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CHAPITRE II

Egyptiens. — Mers fréquentées par les anciens. — Leurs principales découvertes. — Les navigateurs égyptiens. — Le système de Copernic. — Navire de Danaiis. — Sésostrjs. — Son riche vaisseau. — Prospérité du commerce et de la navigation des Egyptiens. — Les Phéniciens font le tour de l'Afrique. — Conquête de l'île de Chypre. — Transport d'une maison sur le Nil. — Port de Naucratis. — Voyage sur l'Indus. — Darius s'empare de la mer des Indes. — Exploits des marins égyptiens. — Alexandre le Grand veut faire de l'Egypte le centre du commerce de l'univers.

Les progrès du commerce et de la navigation, depuis la de'couverte de la boussole, sont véritablement étonnants. Jamais Pantiquité fabuleuse ne vanta la conquête de ses Argonautes avec autant d'enthousiasme que nous célébrons les expéditions de nos navigateurs modernes. Mais les anciens ont poussé fort loin leurs navigations. En effet, si Ton en excepte PAmérique qu'ils ont peut-être connue, sous le nom à'' Iles atlantiques, il n'est presque point de mers dans l'ancien monde qu'ils n'aient fréquentées, et il est très-peu de pays qu'ils n'aient visités pour le commerce ou pour satisfaire leur curiosité.

Les côtes occidentales de notre hémisphère avaient été parcourues au delà du détroit de Gibraltar, en tirant vers le nord, soit par les Phéniciens et les Carthaginois, qui allaient faire le commerce de Tétain aux îles Cassilérides ou Sorlingues, soit par Pythéas, ce célèbre navigateur marseillais qui avait pénétré fort avant dans la Baltique. Les côtes de l'Afrique à l'ouest avaient été d'abord visitées par ces navigateurs phéniciens qui, sous Nécao, roi d'Egypte, furent assez heureux pour doubler la pointe de l'Afrique, appelée aujour'dhui le cap de

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Bonne-Espérance : entreprise hardie, que Vasco de Gama renouvela bien des siècles après, qui ne fut jamais perdue de vue par les anciens, et dont ils s'étaient toujours occupés. Des commentateurs, pour rendre compte des courses de Ménélas, dont il est parlé dans Homère, prétendaient que ce prince grec était sorti de la Méditerranée par les Colonnes d'Hercule , et quMl s'était rendu aux Indes en tournant TAfrique. Strabon lui-même croit cette route très-possible, et il nous fait entendre qu'il s'était trouvé plus d'une fois des navigateurs assez intrépides pour entreprendre de chercher ce passage, mais qu'ils avaient été obligés de revenir sur leurapas, non pas tant à cause de la difticulié des mers, que par la disette des vivres.

Les côtes orientales de l'Afrique avaient été reconnues aussi : en premier lieu par la flotte de Salomon, s'il est vrai que l'Ophir, où ce prince envoyait des vaisseaux pour le commerce, soit la Sophala d'aujourd'hui ; ensuite par ces Phéniciens qui firent, comme nous l'avons déjà dit, le tour de l'Afrique, en partant de h mer Rouge pour rentrer par la Méditerranée. Le golfe Arabique, le golfe Persique, toute la mer des Indes, les côtes de Malabar, et peut-être même celles de Coromandel, avaient été reconnus par les anciens, avant les conquêtes d'Alexandre : ce qui faisait dire à Sirabon qu'on savait, à n'en pas douter, par l'expérience et par le récit des navigateurs, que la terre était environnée d'eau presque de toutes parts. Les mers intérieures n'étaient pas moins fréquentées par les anciens. Pour la mer Méditerranée, il n'y a pas ta moindre difficulté. Ils naviguaient aussi dans le Pont-Euxin, et allaient jusqu'aux Palus-Meolides. Quant à la mer Caspienne, ils ne la fréquen? tèrent qu'assez tard, parce qu'elle n'a aucune communication sensible avec d'autres qui puissent servir de canal aux marins pour y aborder,

Les anciens ont donc été, toute proportion gardée, aussi grands navigateurs que nous pouvons l'être, n'ayant point eu , pour se conduire sur mer , les secours dont nous sommes aujourd'hui si abondamment pourvus; mais on distingue dans l'antiquité, des nations qui ont montré plus d'ardeur que d'autres pour la navigation et le commerce. Parmi celles-ci, on remarque surtout les Egyptiens, qui vont de pair, en cette partie, avec les Phéniciens.

