CHAPITRE VI
De Pan llSfi à l'an b31 avant 3.-G.
Gbecs. — Origine de leur marine. — Minos détruit les pirates. — Expédition des Argonautes. — Siège de Troie. — Ulysse. — Enée. — Le Pirée. — Les Ioniens, les Phocéens, les Alliéniens, les Gorcyréens, les Corinthiens, les Lacédémoniens. — Guerre de Samos. — Bataille de Salamine — Guerre du Péloponèse. — Bataille de Lépante. — Siège de Pyle.
L'ancienne Grèce était bornée au nord par la Thrace et rillyrie , au midi par la mer de Crète, au levant par la mer Egée, et au couclianl par la mer d'Ionie. Toutes les îles qui avoisinent la terre ferme étaient aussi sous sa dénomination. Cette situation était commode et avantageuse pour la navigation. Cependant Torigine de la marine grecque est fort incertaine, et il est impossible d'en fixer au juste le commencement. Il faut distinguer trois âges dans la Grèce : le premier, qui est appelle ohscu?, s'étend depuis la création du monde jusqu'au déluge d'Ogygès; le second, qui est nommé fabuleux, commence à ce déluge, et va jusqu'à la 1" olympiade; le troisième enfin, qui est ^"^"^^é historique, se rapporte à l'époque de lai'" olympiade.
Dans le premier âge des Grecs, ou dans \!âge obscur, on ne découvre aucune trace de la marine. Les poètes qui ont vécu dans le second âge en ont défiguré tous les faits, et les historiens marchant sur leurs pas ont jeté dans l'histoire une grande confusion en y insérant des récits fabuleux. Cependant nous allons décrire les navigations du second k^e de la Grèce.
Environnés des eaux de la mer, et répandus le long de ses côtes, les
Grecs avaient devant eux des rades et des ports commodes pour le commerce et les expéditions maritimes; mais comme ces peuples formaient im grand nombre de petits Etats séparés, quMls bC défiaient les uns des autres, et qu'ils étaient presque toujours en guerre, ils demeurèrent longtemps isolés, sans songer à &\m\v et à former ensemble une armée navale. Chaque peuple avait ses vaisseaux, et faisait le mélier de pirates. lisse pillaient réciproquement, faisaient des descentes les uns chez les autres, et ravageaient souvent les villes ouvertes ou non fortifiées, qui ne pouvaient se défendre. Ce brigandage était pour les Grecs un titre d'honneur. Minos, roi de Crète et maître des îles Cyclades, assembla toutes ses forces maritimes, battit les corsaires, purgea les mers voisines infestées par ces voleurs publics, et y fit renaiiie la tranquillité.
Environ cinquante ans après la mort de Minos, se fit Texpédilion des Argonautes pour la Colchide. Jason, prince thessalien, était jeune, et né avec une heureuse aptitude que la nature ne prodigue pas au commun des hommes. Pélias, roi de Thessalie, son oncle, qui avait pris soin de son éducation, fut plus alarmé que ravi des belles qualités qui brillaient dans son neveu. Il lui voyait assez d'ambition pour penser à le détrôner, et assez de courage pour l'entreprendre. Afin de raffermir son trône, il résolut d'écarter le prince : il lui proposa la conquête de la toison d'or, convaincu que son humeur bouillante, son courage, et le désir de la gloire le détermineraient, et que dans ce voyage il périrait ou par les flots de la mer, ou par la main des barbares. Jason, ignorant les desseins de son oncle, embrassa avec avidité une si belle occasion de se distinguer. Il fit construire pour cette expédition le premier vaisseau long qui eût paru, et que l'on nomma u^rgo : nous avons dit pourquoi au chapitre I".
Eblouie par l'éclat d'une si belle entreprise, toute la jeunesse du pays se présenta à Jason pour partager les dangers du voyage ; mais il ne voulut admettre que les hommes distingués par la naissance et le mérite, et ceux qui par des preuves de courage passaient pour les héros de la Grèce. Ils s'embarquèrent au nombre de quatre-vingts, et prirent le nom à'' argonautes, du navire qu'ils montaient.
Ils firent voile vers le Pont-Euxin; mais comme ils n'étaient pas encore habiles dans l'art de la navigation, ils n'eurent pas plutôt doublé
le Bosphore de Thrace, qu'ils se trouvèrent embarrassés aux approches des îles Syraplégades, les deux rochers Cyanées, qui se présentent en entrant dans celte mer, et sur lesquels les jetèrent probablement les courants ou les vents. Cependant ils arrivèrent heureusement dans la Colchide, connue aujourd'hui sous le nom de Mingrélie.
L'enlèvement de la toison d'or était l'objet apparent de l'expédition des Argonautes ; ils avaient pour but réel de s'enrichir des mines d'or de la Colchide, et d'acheter des laines du pays, ou des toisons dont on se servait pour amasser l'or que les rivières charriaient avec le sable. Aussi, quand les poètes disent que Jason fut le premier qui entra dans ces mers inconnues, cela signifie qu'il les parcourut le premier sur un grand vaisseau j car il ne fit que suivre les traces de Phryxus et d'Hellé, qui lui en avaient frayé le chemin.
Tous les auteurs sont assez d'accord relativement à l'histoire du voyage des Argonautes, jusqu'à la Colchide ; mais ils parlent différemment de leur retour. Il paraît néanmoins que celte campagne dura trois ans.
L'expédition des Argonautes fut suivie de la guerre de Troie. Le jugement de Paris en fut la cause. Plus sensible aux frivoles appas de la beauté qu'aux solides attraits de la sagesse, il avait décidé en faveur de Vénus une dispute dans laquelle Pallas devait certainement remporter le prix. Vénus paya son jugement de la possession de la plus belle femme qui fût dans l'univers : c'était Hélène, épouse de Ménélas, roi de Sparte, dans le Péloponèse. Paris équipa une flotte de vingt vaisseaux, et cingla vers la Grèce, sous prétexte d'aller délivrer sa tante Hésione, autrefois enlevée par Hercule. Il arrive à Sparte, où il est reçu par Ménélas avec autant de pohtesse que de générosité ; mais Ménélas étant parti pour l'île de Crète, où ses aff'aires l'appelaient, Paris violant les plus saintes lois de l'hospitalité, enleva Hélène, et la conduisit à Troie, ce qui fut la cause fatale de la ruine entière de cette ville. Ménélas, blessé d'un si sanglant affront, intéressa dans sa vengeance son frère Agamemnon, roi de Mycènes, et tous les princes de la Grèce.
Pour efî^acer la honte d'une telle injure, ces princes confédérés réunissent leurs forces, et équipent une flotte d'environ onze cents vaisseaux. Ils partent du port d'Aulide dans la Béotie, situé vis-à-vis de Tile d'Eubée, et font voile vers la vîUa de Troie, dont ils font le siège. Troie
était une ville de Phrygie, dans PAsie Mineure, près de THellespont, sur les côtes de la mer Egée, et bâtie par Dardanus. Elle était célèbre par sa grandeur et par ses richesses. Priam, père de Paris, qui en était roi, l'avait élevée à Tétat le plus florissant j mais après dix ans de siège, cette ville fut réduite en cendres, et les Grecs victorieux retournèrent dans leur pays, enrichis de ses dépouilles. Il ne se passa rien de remarquable dans leur navigation j mais celle d'Ulysse mérite d'être rapportée.
Ulysse, roi d'Ithaque et de Dulychie, deux petites îles de la mer Ionienne, trop amoureux de sa femme Pénélope pour s'en séparer, contrefit l'insensé, afin de se dispenser d'aller à la guerre de Troie ; niais sa ruse ayant été découverte, il se joignit aux princes grecs, et contribua par ses artifices à la destruction de cette ville superbe. jAprès cette glorieuse expédition, il fit voile vers sa patrie avec douze j(?aisseaux. Il fut d'abord jeté par une tempête sur les côtes de ïhrace, au pays des Cynoniens : il en partit, passa par Délos, et dirigea sa route du côté de Malée, promontoire redouté pour les naufrages fréquents sur ses bords. Aux approches de ce cap dangereux, il fut assailli par une violente tempête qui fit échouer son vaisseau. Remis à flot, il relâcha à l'île de Gythère, aujourd'hui Cérigo, et fut jeté de là dans le pays des Lotophages, ainsi nommés à cause du lotus, fruit si agréable au goût, que les compagnons d'Ulysse en ayant mangé ne voulurent plus retourner en Grèce. Ulysse, qui semblait n'errer sur la mer qu'à ia faveur des tempêtes, fut jeté de là en Sicile. Etant arrivé près du mont Ptna, où demeuraient les Cyclopes, il tomba entre les mains du plus fameux, nommé Polyphème, qui mangea six de ses compagnons, et qui par grâce lui promit de ne le dévorer que le dernier ; mais Ulysse l'ayant enivré, lui creva l'œil unique qu'il avait et parvint ainsi à lui échapper.
