‹ Henri de Coligny, seigneur de ChastillonChapitre 46 sur 61 · Loc. a7., p · texte numérisé non relu

Loc. a7., p

m HENRI DE GOLIGNY.

» Bonne n'avoit pensé ; et s'étant fait presser pour la décou- » vrir, après avoir ri tout le premier du sentencieux et mé- » morable apophtegme qu'il alloit cracher, barbari-fran- » cisa ces paroles : « C'est où nous logerons le cardinal, » attendant le vent, pour Tenvoyer en Holande, si ce n'est » qu'on le mette en l'église avec sa grande cour. » Il enten- » doit, par ironie, parler de l'archiduc.

c( Ceux de Bruges, repartit un autre, nommé Spries, qui » ne tarderont pas, après sa prise, d'ouvrir leurs portes & » messieurs des estats (levant, à ces mots, son chapeau par » révérence) luy permettront bien de loger encore quelques » jours en son palais, moyennant dédommagement des frais » du siège, sur la part qui luy vient de la prochaine flotte » des Indes. »

» Ce sont icy, sinon les propres termes, du moins la » substance des propos de ces gens, accoustumez aux bror> cards et mépris des princes. »

Ils méritaient une leçon. Ce fut, au moment même où il venait de la leur donner, que Ghastillon cessa de vivre, ainsi que nous Tapprend G. de Bonours, dans la continuation de son récit :

« Ghastillon, rapporte-t-il, qui les connaissoit de cette » humeur, souriant froidement à ces Holandois, leur dit : « Vous vous montrez peu courtois sujets à l'endroit de vostre » seigneur. L'archiduc n'a aucun droit pareil sur moy; et si, » me contenterois de prester gratis à Son Altesse le meil- » leur quartier de mon logis, à condition de l'y pouvoir » amener. Mais les princes ne se mènent pas si facilement » en lesse que les lévriers. »

)) Ces dernières paroles sortans de sa bouche, estant assis » sur un affust à canon, une baie (un boulet) tirée du Montulin* ,

i. « ...Je vous ay donné advis de la perte que Ton avoit faite à » Ostende, de M. de Ghastillon, qui y fut tué d'un coup de canon venu

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» luy enlevant toute la partie supérieure de la teste, espandit » à terre, avec la cervelle de l'entrepreneur, la pensée et » Tespoir de rien désormais entreprendre de pareil \ »

Ainsi succomba, à Tâge de dix-huit ans, au poste du devoir et de Thonneur militaire, le digne descendant de deux héros français, ce noble Henri de Goligny, dont la carrière inaugurée avec un incomparable éclat, mais presque aussitôt brisée, apparaît comme un brillant météore, traversant l'histoire et y laissant après lui une trace lumineuse à laquelle s'attachent avec attendrissement nos regards.

» à Fimproviste, » (Lettre de B..., adressée de Lia Haye, le 26 septembre 1601, « à M. de Bongars, estant de la part de Sa Majesté à Franc- » fort. » — Archives générales du royaume de Belgique. Papiers d*Etat et de l'audience, liasse de Tannée 1601, n^ 377.)

1. G. de Bonours, loc. cit, « Les colonels Wtenbroeck et Brughe eu- » rent part au coup, et le sieur Pouplièrés^ gentilhomme de la province » de Languedoc, de qui je tiens le récit de ceste entreprise, fut blessé à » un bras. » — E. de Meteren [Hist,^ p. 499] termine son récit des derniers moments de Ghastillon par ces mots : a 11 reçut un coup de boulet » qui lui emporta le test de la teste, de sorte que Ytenbroeck et les autres » furent souillés de sa cervelle et blessés des os de sa teste, entr'autres » le colonel Brughe, en la face, et quelques autres furent en danger de » mourir. » — Voir aussi 1© Haestens, La Nouvelle Jroye, etc., p. 120; 2o Journal van Anthonis Duyck^ Deerde Deel, p. 153; ^*^ Les Lauriers de Nassau, p. 243 ; 4« Mathieu, Hist. de Fr., in-P», t. II, p. 663.

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