Les Egyptiens ont ceci de commun avec tous les autres peuples de la terre : les temps qui avoisineat leur origine se trouvent couverts de

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beaucoup d'obscurité. Cependant , en recueillant avec soin le petit nombre de rayons épars au milieu de ces ténèbres épaisses, il n'est pas impossible de prouver ce que nous avons avancé.

Les débordements du Nil, lequel, pendant un temps assez considérable de Tannée, ensevelit sous ses eaux l'Egypte, et en fait comme une vaste mer, ne purent manquer de mettre ses premiers habitants dans la nécessité de cultiver une sorte de navigation. Les Egyptiens, après avoir fait leur apprentissage sur les eaux du Nil, se seront enhardis insensiblement à naviguer sur la mer. Rien n'est donc plus raisonnable que de regarder l'Egypte comme le berceau de la navigation. C'est un témoi-* gnage que semblent lui rendre tous les navigateurs de la terre, dans l'antiquité, en reconnaissant pour leur patrone Isis, divinité égyptienne. D'ailleurs, les Egyptiens passent pour avoir cultivé de bonne heure et avoir porté à leur perfection les sciences dont la connaissance est nécessaire pour entreprendre de longues routes, principalement sur mer.

Ils excellaient dans les mathématiques, l'astronomie et la géographie. C'est à leur école que s'enseignaient les systèmes les plus raisonnables et les mieux fondés sur le cours des astres et des planètes. Eudoxe, ce philosophe si célèbre, qui avait puisé toute sa science chez les Egyptiens , avait sans doute appris d'eux à soutenir le système qu'inventa plus tard Copernic , à savoir que la terre est une planète qui tourne autour du soleil. En un mot, les anciens Egyptiens passaient pour être les meilleurs astronomes qu'il y eût au monde. Quant à la géographie, il paraît qu'ils s'y appliquèrent de tout temps. Apollonius de Rhodes, dans son poëme des Jrgonautes, rapporte que les Egyptiens conservaient d'anciennes tables géographiques qui avaient appartenu à leurs ancêtres, et sur lesquelles on voyait tracées toutes les routes qu'ils avaient pratiquées tant sur mer que sur terre.

R y avait longtemps que les Egyptiens se servaient de vaisseaux, lorsque les Grecs n'en connaissaient pas encore l'usage. Le premier navire qui parut en Grèce y fut conduit d'Egypte par Danaiis. A peu près dans le même temps Sésostris, son frère, avait équipé une flotte de quatre cents voiles sur le golfe Arabique, avec laquelle il se rendit maître de toutes les provinces maritimes, et de toutes les îles de la mer Rouge jusqu'aux Indes. Ce fut le premier prince qui fit voir des vaisseaux de guerre sur la mer. Tandis que sa flotte agissait sur cet élément,