Les vents le poussèrent sur les îles ^oliennes, d'où il s'éloigna par une brise favorable qui le portait à l'haque; mais un vent contraire le ramena dans les mêmes îles ; il fut obligé d'en repartir aussitôt, parce qu'on ne voulait pas l'y recevoir. De là, il vint mouiller sur la côte des Lcsirigons, près de l'endroit où est aujourd'hui le port de Gaïclte. Ces peuples, extrêmement farouches, mangèrent quelques-uns de ses gens, et coulèrent à fond onze de ses vaisseaux. Ulysse se sauva dans
HISTOIRE GENERALE DE LA MARINB. ft5
le seul qui lui restait, et se réfugia sur les côtes dltalie, dans une île où régnait Circé, fille du Soleil. S'étant dérobé aux charmes de cette enchanteresse, il fit voile vers TOcéan, pénétra jusque dans la Grande- Bretagne, puis sur les bords du Rhin, et enfin bâtit la ville de Lisbonne, appelée, de son nom, Ulyssippo.
Notre héros ayant passé Tile des Sirènes, rangea les côtes de la Campanie et de la Lucanie, où il laissa des monuments de son passage. Il côtoya le pays des Brutiens, et alla jeter Tancre à ïémcse. De là il passa le détroit qui sépare Tltalie de la Sicile, ayant évité heureusement les fameux écueils de Scylla et de Gharybde, qui sont à Tentrée et à la sortie du canal. Mais à peine se vit-il délivré de ce danger, qu'il fut précipité dans un autre : son vaisseau fit naufrage, et tout son équipage périt. Seul il échappa au malheur commun, à la faveur d'un mât, et se réfugia dians Tîle d'Ogygie, où régnait Calypso.
Epris des charmes de cette nymphe, qui l'enivra de plaisirs, il y séjourna pendant dix ans, entièrement livré à la mollesse et aux douceurs de la volupté. Mais l'amour de sa patrie se réveillant dans son cœur, et triomphant d'une passion que l'habitude rendait languissante, il construisit lui-même un vaisseau, à la faveur duquel il se sauva de l'île et des charmes de Calypso.
Après quelques jours de navigation, il se trouva à la vue d'Ithaque; mais une nouvelle tempête l'en écarta encore. Pendant que son vaisseau luttait contre la violence des flots, il tomba dans la mer, et se sauva à la nage dans l'île de Phœaque, où il y fut reçu avec distinction par Alcinoûs. De là, il cingla vers Ithaque, où il arriva après avoir erré pendant dix ans sur les mers, dans le cours d'une navigation qu'il aurait pu faire en moins d'un mois.
Pendant qu'Ulysse était ainsi le jouet des flots, les infortunés Troyens subissaient une pareille disgrâce. Voyant leur ville en feu, ils dirent un triste adieu à leur misérable patrie, et allèrent dans d'autres climats, chercher un asile contre la fureur des Grecs. Anténor, prince troyen, fit voile vers l'Italie; il entra dans le golfe Adriatique, et bâlit la ville de Padoue. Francus alla sur les rives du Rhin, fonder une nouvelle colonie j mais le plus distingué de ceux qui échappèrent à la fureur des Grecs, fut Enée, gendre de Priam. Il avait perdu dans l'embrasement de Troie, Creuse sa femme ; il se sauva chargé du précieux fardeau
de son père Anchise, de ses dieux domestiques, et gagna sa flotte, composée de vingt vaisseaux, qui l'attendait au port d'Antandros, ville de Phrygie, située au midi de cette province.
Son voyage ne fut guère moins agité que celui d'Ulysse. D'Antandros il alla aborder à Palienne, ville de la Macédoine, sur les confins de la Thrace. Il y bâtit une ville, qui fut appelée de son nom JEnos. De là, continuant sa route, il reconnut Délos, Naxos, Donysa, Oliaros, Paros et plusieurs autres îles de la mer Egée. Il alla ensuite mouiller à Tîle de Crète, où il bâtit deux villes. Il en partit et jeta l'ancre à Tile de Cythère, où il fit élever un temple à Vénus. Il rangea la côte du Péloponèse, et fit voile vers les Strophades. De cet endroit il se rendit à Zacynthe, où il bâtit encore un temple à Vénus. Il suivit la côte d'Epire, et s'avança jusqu'à l'entrée du golfe Adriatique. De là, prenant le large, il traversa la mer Ionienne, cingla vers l'Italie, passa à Tarente, longea toute la côte, gagna celle de Sicile, qu'il parcourut par les caps de Pachino et de Lylibée, et alla mouiller à Drépano.
S'étant remis en mer, il fut surpris par une furieuse tempête, qui le jeta à Carthage, sur les côtes d'Afrique. Il en partit, et fit voile une seconde fois vers la Sicile, d'où, après diverses aventures, il se rendit à Cumes, ville de Campanie, dans le golfe de Gaïette. Ensuite il entra dans le Tibre avec sept vaisseaux qui lui restaient de vingt dont sa flotte avait été composée. Ce fut là le terme d'une navigation de sept ans. La navigation d'Enée, ainsi que celle d'Ulysse, est mêlée de vrai et de faux, comme tous les événements des temps héroïques.
Le troisième âge des Grecs, ou le temps historique, commence à la 1" olympiade. On n'ignore pas que les olympiades ont pris leur nom d'Olympie, ville du territoire de Pise, dans le Péloponèse, où se célébraient solennellement ces jeux si renommés parmi les Grecs. Hercule de Crète les institua, et Iphytus, roi d'Elide, en fut le restaurateur. Ces jeux consistaient à s'exercer à la course, au ceste, à la lutte. On les célébrait de quatre ans en quatre ans. Ce nombre d'années après lequel revenaient régulièrement ces jeux, s'appelait une olympiade. Les au-; leurs ne sont pas d'accord sur l'époque de la première ; on la met généralement à l'an du monde 3278, c'est-à-dire quatre cent six ansi après la ruine de Troie.
Cette ville fameuse par ses malhc»»'** étant réduite en cendres, les
Grecs prirent du goût pour la navigation ; ils envoyèrent des colonies dans une grande partie des îles, en Sicile et en Italie. Comme ils formaient différents Etats indépendants les uns des autres, chaque Etat avait sa marine. Corintlie, située dans le Péloponèse, près de Fisthme qui porte son nom, commença à se distinguer par son commerce maritime et ses deux ports. Les Corinthiens se rendirent habiles dans Tarchitecture navale ; ils furent les premiers qui changèrent la forme des vaisseaux, qui auparavant n'avaient qu'un rang de cinquante rameurs, et ils en bâtirent à trois ordres de rames. Ils se rendirent formidables sur mer, et ils livrèrent aux habitants de Corcyre, aujourd'hui Corfou, le premier combat naval dont il soit fait mention. Cetto bataille fut donnée deux cent soixante ans avant la fin de la guerre du Péloponèse.
Les Ioniens, maîtres de l'Asie Mineure et de plusieurs places maritimes, possédèrent longtemps l'empire de la mer ; ils en jouissaient encore sous Cyrus et sous son fils Cambyse. Ils furent cependant soumis par Crésus, roi de Lydie. Ce prince, voulant aussi s'assujettir les îles voisines, se disposa à équiper une flotte pour cette expédition ; mais on lui fit savoir adroitement que ces insulaires avaient dix mille chevaux à envoyer aux Ioniens, pour les aider à secouer le joug des Lydiens, et par conséquent qu'ils seraient charmés que Crésus leur fournît des vaisseaux pour les passer. Le crédule roi de Lydie ajouta foi à cette adroite insinuation et n'arma point sa flotte.
Les Phocéens, habitants d'une province de la Grèce, située entre la Béotie et l'Etolie, furent les premiers qui entreprirent de longues navigations ; cependant ils n'avaient que des vaisseaux de cinquante rames. Ils établirent des colonies dans le golfe Adriatique, sur les côtes des Tyrrhéniens, de l'Ibérie et à ïartesse.
Athènes, capitale de l'Attique, célèbre par la gloire des armes et la splendeur de ses arts, le fut aussi par ses exploits maritimes. La guerre avait éclaté entre les Athéniens et les Mégariens, touchant la propriété de l'île de Salamine. Cette île fut longtemps disputée ; après plusieurs combats, elle demeura aux Mégariens. Les Athéniens , honteux de s'être entêtés pour une place qui n'en valait pas la peine, rendirent une loi qui défendait, sous peine de la vie, de faire la moindre proposition relative à l'expédition de Salamine. Solon, qui croyait l'honneur ^e sa patrie intéressé dans cette défense, feignit la folie, et con-
seilla au peuple ce que la loi défendail. La multitude partagea bientôt son avis.
La guerre fut aussitôt résolue ; les Athéniens se mirent en mer, attaquèrent de nouveau Salamine, qui succomba et devint la propriété des Athéniens.
