; car » j'attends la même facilité en l'exécution, laquelle sans » doute on s'est promise en la délibération. Et quant à moy, » je m'esvertuerai de seconder Vostre Excellence au » possible, estant résolu, avec la grâce de Dieu, de me » mettre en chemin, etc. »
Le comte reçut alors de Maurice l'avis suivant * : « Je vous « ay escript comme messieurs les estats généraux avoient
» résolu que je mettray le siège devant Rynberck je me
» trouverai, le sixième de juin à Arnem, pour de là m'ache- » miner vers la ville de Rynberck devant laquelle je suis » résolu de me trouver le dixième ou douzième du mois, au » plus tard; et pourtant je vous prie très affectueusement, » si vos commoditez le peuvent aulcunement permettre, » qu'il vous plaise de me venir trouver, en personne, à » ladite ville d' Arnem, le 6 de juin, afin que de là nous » puissions aller ensemble. »
Ces préliminaires réglés, Maurice partit de La Haye et arriva rapidement sous les murs de Rynberck, ayant avec lui Chastillon et son infanterie.
Le siège de la place commença, et, dès son début, Maurice confia à Chastillon un poste d'honneur, celui de la défense des tranchées, en cas de sorties opérées par l'ennemi.
1. Groen van Prinsterer, Corresp,^ etc,, 2® série, t. II, p. 86.
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Voici comment le jeune colonel justifia la confiaYice de son chef :
« Le 20 juin, rapporte Duyck, dans son Journal , le temps » étant assez favorable, les ennemis, au nombre d'environ )) huit cents hommes, passèrent par Tune des portes, pour 0) forcer la tranchée qu'on avait commencée là; et, sortant » des corridors avec furie, ils cherchèrent à surprendre » nos gens. Les sapeurs qui étoient au travail, et quelques » sentinelles, abandonnèrent la tranchée ; il en résulta une )> si grande confusion, que plusieurs soldats placés à » proximité du corps de garde commencèrent à reculer. » Ferme à son poste, le seigneur de Chastillon arrêta les » ennemis, et, semant le désordre dans leurs rangs, les mit » en fuite. Après s'être reformés sous les murs de la ville, » ils revinrent trois fois à la charge, en s'avançant jusqu'au » corps de garde ; mais ce fut sans succès, cq,r ils ne purent }) entamer la troupe à la tête de laquelle se tenoit Chastillon : » il les contraignit à la retraite, qu'ils purent, du reste, » opérer en assez bon ordre.
» Cette sortie dura plus d'une demi-heure. Des deux parts » furent tirés de nombreux coups de feu. Il fut tué, du côté » des nôtres, plus de vingt hommes, parmi lesquels le lieu- >' tenant de Pomerède, et un riche gentilhomme françois, » nommé Delabarre.
» Il y eut cinquante hommes blessés. De ce nombre fut » le seigneur de Chastillon j atteint à la cuisse*. »