conduisant lui-même son armée de terre, il subjugua TAsie. Il parcourut non-seulement tous les lieux où Alexandre a porté depuis ses armes , mais encore il pénétra dans des régions où ce conquérant ne mit jamais le pied. En effet, il passa le Gange^ et s^avança jusqu^à TOcéan. Sésostris, en revenant par le Nord, conquit toute la Scjthie, jusqu^au fleuve Tanaïs, qui sépare TAsie d'avec TEurope. Il soumit aussi la plupart des îles Cyclades, s'avança jusque dans la Thrace, qui fut le terme de ses exploits. Il revint ensuite en Egypte, après neuf ans d'absence, chargé de riches dépouilles, et traînant après lui une multitude innombrable de captifs de toutes les nations. Au reste, traitant avec équité les peuples qu'il avait subjugués, il leur imposa des tributs proportionnés à leurs forces, et les obligea de les apporter eux-mêmes en Egypte, afin d'y faire fleurir le négoce. Si l'on en croit Diodore de Sicile, ce prince fit faire des canaux de communication, depuis Memphis jusqu'à la mer d'Arabie, dans l'intention de facihter le commerce de tous les peuples de la terre avec l'Egypte, et pour abréger le transport des fruits et de toutes les marchandises. Le même auteur ajoute que Sésostris donna des ordres pour faire construire un vaisseau de bois de cèdre, long de deux cent quatre-vingts coudées, revêtu d'argent en dedans et d'or en dehors, et qu'il l'offrit au dieu qu'on adorait à Thèbes : ce qu'on peut regarder comme un monument qui atteste combien ce prince s'occupait de l'art de la navigation.

Avant la grande expédition dont nous venons de parler, Sésostris avait ouvert aux Egyptiens le commerce de la Libye, de l'Ethiopie et de l'Arabie.

Il y eut toujours une marine réglée et soutenue en Egypte, quand une fois elle y fut établie : les matelots et gens de mer y étaient en assez grand nombre pour former une des sept classes qui entraient dans la division des ordres de l'Etat.

Après la mort de Tharaca, le dernier des rois éthiopiens qui régnèrent en Egypte, ce royaume fut partagé entre douze des plus grands seigneurs de la nation. Psamméticus, l'un de ces douze seigneurs, eut pour son partage les provinces maritimes qui bordaient la Méditerranée. Cet habile politique songea à profiter de cette heureuse situation, pour trafiquer avec les marchands étrangers, et surtout avec ceux de la Phénicie et de la Grèce. Par ce moyen il amassa en peu de temps de grandes richesses,

se fit beaucoup d'amis et s'acquit un grand crédit chez les nations voisines : ce qui le mit en état non-seulement de soutenir avec avantage la guerre contre ses collègues, mais encore de les dépouiller les uns après les autres, et de s'emparer de toute TEgypte. Il fut aidé dans cette expédition par des troupes auxiliaires, venues de la Carie et de Tlonie. Psamméticus reconnut généreusement les services importants que les Grecs lui avaient rendus dans cette guerre. Diodore de Sicile ajoute que; « Psamméticus fut le premier de tous les rois d'Egypte qui ouvrit ses ports au commerce de toutes les nations, et qui favorisa la navigation dans ses mers.» Ceci ne doit s'entendre, sans doute, que du commerce qui se faisait par la mer Méditerranée. Il est certain que les Egyptiens ont été pendant longtemps assez indifférents pour le commerce de la Méditerranée, qu'ils semblaient avoir abandonné aux Phéniciens j ils ont toujours témoigné beaucoup plus d'inclination pour celui de la mer Rouge et de l'océan Indien.

Nécao, fils de Psamméticus , non-seulement adopta les vues de son père par rapport au commerce et à la navigation , mais il tâcha encore de le surpasser. Ce prince entreprit de joindre la Méditerranée à la mer Piouge par un canal tiré du Nil au golfe Arabique ; mais cet ouvrage coûta la vie à cent vingt mille ouvriers, et ne fut point achevé.

Voici la description qu'Hérodote nous a laissée dece canal : « Quatre journées de navigation en faisaient Tétendue, et deux trirèmes pouvaient y naviguer de front. On l'ouvrit daus la plaine d'Egypte qni s'étend vers l'Arabie : il recevait les eaux du Nil un peu au-dessus de Bubaste, près d'un bourg de l'Arabie appelé Patumon. Il s'étendait au pied d'une montagne peu distante de Memphis , de l'occident à l'orient , et , la traversant en partie, il allait se jeter dans le golfe Arabique, c'est-à-dire dans la mer Rouge, à qui les anciens donnaient ce nom. Ce canal pouvait avoir cinquante lieues de longueur en tournant. On l'aurait fait plus court, si on l'avait tiré en ligne droite de la M(!diterranée à la mer Rouge, c'est-à-dire en coupant l'isthme de Suezj mais on aurait trouvé sur la route une montagne qui sépare TEgyptc de la Syrie. »