Les Mégariens, irrités de cette perle, cherchèrent à se venger, en substituant Tarlifice à la force: ils préparèrent en secret un armement pour enlever, à la faveur des ténèbres , les femmes athéniennes pendant les sacrifices d'Eleusis, qu'elles célébraient à la lumière des flambeaux. Pisistrate, chef des Athéniens, averti de ce dessein, se mit en embuscade avec la jeunesse d'Athènes. Les Mégariens, qui ne se croient pas découverts, débarquent sans obstacle ; mais au moment de faire leur coup, ils sont surpris, enveloppés et taillés en pièces. Pisistrate profite de sa victoire ; il s'embarque sur les vaisseaux des Mégariens, il y fait mettre des femmes athéniennes, et cingle vers Mégare. Les Mégariens, apercevant leurs vaisseaux chargés de femmes d'Athènes , courent en foule au rivage, pour féliciter leurs compatriotes de l'heureux succès de leur expédition. Pisistrate profite de celte erreur, les fait presque tous passer au fil de l'épée ^ et il s^en faut peu qu'il ne s'empare de Mégare.
Les Athéniens eurent encore sur mer d'autres démêlés avec les Egynètes. Ces deux peuples voisins s'étant brouillés, armèrent les uns contre les autres. Comme les Egynètes étaient plus forts par le nombre de leurs vaisseaux, les Athéniens en achetèrent vingt des Corinthiens : par ce moyen ils firent une flotte de soixante-dix voiles. Les Egynètes en avaient davantage ; ils furent cependant vaincus : quelque temps après, les Athéniens eurent le dessous j les Egynètes les battirent et leur enlevèrent quatre vaisseaux avec tout leur équipage. Ces flottes étaient peu considérables, n'étant composées que de petits bâtiments: ceux que les Athéniens achetèrent à Corinlhe ne furent payés que 5 drachmes.
Thémistocle, voyant les Athéniens continuellement insultés par les Egynètes et menacés du formidable appareil de guerre de Xercès, leur représenta très-vivement qu'ils ne pouvaient se mettre en garde contre des ennemis si puissants, qu'au moyen d^une armée navale; on le crut. Les Athéniens n'avaient eu jusque-là que des navires de charge f ils en
construisirent pour la guerre un grand nombre, et à trois rangs. Ces vaisseaux sauvèrent la Grèce, et furent Fécueil où se brisa la puissance formidable des Perses, aux célèbres batailles d^Artémise et deSalamine, comme on l'a vu. Voilà ce que les Grecs ont fait de plus mémorable sur mer depuis rétablissement des olympiades. Pour faire une histoire liée et suivie, il faut se rappeler ici ce qui a été dit de la navigation des anciens sous Cyrus, Cambyse, Darius et Xercès.
Après la bataille de Salaraine, Xercès porta dans ses Etats les tristes débris de sa défaite. Mais les Grecs ne s'amusèrent point à goûter dans un repos oisif les fruits de leur victoire ; ils pensèrent sérieusement à en profiter. Thémislocle fit relever les murs d'Athènes, que les Perses avaient abattus : et comme il avait apprécié tous les avantages de la marine, il engagea les Athéniens à la cultiver. Les anciens rois d'Athènes étaient fort opposés à la navigation , et pour inspirer aux peuples le même sentiment, ils avaient inventé la fable de Minerve plaidant contre Neptune, pour être la divinité tutélaire d'Athènes. Neptune, qui représentait la mer, avait le dessous dans ce démêlé. La répugnance des Athéniens pour la marine était telle, que les trente (yrans firent tourner du côté de la terre un tribunal qui avait vue sur la mer. ïhémistoclc avait dissipé tous ces préjugés, et amené les Athéniens à aimer la marine, convaincu qu'elle ouvre le chemin à la souveraine puissance. Les habitants de Sparte, que Lycurgue avait dégoûtés de la marine, se virent obligés de s'y livrer, pour résister à la puissance des Perses , dont ils ne triomphèrent qu'au moyen de leurs vaisseaux.
Les Athéniens, qui devaient à la mer la conservation de leur patrie, étaient résolus d'entretenir leurs forces navales; mais Thémistocle prit de sages mesures pour les augmenter. La ville d'Athènes n'avait qu'un petit port qui suffisait pour les vaisseaux de la république ; Thémistocle persuada au peuple d'en construire un plus grand. On bâtit le fameux Pirée, le plus beau port de toute la Grèce; on le joignit à la ville par un mur de deux mille pas : ce port pouvait contenir quatre cents vaisseaux. Il fallait aussi des vaisseaux ; Thémistocle fît prendre aux Athéniens la résolution d'en construire vingt tous les ans. A sa sollicitation, ils accordèrent des immunités et des privilèges considérables à tous les artisans qui travaillaient dans leur arsenal. Ils attirèrent ainsi une infinité d'ouvriers habiles, nécessaires pour la construction et l'armement de
lâO HISTOIRE GENERALE DE LA MARINE.
leurs flottes. Théraistocle, dont les vues se portaient à tout, engagea encore les Athéniens à se liguer avec les Ioniens, leurs anciens amis, qui étaient puissants sur mer. Par cette politique, il rendait Athènes supérieure à Lacédémone, sa rivale, qui avait peu de forces maritimes.
De leur côté, les Lacédémoniens mirent à profit les grands avantages qu'ils avaient remportés sur les Perses. Pour aff'ranchir les villes grecques que ces barbares tenaient sous leur domination , ils donnèrent à Pausanias le commandement d'une flotte de quatre-vingts vaisseaux du Péloponèse. Il y en avait trente d'Athènes, sous les ordres d'Aristide. Pausanias fit voile vers l'île de Chypre, à laquelle il rendit son ancienne liberté; il s'avança ensuite vers l'Hellespont, et prit Byzance. De si rapides succès l'auraient mené loin , s'il eût pu résister aux offres des Perses, ou plutôt à son avarice. Artabase, un des généraux de Xercès, lui envoya de riches présents qui corrompirent sa fidélité. Pausanias, après avoir triomphé des Perses à Platée, en Chypre et à Byzance, prit leurs vices en prenant leurs villes. Frappé de leur faste et de leurs délices, il compara la vie frugale de Sparte , dont il était roi, avec la vie voluptueuse des Asiatiques, dont il était vainqueur. Il fut entraîné par l'exemple; et bientôt, ébloui par l'or des Perses, il céda aux propositions flatteuses qu'ils lui firent, et trahit sa patrie. Sa perfidie fut découverte : les Grecs allèrent l'accuser à Lacédémone , où une mort honteuse flétrit toute la gloire qu'il avait acquise dans ses expéditions.
Aristide répara par sa sagesse tout ce que Pausanias avait gâté par son infidélité : sa vertu lui mérita la confiance des peuples qui s'étaient réunis contre les barbares. Devenu leur chef, il fit passer aux Athéniens l'empire de la mer, dont les Lacédémoniens avaient été jusque-là en possession. Il persuada aux villes liguées de s'imposer volontairement des taxes et des subsides, afin qu'on pût trouver dans les trésors publics des ressources contre une nouvelle irruption des Perses dont on était toujours menacé. On applaudit à cet avis, et on lui confia le soin de régler cet impôt : Aristide se conduisit avec tant d'équité, qu'il en mérita le surnom de Juste. Il fixa à la somme de 560 talents (1 ,680,000 francs de notre monnaie) l'argent qu'on devait fournir tous les ans pour l'armement des vaisseaux; et il ordonna que cet argent fût déposé dans l'île de Délos.
Les Lacédémoniens ne virent point sans jalousie ni sans inquiétude
HISTOIRE GENERALE DE LA MARINE. m
Tempire de la mer passer aux Athe'niens. Cette supériorité alarma Sparte; le sénat, les citoyens, et surtout les jeunes gens, étaient d'avis qu'il fallait tout mettre en œuvre pour la recouvrer. Etépaaride, un des sénateurs, qui craignait une guerre intestine, employa toute la force de son éloquence pour désarmer la jalousie des Lacédémoniens, et en vint à bout ; mais il resta toujours dans leurs cœurs un levain d'animosité, qui se fortifiant de plus en plus, éclata, comme nous le verrons dans la suite, d'une manière fatale à toute la Grèce.
Le ressentiment des Lacédémoniens ne fut pas entièrement étouffé; n'osant choquer ouvertement les Athéniens, ils s'en prirent à Thérais-^ tocle, leur chef; ils l'accusèrent d'avoir pris part à la conspiration de Pausanias, et mirent en mouvement tous ses ennemis pour donner du crédit à cette calomnie. Elle fut reçue sans peine des Athéniens, à qui la gloire de cet illustre citoyen devenait à charge, et qui commençaient à redouter son mérite. Thémislpcle, pour se dérober à la fureur de l'envie qui le persécutait, se réfugia chez les Perses,
Les Athéniens, privés de ee grand homme, mirent à sa place Cimon, fils du fameux Miltiade, qui avait gagné sur Darius la bataille de Marathon. Cimon, qui avait appris sous son père le métier de la guerre, équipa une flotte, avec laquelle il fit voile du côté de Byzance. Il s'empara de la petite ville d'Eione occupée par les Perses, et de Scyros, une des Cyclades, dans laquelle il mit une colonie d'Athéniens,
Après celte expédition, il retourna au port du Pirée, pour y préparer un armement plus considérable : il fit élargir deqx cents des meilleurs voiliers que Théniistocle avait fait construire, et disposer sur chacun un pont qui débordait des deux côtés, afin d'y pouvoir placer un plus grand nombre de combattants. Il fortifia le personnel de sa flotte du secours des peuples confédérés, et avec trois cents vaisseaux, il cingla du côté de la Carie et de la Lycie. Il fit soulever ces provinces conquises par les Perses; il en chassa ces barhares, et en lirg de nouveaux renforts pour grossir son armée navale. Toutes ces expéditions se firent sous le règne d'Artaxercès Longue-Main, qui avait succédé à Xercès, son père.
