‹ Henri de Coligny, seigneur de ChastillonChapitre 45 sur 61 · Loc. cit^y p · texte numérisé non relu

Loc. cit^y p

» siège, le moindre bruit d'un secours général par terre, » que le comte Maurice publieroit, feroit, un beau matin, » disparoître le camp espagnol, et que ce coup se pourroit » nommer, à bon droit, le triomphe des guerres de Flan- » dres.

» On dit que quelques-uns des plus apparens delà-dedans, » notamment Vandernoot et le colonel Veterbrouok, rele- » vèrent un peu cette opinion, remonstrant le peu de fruict » qu'avoient apporté les sorties faites, à pareil dessein, par » le général Veer, et que, main à main, leurs gens n'avôient » sceu gagner, en telles occasions, sur les nostres, pied de » terre qu'ils n'eussent esté contraints de céder incontinent ; » mais (ajoutant) que, s'il parloit d'une sortie générale sur » quelqu'un des quartiers, veu qu'on estoit très bien informé » du petit nombre d'hommes qui avançoit, après que les » tranchées estoient assorties de leurs gardes nécessaires, » cela se pourroit utilement conseiller, et qu'à donc seroient- » ils bien joyeux, considéré l'estime que chacun faisoit de sa )> valeur et le bon augure que les soldats de toutes nations » prenoient en luy, qu'il en daignât accepter la conduite.

» Ghastillon, qui, par les ambages du discours, n'avoit » tendu qu'à les attirer à cette conclusion, ne marchande )) point à les prendre au mot : ains, acceptant la semonce » avec remerciement d'affectueuses et courtoises paroles, » fait voir qu'il ne lui tarde que de réduire le projet à l'exé- » cution. »

Eclairé par les rapports de divers émissaires sur l'état de l'armée assiégeante, et assumant sur lui toute la responsabilité d'une attaque vigoureuse à diriger contre le camp ennemi, « il requiert instamment qu'on luy prépare, sans » délay ce qui duit à son entreprise, chargeant très volon- » tiers sur soy tout ce qui en pouvoit advenir : il luy est con- » cédé par l'aveu de tous ; estimans les plus accorts que, s'il

HENRI DE COLIGNY. lOÎ

» en venoit à chef, ce seroit un des plus renommez faits » d'armes qui eust succédé, de longues années, tant pour la » conséquence, que pour le bruit, veu qu'un quartier enlevé, » impossible seroit à l'assiégeant de le remettre sus, avec le » petit nombre qui se trouvoit aux autres deux ; de sorte qu'il » conviendroit nécessairement à l'archiduc faire retraite, » après avoir inutilement consumé le meilleur de l'armée du » roi et ce qu'avoit fourni la Flandre. »

Tout fut rapidement organisé pour la sortie générale, et Chastillon se félicitait d'en voir les préparatifs toucher presque à leur fin, lorsqu'ils furent subitement arrêtés par un douloureux événement qui, frappant de stupeur la population d'Ostende et principalement ses défenseurs français, mit à néant tout projet de sortie.

» Commençant déjà, dit G. de Bonours ', les choses par » disposition à suivre Tordre de la proposition, estant le » sieur de Ghastillon sur le Zanthil, accompagné du colonel » Ustenbroeck, du colonel des Escossois, nommé Broghes, » des capitaines Montesquieu, de Roques, Pomerade, Has- » ton, Etoft et Brune, ensemble de quelques gentilshommes » françois volontaires, ils s'entrètenoient de joyeux devis » sur le sujet de la conqueste future.

» Un railleur, nommé de Fouquemont, dit : « Pour tost » qu'on puisse commencer, encore est-il à craindre que nous » n'y allions pas tous; et tel d'entre nous, qui en discourt » icy à son aise, s'en entretiendra, par aventure, en l'autre » monde, avec les Espagnols du camp assiégeant, à belles » ongles, car, non plus qu'à Gennes, on ne laisse entrer » personne armé en ceste ville-là. »

» Alors un Holandois, nommé Wandervecht, relevant le w propos, dit qu'il estoit en peine d'autre chose, à quoy per-

Page 1