Nécao, qui était toujours plein du désir de réunir le commerce de

l'Occident à celui de l'Orient , imagina de chercher un passage qui

conduisît de la mer Rouge dans la Méditerranée, en faisant le tour de I. 6

TAfrique. Il se servit de Phe'niciens, pour cette importante de'couverte, comme Salomon s'en était servi longtemps auparavant pour conduire les flottes qu'il envoyait d'Esiongaber à Ophir et à Tharsis. Ces Phéniciens, s'étant embarqués sur le golfe Arabique, firent le tour de l'Afrique, et revinrent, au bout de trois ans, par les Colonnes d'Hercule dans la Méditerranée.

Qu'on imagine quelles peines et quelles fatigues auraient à essuyer nos navigateurs, s'ils étaient obligés de doubler le cap de Bonne-Espérance, en allant terre à terre, comme Tont fait les Phéniciens dont on vient de parler. Sans aller plus loin, Hérodote ne nous parle-t-il pas d'un certain Sataspès qui, sous le règne de Xercès, fut condamné à faire le tour de l'Afrique pour l'expiation d'un crime qu'il avait commis? Cet homme vint s'embarquer en Egypte, passa le détroit de Cadix, se disposant à revenir par la mer d'Arabie. Après avoir navigué pendant plusieurs mois, en s'avançant , vers le midi, le long de la côte occidentale de l'Afrique, il revint sur ses pas, sans avoir achevé sa course, soit qu'il se fût rebuté de la longueur et des fatigues de la navigation, soit qu'effectivement il eût rencontré, comme il le disait , des obstacles insurmontables qui l'eussent empêché d'aller plus loin. Quoi qu'il en soit, il fut mis à mort pour n'avoir point rempli la convention Qu'il avait faite.

Nécao, qui ne s'occupait que de projets de commerce et de navigation, se forma une marine très-florissante. Il entretenait des flottes considérables sur la Méditerranée et dans le golfe Arabique. Du temps d'Hérodote on admirait encore les vestiges des ports et des arsenaux que ce prince avait fait bâtir pour donner retraite à ses vaisseaux.

Apriès, son petit-fils , ne fut pas moins jaloux que lui d'entretenir une bonne marine. Les guerres qu'il eut avec plusieurs puissances maritimes l'obligèrent d'équiper des flottes formidables. Il était si puissant sur mer, qu'il défit en bataille rangée les Phéniciens et les Cypriots réunis ensemble, deux des nations les plus renommées pour leur expérience dans l'art de la navigation , et qui semblaient tenir l'empire de la mer dans la Méditerranée.

Amasis, qui lui succéda, ne se distingua pas moins par son ardeur pour le commerce et la navigation. Il était tout-puissant sur la Méditerranée. L'île de Chypre ne put résister à ses armées navales : elle

fut obligée de se soumettre. La conquête de cette île était très-importante pour les Egyptiens. Leur commerce en dut recevoir un nouvel accroissement, et leur marine une nouvelle force. En effet , TEgypte ne fournissait point de bois de construction, au moins pour les grands vaisseaux ; l'île de Chypre en produisait en abondance ; on y trouvait encore toutes les autres matières nécessaires pour équiper complètement un vaisseau.

Amasis avait de bons ports sur la Méditerranée , dans lesquels se trouvaient toujours des bâtiments tout prêts à mettre à la voile au premier ordre du prince.

Quand on considère le grand nombre de pilotes et de matelots qu étaient au service de ce monarque égyptien, on ne peut s^empêcher de reconnaître qu''il fallait qu^il eût une marine bien considérable, tant sur la mer que sur le Nil. Hérodote dit que ce prince avait fait conduire d'Eléphantine à Sais une maison ou chapelle faite d'une seule pierre. On avait mis trois ans à voiturer cette masse énorme sur le Nil, etdeux mille hommes avaient été employés à ce transport. Or, ces deux mille hommes choisis étaient tous matelots ou même pilotes.