Les Perses, réveillés par les victoires des Athéniens, rassemblèrent leurs forces maritimes, et composèrent une flotte de trois cent quarante vaisseaux, commandée par un fils naturel de Xercès. Elle était mouillée
i%i HISTOIRE GENERALE DE LA MAEIBNE.
à Tembouchure de l'Eurymédon, pour y attendre un secours de quatrevingts vaisseaux phéniciens. Cimon, qui cherchait cette armée navale pour la combattre, la rejoignit bientôt, n^ayant, lui, que deux cent cinquante vaisseaux.
A rapproche des Athéniens, les Perses levèrent l'ancre et remontèrent le fleuve ; mais se voyant suivis, ils allèrent à la rencontre de leurs ennemis. Le combat s^engagea, il fut fort vif, et la victoire longtemps disputée. Elle se déclara enfin pour les Athéniens : ils défirent entièrement les Perses ; ils brisèrent ou coulèrent un grand nombre de leurs vaisseaux, et en prirent deux cents avec tout leur équipage. Le reste se sauva en Chypre ; les marins qui les montaient y débarquèrent, et pour favoriser leur fuite ils laissèrent au pouvoir du vainqueur leurs vaisseaux abandonnés.
Cimon sut profiter de sa victoire. Avant que le bruit en eût été répandu dans l'armée de terre des ennemis, campée sur les rivages de TEurymédon, il embarque sur les vaisseaux qu'il avait pris, ses meilleurs soldats, revêtus des habits des Perses qui avaient été tués ou faits prisonniers. Us font voile vers le fleuve, où les barbares les voient aborder sans alarmes, les prenant pour une partie de leur flotte. A rentrée de la nuit, Cimon les fait débarquer et ranger en bataille, sans rencontrer le moindre obstacle. Ainsi travesties, ces troupes tombent avet furie sur les Perses, et en font un horrible carnage. Les barbares, attaqués par des ennemis qu'ils ne connaissent pas, se laissent égorger presque sans se défendre ; l'obscurité de la nuit redouble le trouble et la confusion j ils courent au péril en le fuyant ; et, ne soupçonnant rien de l'artifice des Grecs, ils se retirent du côté de la mer, pour se mellre à l'abri de leurs vaisseaux j mais ils vont se livrer eux-mêmes à leurs ennemis, qui les massacrent à mesure qu'ils se présentent.
Cimon, craignant que l'ardeur du pillage ne fît écarter ses soldats, s'avisa, pour les ralUer, de faire allumer des flambeaux sur ses navires : c'était le signal qu'il leur avait donné pour la retraite. Ils se rembarquèrent, et le lendemain ils érigèrent un trophée sur les bords du fleuve.
Cette journée couvrit Cimon de gloire, puisqu'il remporta deux célèbres victoires, l'une sur mer et l'autre sur terre. Les Perses perdirent dans ces deux actions trois cent quarante vaisseaux et plus de vingt mille hommes qui furep*^^''R prisonniers, sans compter les morts
et les blessés. Mais le bonheur du général athénien ne se borna point à ces avantages. Comme il faisait voile pour s''en retourner avec la flotte victorieuse, il rencontre les quatre-vingts vaisseaux phéniciens qui vont au secours des Perses, dont ils ignorent la défaite : il les attaque et les prend. Ensuite, poursuivant sa route vers la Chersonêse de Thrace, il en chasse les Perses qui s'en étaient emparés, et leur prend treize vaisseaux; de là il tourne vers Thasos, île de la mer Egée, peu éloignée de la Thrace : il attaque ses habitants qui s'étaient révoltés, les défait dans un combat naval, et s'empare de trente-trois de leurs vaisseaux, outre leurs villes et les lieux qui en dépendent.
Artaxercès, humilié par toutes ces disgrâces, voulut essayer de les réparer j mais dans le temps qu'il se préparait à faire de nouveaux efforts pour un armement, les Egyptiens se révoltèrent contre lui, et mirent à leur tête Inarès, roi de Libye, qu'ils choisirent volontairement pour souverain. Artaxercès envoya contre ces rebelles une armée de plus de trois cent mille hommes, sous la conduite d'Achémène, son oncle, avec ordre de meltre tout à feu et à sang. Les Egyptiens, pour se garantir de l'orage dont ils étaient menacés, demandèrent du secours aux Athéniens. On délibéra sur cette affaire à Athènes, et on convint dans le conseil qu'il fallait secourir l'Egypte, soit pour affaiblir la puissance des Perses, qui étaient toujours redoutables malgré leurs pertes, soit pour gagner l'amitié des Egyptiens, qui pouvaient être utiles dans l'occasion! On leur envoya deux cents vaisseaux. Avec ce renfort, ils attaquèrent l'armée des Perses, étendue le long des rivages du Nil, et la défirent après un combat fort opiniâtre.
Honteux de sa défaite, Artaxercès remit, peu de temps après, sur pied une armée aussi nombreuse que la première, sous la conduite d'Artabase et de Mégabyse, et équipa une flotte composée de trois cents voiles. Les deux armées concertaient tous leurs mouvements et côtoyaient le rivage. Quand elles furent arrivées en Egypte, les chefs informés que la flotte des Athéniens, dont ils redoutaient le courage, était retirée dans une île formée par le Nil, firent creuser des fossés profonds, dans lesquels entra l'eau du fleuve, et les vaisseaux des Athéniens se trouvèrent à sec. Ceux-ci les jugeant inutiles, les brûlèrent, de peur qu'ils ne tombassent au pouvoir de leurs ennemis.
Les Egyptiens, effrayés de ce premier succès des Perses^ traitèrent
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avec eux. Les Athéniens, se voyant lâchement abandonnes, l'ësolurent de vendre chèrement leur vie, et se mirent en défense. Artabase et Mégabyse, convaincus quHl est dangereux d^attaquer des gens réduits à la nécessité de vaincre ou de mourir, les traitèrent avec munificence et leur laissèrent la liberté de retourner dans leur patrie.
Les Athéniens, enflés de tous ces succès, jouissaient sans obstacle de l'empire de la mer; mais Pambition de dominer ne leur permit pas d'être longtemps tranquilles, et au défaut d'ennemis étrangers, ils tournèrent leurs armes contre leurs voisins. Ceux-ci se liguèrent pour défendre leur liberté ; mais ils furent défaits et soumis. Les Athéniens entreprirent ensuite de mettre sous leur domination les Egynèles, qui étaient puissants sur mer : ils envoyèrent contre eux une flotte considérable; mais les Egynètes, excellents marins, rassemblèrent toutes leurs forces navales ; et quoiqu'elles fussent fort inférieures à celle des Athéniens, ils acceptèrent le combat, comptant beaucoup sur leur habileté et leur courage; cependant ils furent défaits; et, après avoir perdu soixaatc-diî vaisseaux, ils devinrent tributaires des vainqueurs.
Les Athéniens étaient alors au cdtnble de leur prospérité : après avoir été partout supérieurs aux Perses, ils avaient assujetti presque toute la Grèce, et tout tremblait sur mer à la vue de leurs vaisseaux. Ciraon, qui connaissait leur esprit remuant, craignait qu'ennuyés du repos, ils n'inquiétassent encore quelques peuples voisins. Pour occuper leur ambition, il leur persuada de faire un nouvel armement contre les Perses, afin de remettre en liberté les villes grecques de TAsié Mineure. On lui donna pour cette expédition deux cents vaisseaux ; îl en envoya soixante en Egypte, et avec le reste, il cingla vers les côtes de Pamphylie : il prit, en passant, quelques villes dans l'île de Chypre } liiais l'armée navale des Perses, composée de trois cents vaisseaux siciliens et phéniciens, et commandée par Artabase, ayant paru dans ces mers , Cimon l'attaqua, et la mit en désordre : il coula plusieurs vaisseaux; il en prit cent avec leur équipage, et poursuivit le reste jusque sur la côte de Phénicie : les hommes qui montaient ces vaisseaux èe voyant poursuivis, gagnèrent la côte, et allèrent joindre l'armée de terre, commandée par Mégabyse.
Entraînés par l'ardeur de leur courage, les Athéniens paraissent ans* sitôt qu'eux à la vue dit camp des Perses : ils leur livrent le combat,
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sans leur donner le temps de se reconnaître. La rapidité de Tattaqiie jointe à la surprise de Tennerai, leur firent remporter la victoire. Après cette expédition, ils se rembarquèrent, et gagnèrent Tîle de Chypre. Cimort y prit, sans beaucoup de peine, toutes les villes qui n^étaient pas soumises ; mais il fut arrêté devant Salamine, dans laquelle il y avait une forte garnison, et qui était bien pourvue de munitions. Il en fit le siège dans les formes, et la pressa vivement. Artaxercès, qui, en perdant celte place, perdait toute la réputation de ses armes, crut qu^une paix utile rétablirait mieux ses affaires qu'une guerre désavantageuse ; il fit parler d'accommodement aux Athéniens, qui écoutèrent ses propositions ; trop flattés d'avoir réduit ce puissant monarque à cette nécessité.
Ainsi l'orgueil des Perses fut humilié par une petite république, qui les força de faire un traité honteux ; Artaxercès s'engagea à rendre la liberté aux Grecs de l'Asie, et à ne point entrer dans la mer Egée par lé Pont-Euxin, ni dans la Méditerranée par les merâ de Pamphylie et de Syrie. Cimon mourut en Chypre, au milieu de ses triomphes, et il termina, au sein de la victoire, une vie glorieuse. Lorsqu'il se vit à l'extrémité, il donna des ordres pour que sa flotte fût pfomptement conduite à Athènes, ce qui fut exécuté.
Athènes, dans Cimon, perdit un grand homme, mais un grand homme lui succéda. Ce fut Périclès, fils dé Xantippe, qui défit les Perses à la bataille de Mycale.
Périclès se voyant à la tête des affaires, travailla à maintenir les Athéniens dans la possession de l'empire de la mer. Il augmenta leurs forces maritimes, et les rendit par ce moyen redoutables à toute la Grèce : il fit voile vers le royaume de Pont, avec une flotte nombreuse et magnifique, afin d'étaler aux yeux des barbares toute la grandeur de la puissance athénienne : vanité fatale, qui réveilla la jalousie des nations voisines, et, dans la suite, inonda la Grèce du sang de ses meilleurs citoyens. Les habitants de l'île d'Ëubée, qui avaient été soumis aux Athéniens du temps de Selon, s'étant révoltés, Périclès passa dans l'île avec cinquante vaisseaux. Il attaqua les rebelles et les remit dang leur devoir : et comme les Histiens, qui habitaient la côte orientale de l'Eubée, avaient égorgé les soldats d'un vaisseau athénien qu'ils avaient pris, il les chassa, et mit à leur place une colonie athénienne.
La guerre de Samos, peu de temps après, mit encore dans un pius grand jour la capacilé de Périclès. Les Samiens étant en guerre avec les habitants de Miler, les Athéniens voulurejit se mêler de leur accommodement ; mais les Samiens refusèrent leur médiation. Périclès crut qu^il fallait les contraindre de l'accepter. Il fit une descente à Samos avec quarante vaisseaux ; il y changea le gouvernement, qui était suspect aux Athéniens par les liaisons que les magistrats entretenaient avec les Perses; et, après avoir obligé les Samiens de payer les frais de son armement, il s'en retourna à Athènes.
Indignés de se voir faire la loi par les Athéniens, les Samiens se liguèrent avec les Perses, qui les aidèrent à chasser tous ceux qui paraissaient attachés aux Athéniens. Périclès, pour soumettre ces insulaires, se rembarqua, et cingla vers Samos avec quarante-quatre vaisseaux. Il trouva les Samiens résolus non-seulement à se défendre, mais encore à lui disputer Tempire de la mer. Ils étaient près de Hle de Tragie, Tune des Sporades, avec soixante-dix vaisseaux, dont vingt étaient armés en guerre. Il les attaqua et les défit.
Périclès n'en voulut point rester là; il renforça sa flotte de vingt-cinq vaisseaux venus de Chio et de Mytilène, se rendit maître du port de Samos, et assiéga la ville. Comme il la tenait cernée de toutes parts, il fut averti qu'une flotte phénicienne venait au secours de la place ; il prit le large avec soixante vaisseaux, pour la combattre, et fit dans cette occasion une grande faute , comme le remarque Plutarque ; en effet, laissant la conduite du siège à des gens peu expérimentés, il abandonnait l'afîaire la plus importante.
Cette fausse démarche eut de fâcheuses suites ; car, Mélissus, général des Samiens, profitant de l'absence de Périclès, fiit une sortie sur les assiégeants. Le combat fut sanglant, et les Samiens y eurent tout l'avantage : ils coulèrent à fond et prirent plusieurs vaisseaux, ils firent beaucoup de prisonniers , et ayant la mer libre, ils pourvurent leur ville de toutes les munitions nécessaires. Humilié de cette défaite , Périclès ne fut pas longtemps à la réparer : ayant grossi son armée navale de soixante vaisseaux qu'on lui avait envoyés d'Athènes, et de trente venus de Mételin et de Chio, il fit voile vers Samos : Mélissus alla au-devant de lui avec sa flotte, et lui livra le combat. Périclès, après l'avoir battu, alla assiéger Samos par terre et par mer. Mais, voulant ménager le sang
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des soldais, il bloqua la ville, et Penvironna de relranchemenls. Il partagea son armée en huit corps, dont un se reposait toujours, tandis que les sept autres combaltaienl.
11 fut neuf mois devant cette place, aimant mieux perdre du temps que des hommes, et la prit enfin par sa persévérance. Aussitôt qu'il fut maîire de la ville, il en fil raser les murailles, s'empara de tous les vaisseaux des Samiens, et leur fit payer 200 talents pour les frais de la guerre. Cette conquête parut si importante à Athènes, que quand Périclès y arriva, les dames, dans un appareil brillant, vinrent lui baiser les mains , le couvrir de fleurs , et mettre sur sa tête des couronnes , comtoe aux vainqueurs dans les jeux publics.
Tandis qu'Athènes, fière de ses succès et enivrée de ses prospérités, faisait la loi à toute la Grèce, les autres Grecs, ,et surtout les Lacédémoniens , étaient dévorés d'une jalousie secrète, qui ne cherchait qu'un prétexte pour éclater. Les démêlés qui s'élevèrent entre Corcyre et Corinthe furent comme le signal d'un soulèvement universel. Toute la Grèce s'ébranla à la vue de ces divisions naissantes , qui furent bientôt suivies d'une rupture ouverte. La guerre du Péloponèsefut la première alleinte que les Grecs ligués donnèrent à la puissance d'Athènes.
Epidamne, aujourd'hui Durazzo , est une ville de l'Albanie , située à l'embouchure d'un fleuve qui se jette dans le golfe Adriatique. LesCorcyréens et les Corinthiens en étaient les fondateurs. Les habitants de cette ville se divisèrent en deux partis , dont le plus fort chassa le plus faible. Les exilés s'associèrent aux peuples voisins, et vinrent assiéger leur patrie pour y rentrer. Les assiégés envoyèrent à Corcyre demander un secours qu'on leur refusa. Ils implorèrent celui des Corinthiens, qui leur fournirent des troupes , soit par amitié pour eux , soit par haine contre les habitants de Corcyre , avec lesquels ils n'étaient pas fort unis. Les Corcyréens choqués envoyèrent devant la place allaquée une flotte de cinquante vaisseaux, pour sommer les habitants de recevoir leurs concitoyens , ou de terminer leur difl'érend par les voies de la conciliation et non parle sort des armes. Ils firent en même temps représenter aux Corinthiens qu'au lieu de nourrir cette division, ils devaient l'étoulTer dans sa naissance. Vaines remontrances! on se disposa di; part et d'autre à la guerre.
Les Corcyréens parurent devant Epidamne; mais celle place ayant
12i HISTOIRE GENERALE DE LA MARINE,
refusé de les recevoir, ils Tinvestirent avec quarante vaisseaux. Les Corinthiens, de leur côté, mirent en mer une flotte de trente navires, qui, grossie de ceux que leur envoyèrent les Mégariens , les Céphaloniens , les Epidauriens, ceux d'Hermione , les Trézéniens, les Leucadiens et les Ambraciotes, se trouva forte de soixante-quinze voiles. Les Corcyréens , outre les vaisseaux qu'ils avaient devant Epidamne , tenaient la mer avec quatre-vingts navires. Les deux armées étant en présence, les Corcyréens commencèrent le combat : il fut vif et bien disputé ; mais la victoire se rangea du côté du plus grand nombre , et les Corcyréens eurent Tavantage. Ils ne restèrent pas en si beau chemin , ils allèrent presser Epidamne et la prirent. Pour réparer cet échec, les Corinthiens firent de grands préparatifs : ils radoubèrent leurs vaisseaux maltraités , ils en construisirent de nouveaux, et demandèrent du secours à leurs alliés. De leur côté, les Corcyréens firent un armement considérable.