Aucun des prédécesseurs d' Amasis n''avait encore montré autant d'affection que lui pour les Grecs. Il permit à ceux qui voulurent fixer leur établissement dans son royaume d'y bâtir la ville de Naucratis, ainsi appelée à cause du grand nombre de vaisseaux qui y abordaient, et dont son port était toujours rempli. Quant à ceux qui ne venaient en Egypte que pour y commercer , il leur accorda la liberté de construire, dans certains quartiers de la ville, des temples pour leur usage.

Il est à remarquer que tous les vaisseaux qui venaient de Grèce étaient obligés d'aller décharger leur cargaison à Naucratis : il ne leur était pas permis de la débarquer ailleurs. On portait la rigueur sur cet article au point que, si un vaisseau venait aborder à une embouchure du Nil différente de celle de Canope, qui conduisait à la ville de Naucratis, on obligeait l'équipage à faire serment que c'était malgré lui qu'il avait été porté dans l'endroit où on l'avait surpris, et, sans différer, il fallait qu'il reprît la route ordinaire. Si les vents contraires ne permettaient pas au bâtiment de remonter le Nil par l'embouchure canopique , on déchargeait les marchandises sur des barques, qui , étant plus légères , pouvaient naviguer sur tous les canaux du fleuve. Alors

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ces barques, en faisant autant de circuits et de détours qu'il était nécessaire pour se mettre sous la direction du vent , les apportaient à Naucratis.

Cet usage ne donnerait-il pas lieu de conjecturer, avec assez de raison, qu'il y avait entre les différentes nations grecques une espèce de Hanse ou de société pour le commerce de l'Egypte, à peu près comme cela se pratique aujourd'hui en Allemagne entre les villes hanséatiques ? Pour empêcher qu'on ne trompât la compagnie, on assujettissait tous les vaisseaux marchands à se rendre à Naucratis , comme au comptoir commun, où se tenaient les bureaux et les registres.

Ces formalités s'observaient vraisemblablement pour obéir à quelque ordonnance du roi d'Egypte , et pour ses intérêts particuliers. Il est à présumer que toutes les marchandises que les Grecs faisaient entrer dans ses Etats lui devaient des droits. Naucratis étant le centre du commerce que ces étrangers faisaient en Egypte , il était naturel que le prince y eiit établi ses commis , et que par conséquent tous les vaisseaux marchands se rendissent dans cette ville pour y payer les droits, et pour y subir la visite usitée en pareil cas.

Ce n'était pas seulement avec les Grecs qu'Amasis avait des relations , il entretenait aussi des correspondances avec les Perses. Cambyse porta la guerre en Egypte, et y causa des ravages inouïs. Le commerce languit tant que le cruel Cambyse vécut ; mais il se ranima sous Darius. Ce prince remit les Egyptiens dans leur premier état ; il rétablit la tranquillité publique dans leur pays , et avec elle le commerce. Au reste, il était de l'intérêt de Darius que les Egyptiens continuassent à exercer leur riche négoce. D'ailleurs , il aimait le commerce , et se sentait naturellement porté à favoriser ceux qui s'y appliquaient. Ce fut sans doute pour faciliter aux Egyptiens les moyens de le rendre encore plus florissant qu'il entreprit d'achever le canal que Nécao avait voulu faire creuser depuis le Nil jusqu'au golfe Arabique. Il était presque fini , lorsqu'on fit observer mal à propos à Darius que le terrain de l'Egypte se trouvant plus bas que le niveau de la mer d'Arabie , il était à craindre que le pays n'en fût submergé. Sur ces représentations , il ordonna de suspendre les travaux.