Les deux peuples briguèrent à Tenvi la protection des Athéniens, et tâchèrent de les mettre dans leurs intérêts. Périclès, qui prévoyait la guerre du Péloponèse, pour ménager aux Athéniens une alliance utile, les engagea à se déclarer pour les Corcyréens, qui étaient les plus forts sur mer. Ils envoyèrent dix vaisseaux à la flotte de Corcyre, qui se trouva forte de cent vingt voiles. Elle fut attaquée par celle de Corinthe qui en avait cent cinquante -. on se battit de part et d'autre avec beaucoup de valeur ; mais un renfort de vingt vaisseaux que reçurent les Athéniens fit pencher la victoire du côté des Corcyréens.
Le lendemain les Corcyréens, fiers du secours qui leur était arrivé, mirent à la voile, et allèrent présenter le combat aux Corinthiens, qui avaient jeté Tancre à Tîle de Sybote. Ceux-ci prirent le large , et se mirent en défense; mais avant de s'engager dans une action dont ils craignaient les suites, ils envoyèrent un briganlin aux Athéniens, qui le reçurent favorablement. On fît quelques projets d'accommodement qui réussirent. Les deux flottes se retirèrent. Chaque parti se félicita d'avoir triomphé , et dressa des trophées. Les Corcyréens perdirent dans cette action soixante-dix vaisseaux, et les Corinthiens trente.
Cette guerre enfanta une autre querelle au sujet dePolidée, ville de la Macédoine. Les Corinthiens, qui y avaient établi une colonie, l'engagèrent à se révolter contre les Athéniens à qui elle était soumise, et lui envoyèrent des troupes pour appuyer sa révolte. Perdiccas, roi de
Macédoine, pour donner de nouvelles affaires aux Athéniens, souflïa le feu de la rébellion dans le cœur des Clialcidiens, qui dépendaient aussi d'Athènes. Les Athéniens envoyèrent trente vaisseaux bien équipés et bien armés pour soumettre ces rebelles. Ils mirent le siège devant Polidée, et battirent les Corinthiens, qui étaient venus pour défendre cette place.
Le Péloponèse, ainsi appelé de Pélops, fils de Tantale, et nommé aujourd'hui la Morée, est une péninsule qui a la figure d'une feuille de vigne. Elle a la mer Egée au levant, la mer Ionienne au couchant, et au nord la Grèce, dont elle est séparée par un isthme assez étroit. La guerre du Péloponèse est une des plus célèbres dont il soit parlé dans rhistoire ; elle dura vingt-sept ans, pendant lesquels les plus grands capitaines parurent sur la scène, et firent voir que la Grèce, alors, ne pouvait être soumise que par elle-même.
La politique des Perses influa beaucoup dans ces démêlés. Ils n'avaient pu triompher des Grecs par la force, ils en vinrent à bout par l'artifice : ils les divisèrent pour les vaincre. La bonne fortune des Grecs leur fut encore funeste : ils tournèrent contre eux-mêmes leurs armes victorieuses, quand ils n'eurent plus d'ennemis à vaincre.
Diodore de Sicile cherche dans la politique de Périclès la source de la guerre du Péloponèse. Après qu'il eut dissipé le trésor de la Grèce, déposé à Délos, le peuple l'obligea d'en rendre compte ; mais se voyant dans l'impossibiHté de justifier l'emploi qu'il en avait fait, il tomba dans une profonde mélancolie. Alcibiade le voyant dans cet état, lui en demanda la cause : il lui répondit que l'embarras de rendre ses comptes l'inquiétait fort. « Occupez-vous plutôt du soin de ne les rendre pas, » repartit Alcibiade. Périclès profila de cet avis, et forma le projet de la guerre du Péloponèse, persuadé que c'était le moyen de faire oublier l'affaire du trésor de Délos, et de se rendre plus nécessaire que jamais à ceux qui voulaient le perdre.
Thucydide attribue les divisions qui désolèrent la Grèce , à la jalousie qui brouilla Athènes et Lacédémone. Ces deux villes, différemment gouvernées, étaient également florissantes, et l'esprit de domination les avait saisies : elles crurent qu'après avoir humilié la puissance des Perses, rien n'était plus capable de leur résister ; tous les autres Grecs en effet respectaient et redoutaient ces deux répubHques. C'est I. W
«ao HISTOIRE GENERALE DE LÀ MARINE.
ainsi que de simples rivales qu'elles étaient d'abord, elles devinrent ennemies j le siège de Potidée fut le prétexte de la rupture.
Les Athéniens avaient ordonné aux habitants leurs alliés de démolir les murailles de cette place, et de renvoyer les magistrats corinthiens. Les Potidéens refusèrent d'obéir, et se mirent sous la protection de Corinthe. Les Athéniens, piqués de cette conduite, assiégèrent Potidée par terre, et l'investirent par mer avec une flotte de soixante-dix vaisseaux. Les Corinthiens envoyèrent des députés à Sparte, pour solliciter du secours, ce qui leur fut accordé. Déjà les divisions d'Athènes et de Lacédémone commençaient à éclater : ces villes, jalouses l'une de l'autre, avaient des alternatives de paix et de guerre, qui les formaient insensiblement à l'art militaire, et leur apprenaient les moyens de se détruire. Ces dissensions se terminèrent par une rupture ouverte, et par une haine irréconciliable.
Athènes et Lacédémone songèrent à fortifier leur parti par des alliances. Les Lacédémoniens se liguèrent avec les villes d'Italie et de Sicile, qui leur fournirent cinq cents vaisseaux. Leur armée navale était composée de Corinthiens, de Mégariens, de Sicyoniens, de Palléniens, d'Eléens, d'Ambraciotes et de Leucadiens, Les Athéniens avaient pour confédérés les peuples maritimes de l'Asie, les Cariens, les Doriens, les Ioniens, la plupart des insulaires et des peuples de l'Hellespont, les habitants de Corcyre et de Mytilène. Athènes était bien munie : elle avait en mer trois cents vaisseaux toujours prêts à mettre à la voile j toute la Grèce fut en mouvement, et prit parti selon ses différents intérêts, excepté les Argiens qui demeurèrent neutres.
Les Lacédémoniens ouvrirent la campagne par les premières hostilités : ils entrèrent dans l'Attique, et ravagèrent le plat pays. Périclès, pour faire diversion, arma cent cinquante vaisseaux, sur lesquels il mit de bonnes troupes, et les envoya faire des courses sur les terres des Lacédémoniens. Ces vaisseaux furent joints par trente autres, envoyés de Corcyre, et formèrent une flotte qui alla ravager toutes les places maritimes dépendantes de Sparte , ou de ses alliés. Ainsi les Lacédémoniens furent obligés de s'en retourner chez eux, et de songer à leur propre défense.
La seconde campagne s'ouvrit de la même manière que la précédente: les Lacédémoniens désolèrent l'Attique, et les habitants du plat pays se
réfugièrent à Athènes. Mais celte ville, resserrée par ses ennemis, essuya un autre fléau plus terrible encore que la guerre : la peste y causa d^affreux ravages. Périclès, pour détourner une partie des maux qui affligeaient sa patrie, résolut de faire encore une puissante diversion avec cent voiles , auxquelles se joignirent soixante vaisseaux de Chio et de Lesbos Avec cette flotte il alla saccager toutes les côtes du Péloponèse. Cette expédition rappela encore les Lacédémoniens à la défense de leur propre pays. La peste, qui se communiqua à la flotte de Périclès, l'obligea de retourner à Athènes.
Les Athéniens, qui voyaient toutes leurs campagnes désolées et qui n'apercevaient dans leur ville que des images aff'reuses de morts et de mourants, regardèrent Périclès comme la cause de ces calamités publiques , et voulurent l'en rendre garant. Ils le dépouillèrent de ses dignités, le condamnèrent à une amende de 80 talents; et, ennuyés d'une guerre ruineuse, ils firent des propositions de paix aux Lacédémoniens. Ceux-ci, voyant leurs ennemis humiliés, en devinrent plus fiers, et ne voulurent point entendre parler d'accommodement. Mais la consternation des Athéniens s'étant tournée en désespoir, ils rappellèrent Périclès , et résolurent de continuer la guerre avec plus do fureur qu'auparavant
Au milieu de ces projets, ils perdirent ce grand homme : Périclès fut atteint de la peste, et mourut en héros, comme il avait vécu. Après sa mort, les Athéniens, s'obstinant à la prise de Potidée, y envoyèrent leur flotte pour en presser le siège. Cette ville, réduite aux dernières extrémités, se rendit par composition : la capitulation qu'on lui accorda exigeait que les habitants en sortissent ; et les Athéniens y établirent une nouvelle colonie.
Jusqu'ici ces diverses expéditions maritimes n'avaient désolé que quelques cantons particuliers ; mais le ravage devint général. Après la prise de plusieurs places assiégées par terre, il y eut un combat naval entre la flotte des Corinthiens et celle d'Athènes. Phormion, général des Athéniens, était dans le golfe de Naupacte, aujourd'hui Lépante, avec une flotte de vingt vaisseaux. Il voit paraître celle de Corinthe, composée de quarante-sept navires. Pour la combattre plus à son aise, il prend le large. Les Corinthiens, qui ne veulent pas s'engager, rangent leurs vaisseaux en cercle, la poupe tournée en dedans, et renferment
dans cette enceinte les bâtiments les plus faibles, et cinq galères.
Les Athéniens viennent à eux sur une ligne, et tournent autour de ce cercle, pour le resserrer. Phormion, qui connaît ces mers, attend pour' formar son attaque un certain vent qui se lève toujours avec le soleil. Le vent commence à souffler, les vaisseaux corinthiens, trop serrés les uns contre les autres, s'embarrassent, et se fracassent. Phormion tombe sur ces vaisseaux délabrés, et conduits d'ailleurs par des marins sans expérience. Il coule à fond l'amiral, brise plusieurs autres navires, et en prend douze, avec tout leur équipage. Après cette victoire, les Athéniens dressèrent un trophée sur un promontoire voisin, consacrèrent à Neptune un des vaisseaux ennemis, et se retirèrent à Naupacte.
Les débris de la flotte des Corinthiens s'étant retirés à Cyllène, les Lacédémoniens la rétablirent, et l'augmentèrent jusqu'au nombre de soixante-dix-sept bâtiments. Piiormion grossit aussi la sienne de vingt vaisseaux qu'il reçut d'Athènes. Ces deux flottes furent six ou sept jours en présence sans rien entreprendre. Celle des Péloponésiens était plus nombreuse, et celle des Athéniens plus expérimentée. La première, timide après sa défaite, n'osait attaquer; l'autre, connaissant sa faiblesse, ne songeait qu'à se tenir sur la défensive.
Les Péloponésiens commencèrent à se mettre en mouvement, et firent une assez belle manœuvre; mais elle ne fut pas soutenue. Pour se faire une idée de ce dernier combat, il faut se représenter le lieu où il fut livré. On ne peut entrer dans le golfe de Lépanle que par le détroit des Dardanelles, formé par le cap de Rio, dans la Morée, et par celui de Molicria, dans la Livadie : les Péloponésiens occupaient le premier, les Athéniens le second. Ceux-là, ayant inutilement essayé d'engager leurs ennemis à passer le détroit et à entrer dans le golfe, en vinrent à bout par un stratagème. Ils y entrèrent eux-mêmes, et feignirent d'aller assiéger Naupacte, qui était sous la protection des Athéniens.
Pour défendre cette ville confédérée, Phormion entra dans le golfe et rangea les côtes. Il n'eut pas plutôt passé le détroit, que les Péloponésiens, avec une partie de leurs vaisseaux, vinrent en occuper l'entrée ; les autres enveloppèrent les Athéniens, et les attaquèrent. L'artifice des Péloponésiens était bien imaginé, mais il fut mal soutenu : onze vaisseaux athéniens se firent jour au travers de la flotte ennemie, et prirent le large ; plusieurs autres échouèrent, et ils auraient tous été pris, brûlés,
OU coulés, si les Péloponësiens avaient été moins empressés de chanter victoire que de profiter de leurs avantages.
Les vainqueurs donnaient faiblement la chasse aux vaisseaux fugitifs; ils faisaient retentir Pair de cris de joie. Si bien que ce triomphe prématuré les fit donner sur des bancs, où ils se trouvèrent embarrassés. Le? Athéniens reprennent courage, et profitant du désordre de la flotte ennemie, ils Tattaquent, la dispersent, en prennent six vaisseaux, et mettent à flot leurs propres navires. Cette seconde action répara Téchec de la première : la victoire fut partagée entre les deux partis, et chacun de son côté éleva des trophées. Les Péloponésiens se retirèrent ensuite à Corinthe, et les Athéniens à Naupacte, où ils reçurent un renfort de vingt vaisseaux.
La campagne était déjà fort avancée : les Péloponésiens voulant la terminer par un coup d''éclat, essayèrent de surprendre le port du Pirée, qui se trouvait dégarni et sans défense , parce que les vaisseaux athéniens étaient en mer. Dans ce dessein, quarante vaisseaux filèrent, à la faveur de la nuit, du côté d'Athènes. SMls avaient été droit au port, qui n'était pas gardé, ils s'en emparaient sans obstacle; mais ils s'amusèrent à faire une descente dans l'île deSalamine, et à la piller. Les habitants de cette île allumèrent de grands feux pour servir de signal à Athènes. Les Athéniens avertis, se tinrent sur leurs gardes : ils lancèrent à la mer quelques vaisseaux pour défendre les avenues du port. Les Péloponésiens voyant leur projet découvert, s'en retournèrent avec trois vaisseaux vides, restés sur la rade de Salamine, et avec le butin qu'ils avaient fait dans l'île.
La quatrième année de la guerre du Péloponèse commença par les hostilités ordinaires des Lacédémoniens dans l'Attique ; mais harcelés par la cavalerie qui sortait d'Athènes, et ne trouvant pas à piller, ils rentrèrent dans leurs quartiers. Cet orage conjuré, les Athéniens en essuyèrent un autre plus terrible : ce fut la défection de Mytilène, capitale de l'île de Lesbos. Cette ville était alliée des Athéniens, et considérable par ses forces maritimes; elle résolut de s'unir aux Lacédémoniens; et, pour être en état de ne point appréhender les Athéniens, les Mytiléniens rétablirent leurs murs, fortifièrent leurs ports, construisirent des vaisseaux, et demandèrent du secours à Sparte.
Les Athéniens, embarrassés, furent quelque temps dans rincertitude
du parti quMîs devaient prendre. Ils ne voyaient qu^avec peine une île aussi puissante que Lesbos se déclarer pour leurs ennemis ; mais il était bien difficile d^armer assez puissamment pour la soumettre. Cependant, tout affaiblis qu'ails étaient par la peste et par la guerre , et quoiquMls eussent de redoutables ennemis à leurs portes , ils firent un effort : ils envoyèrent vers Lesbos quarante vaisseaux, et retinrent dans leur port les dix vaisseaux qui appartenaient aux Mytiléniens. Les vaisseaux athéniens devaient arriver devant Mytilène un jour qu'on célébrait dans le voisinage une fêle d'Apollon , afin d'y surprendre tous les habitants assemblés; mais ceux-ci furent avertis du projet.
Les Athéniens ayant jeté l'ancre à la hauteur de Mytilène, sommèrent les Mytiléniens d'abattre leurs murailles , et de leur livrer tous leurs vaisseaux. Comme ceux-ci se trouvaient trop faibles alors pour résister aux Athéniens, ils demandèrent une suspension d'armes et le temps de négocier un accommodement. Les Athéniens y consentirent. Les Mytiléniens envoyèrent des députés à Athènes et à Lacédémone : les premiers pour gagner du temps , les seconds pour demander un prompt secours. Les Athéniens ne furent point dupes de la proposition ; ils prirent au contraire de sages mesures pour presser le siège de Mytilène, qui , voyant tous les artifices inutiles , sollicita vivement les Lacédémoniens de la recevoir dans leur alliance, ce qu'elle n'eut pas de peine à obtenir. Athènes et Lacédémone se trouvèrent donc intéressées, l'une à la défense, et l'autre à la prise de Mytilène.
Les Lacédémoniens firent transporter des vaisseaux du golfe de Corinthe dans la mer d'Athènes, et ils y donnèrent rendez-vous à leurs alliés, qui déjà fatigués de la guerre, ne se hâtèrent pas de s'y rendre. Les Athéniens, attentifs à tous ces mouvements, crurent que pour intimider leurs ennemis et rassurer leurs alliés, ils devaient déployer toutes leurs forces, et montrer aux uns et aux autres que leur puissance n'était point affaiblie, quoiqu'ils fussent renfermés dans leur ville. Ils mirent en mer une flotte de cent voiles, qui alla se montrer dans l'isthme de Corinthe, et qui fit des descentes dans le Péloponèse, où tout fut mis au pillage. Cent autres de leurs vaisseaux gardaient l'Atlique, l'Eubée et Salamine, et cinquante servaient au siège de Mytilène et ailleurs. La marine des Athéniens avait été plus nombreuse, mais elle n'avait jamais été si brillante ; car rien ne manquait à tous ces
vaisseaux, de ce qui leur était nécessaire pour la force et pour l'ornement. LesLacédémoniens, effrayés de cet armement, se retirèrent chez eux pour se mettre en état de défense.