Ce prince était aussi très-curieux de faire des découvertes dans les pays éloignés. Il voulut savoir en quel endroit l'Indus se jetait dans la

mer. Pour s'en assurer, il fit embarquer sur ce fleuve des gens h l'exactitude et à la bonne foi desquels il croyait pouvoir s'en rapporter. Il mit à leur tête Scylax de Caryande, et lui ordonna de descendre, avec ses compagnons de voyage, Tlndus jusqu'à la mer. Scylax entra dans rOcéan , et, cinglant vers le couchant , il rasa toutes les côtes qui s'étendent depuis rindus jusqu'au golfe Arabique, oii il vint débarquer, au bout de deux ans et demi de navigation, précisément au même lieu d'où Nécao avait fait partir les Phéniciens qui firent par son ordre le tour de l'Afrique. Darius profita des instructions que Scylax lui donna pour faire avec succès la guerre aux Indiens, et pour s'emparer de la mer des Indes. Les Egyptiens en profitèrent sans doute aussi pour y porter ou y étendre leur commerce sous la protection de Darius.

Si ce prince favorisa le commerce des Egyptiens , on peut dire aussi qu'il ne nuisit pas à leur marine militaire. Elle parut toujours avec éclat et distinction non-seulement sous son règne , mais encore dans toutes les guerres que les rois de Perse, successeurs de Darius, firent sur mer contre les Grecs. Darius ayant formé le dessein de se rendre maître de Milet, rassembla de grandes forces navales, dont les flottes égyptiennes ne faisaient pas la moindre partie.

Xercès entreprend de jeter un pont sur l'Hellespont, pour faire passer son armée dans la Grèce. Il charge les Egyptiens , conjointement avec les Phéniciens, de cet important ouvrage, les jugeant plus expérimentés que les autres nations dans les travaux qui se font sur la mer. Il leur donne ordre en même temps de lui amener des vivres pour la subsistance de ses armées. Cette commission était très-délicale et fort difficile à remplir. Il fallait traverser les mers , toujours à la vue des ennemis, et presque sous leurs forteresses.

Les Egyptiens se distinguèrent dans le combat naval que ce même prince livra aux Grecs, près de l'île d'Eubée. Entre autres exploits qu'ils firent dans cette occasion , ils se rendirent maîtres de cinq vaisseaux grecs , et ils forcèrent tous les combattants qui les montaient à se rendre prisonniers. Leurs flottes se trouvèrent aussi aux journées de Salamine et de Mycale.

Les Egyptiens, après avoir été presque toujours tributaires des Perses, depuis le règne de Cambyse jusqu'à celui de Darius Codoman, sans cesser de se livrer à cet esprit de commerce dout ils furent tou-

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jours animés , et d'exercer pour le service de leurs nouveaux maîtres leurs talents dans la science de la marine, passèrent enfin sous la domination d'Alexandre le Grand.

A peine ce conquérant eut-il mis le pied en Egypte, que les habitants coururent en foule au-devant de lui- En considération de leur bonne volonté à son égard, ce prince les traita avec beaucoup de douceur ; ainsi ce changement de maître ne causa aucune perturbation dans leur commerce. Alexandre, témoin de Tindustrie des Egyptiens, de leur activité pour le négoce et de leur habileté dans Part de la navigation, considérant d'ailleurs la situation de ce beau pays, qui se trouve placé entre deux mers dont Tune est la porte de l'Orient et l'autre celle de l'Occident, projeta d'établir en Egypte le siège de son empire, et d'en faire en même temps le centre du commerce de tout l'univers ; car ce prince regardait le commerce comme le lien le plus fort qui pût unir entre eux tous les peuples qu'il se proposait de soumettre à sa domination. On prétend même qu'il avait composé des mémoires où il exposait tout le plan de ce grand projet. La mort, qui le surprit au milieu de sa carrière, ne lui permit pas de l'exécuter. Mais ce qu'Alexandre ne fil pas, les Ptoémées le firent avec le plus grand succès, et sous leur règne, le commerce et la navigation furent portés à un degré de splendeur où jamais ils n'étaient encore parvenus chez aucun peuple.

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