Cependant Mytilène, bloquée par mer et par terre, était sur le point de capituler; mais la nouvelle d'un secours de quarante vaisseaux qui venaient de Lacédémone raffermit le courage des habitants. Ils se défendirent avec beaucoup ^e vigueur, tant que Tespérance les soutint; mais les mouvements de cette flotte auxiliaire furent trop lents: elle s'amusa à croiser dans le Péloponèse. Les Athéniens, plus vifs, pressèrent la place, qui, se voyant sans secours et sans vivres, se rendit à discrétion. Les Lacédémoniens, arrivés trop tard et craignant d'être eux-mêmes la proie des vainqueurs, regagnèrent les côtes du Péloponèse, où ils renforcèrent leur flotte de treize vaisseaux.
Corcyre, dans ce temps-là, devint la victime des démêlés qui avaient armé Athènes et Lacédémone. Cette île, dont chaque parti se proposait la conquête, se vit en proie successivement à tous les deux ; elle éprouva leur fureur tour à tour par le massacre de ses habitants. La flotte du Péloponèse, forte de cinquante-trois vaisseaux, fit voile vers Corcyre, qui s'était déclarée pour Athènes, et qui était alors déchirée par des divisions intestines. Se flattant de profiter de ces troubles avec d'autant plus de facihté, que les Athéniens n'avaient dans ces parages que douze vaisseaux qui étaient à l'ancre dans le port de Naupacte, la flotte du Péloponèse alla mouiller à l'île de Sybote, et le lendemain à la pointe du jour elle s'avança vers Corcyre. Les Corcyréens, étonnés -de voir des ennemis si près, équipèrent à la hâte soixante vaisseaux ; et, par une faute qui leur coûta cher, ils les envoyaient contre les Péloponésiens à mesure qu'ils étaient prêts, ce qui divisait leurs forces.
Voyant cette mauvaise manœuvre, les Péloponésiens opposèrent seulement vingt vaisseaux aux Corcyréens, qui furent fort maltraités. Le reste de leur flotte se dirigea contre celle des Athéniens, venus au secours de Corcyre, et dont l'escadre n'était composée que de douze vaisseaux. Tombant dans la même faute qu'ils avaient faite à Naupacte, ils rangèrent encore leurs vaisseaux en rond. Ceux qui battaient les Corcyréens, voyant que les Athéniens allaient profiter de cette mauvaise disposition, vinrent à leur secours, et firent changer l'ordre de bataille.
Les Corcyréens, jugeant leur espérance évanouie, prirent la fuite, et les Athéniens se retirèrent.
Les Péloponésiens ne surent pas profiter de leurs avantages: ils se retirèrent aussi avec treize vaisseaux qu'ils avaient p^is, et, au lieu de s'emparer de Corcyre, ce qu'ils auraient pu faire aisément, ils perdirent leur temps à ravager l'île.
Les Athéniens , toujours prompts à réparer leurs désastres et à mettre à profit les fautes de leurs ennemis, assemblèrent soixante vaisseaux auxquels trente autres de Corcyre se joignirent. Avec celte flotte ils allèrent chercher les Péloponésiens; mais ceux-ci voulant les éviter, après avoir rangé la côte de la presqu'île de Leucate , transportèrent par terre leurs vaisseaux d'une mer à l'autre, et échappèrent aux insultes de leurs ennemis.
Athènes et Lacédémone , non contentes d'intéresser leurs voisins dans leur querelle, portèrent encore leurs vues jusque dans la Sicile, et la divisèrent en la faisant entrer dans leur parti. Du temps de Périclès, les Athéniens s'étaient proposé la conquête de cette île; mais ce grand homme, toujours attentif à réprimer une ambition qui ne pouvait qu'être fatale à la république, avait combattu ce dessein. N'étant plus retenus alors par la prudence de ce général, et ne cherchant qu'à se fortifier par des alliances, ils associèrent une partie de la Sicile à leurs démêlés, et sur la fin de cette campagne, ils détachèrent vingt vaisseaux pour désoler les cantons qui refuseraient d'entrer dans leur parti.
L'été suivant, les Péloponésiens, toujours acharnés contre l'Attique, voulurent encore y faire des courses; mais ils en furent empêchés par un tremblement de terre dont les violentes secousses abîmèrent plusieurs villes maritimes , rompirent des isthmes , et causèrent les pins affreux désordres. Les Lacédémoniens prirent ces accidents pour des marques de la colère des dieux, el se retirèrent chez eux. Cependant, pour n'être pas oisifs pendant celte campagne, ils envoyèrent une colonie nombreuse à Traquine , ville située à un demi-myriamètre de la mer, à un myriamètre ou environ du détroit des Thermopyles, et à portée d'incommoder Athènes. Ils bâtirent dans cet endroit une nouvelle ville qu'ils nommèrent Héraclée. Les Athéniens lâchaient de se fortifier d'un autre côté. Ils envoyèrent une armée navale en Sicile, trente vaisseaux autour du Péloponèse , et soixante à l'île de Mélos ,
une des Sporades, entre Crète et le Péloponèse , pour l'engager à entrer dans leur alliance : ces trois flottes firent beaucoup de ravage.
La septième année de la guerre étant commencée , les Lacédémo- - niens ravagèrent PAttique, sous la conduite du roi Agis. Les Athéniens, peu sensibles à ces excursions qui ne les affaiblissaient pas beaucoup, se tenaient renfermés dans leur ville, et agissaient puissamment au loin par le moyen de la mer qui leui était ouverte. Ils envoyèrent quarante vaisseaux en Sicile. Les ofliciers qui les montaient eurent la permission de donner en passant du secours aux Corcyréens , s'ils le jugeaient à propos. Les Corcyréens étaient alors inquiétés par des bannis de nie, qui étaient soutenus par soixante vaisseaux du Péloponèse. La flotte athénienne, se trouvant entre Pyle et Gorcyre, tint conseil sur le parti qu'on devait prendre. Ddmosthène, qui la commandait, voulait qu'on s'emparât de Pylej les autres chefs voulaient qu'on allât à Corcyre.
Le vent décida la contestation , et poussa les vaisseaux jusque dans Pyle. C'était une petite ville bien fortifiée, célèbre pour avoir donné la naissance à Nestor, et située dans la Messénie , à la partie occidentale du Péloponèse. Les Athéniens s'emparèrent de cette place et y firent de nouvelles fortifications. Démosthène se voyant maître d'un lieu dont il pouvait faire une place d'armes , en prit le commandement : il y retint cinq vaisseaux, et le reste fit sa route.
Les Lacédémoniens, étonnés que des gens qui n'osaient, ce semble, sortir de l'enceinte de leur ville pour défendre leur territoire , vinssent les faire trembler jusqu'aux portes de Sparte, et sentant l'importance de la perte d'une place qui établissait les ennemis si près d'eux, mirent tout en œuvre pour la recouvrer. Ils assemblèrent toutes leurs forces de terre et de mer , et rappelèrent les vaisseaux qui étaient devant Corcyre.
Ils fermèrent d'abord toutes les avenues du port. Il était défendu par l'Ile de Sphactérie, qui le tenait à couvert des grands venls; ils s'en emparèrent , et y mirent un nombre suffisant de bonnes troupes. Ils placèrent des vaisseaux dans les passages pour en défendre les approches ; la proue était tournée du côté de la ville, pour être plus à portée de s'opposer à ce qui pourrait entrer ou sortir. Quarante-trois vaisseaux, divisés en trois escadres, attaquaient la ville par mer, et le l. 18
siège se faisait par terre, sous la conduite de Trasymède, qui commandait un corps de douze mille hommes. Il était difficile que les armées de terre et de mer eussent une communication pour se prêter des secours mutuels ; les côtes étaient dangereuses, et aucun vaisseau n^osait en approcher. Brasidas, officier plein de valeur, ne fut point arrêté par ces obstacles ; il ordonna à son pilote de conduire son navire à terre , quelque chose qui pût arriver, a II est honteux, dit-il, qicon épargne ici le hois, pendant qu^on nb épargne pas les hommes. » Le pilote obéit ; mais le vaisseau se brisa. Le brave Lacédémonien sauta à terre ; il fut à Tinstant couvert d'aune grêle de flèches , et après une longue résistance, il tomba, percé de coups, sur un tas de morts et de blessés quMl avait immolés à la gloire de sa patrie : son bouclier échappa de ses mains défaillantes. Les Athéniens s^en saisirent, et en firent un des ornements de leur triomphe. L'exemple de Brasidas ne fut pas suivi; les officiers lacédémoniens trouvèrent qu'il était difficile de Timiter, et ne furent point envieux d'une mort si glorieuse.
Telles étaient les dispositions du siège de Pyle. La place était pressée par mer et par terre, attaquée avec beaucoup de vivacité, et défendue avecvigueur ; mais la flotte d^ Athènes, composée de soixante vaisseaux, vint à son secours, et fil bien changer la face des aff'aires. Elle avait été augmentée de plusieurs navires venus de Naupacte et de Chio. Les officiers furent surpris de voir Tîle de Sphactérie pleine de Lacédémoniens, les côtes bordées de soldats, et les avenues du port remplies de vaisseaux. lisse disposèrent cependant à une action, qui était le seul moyen de sauver la ville. Les Lacédémoniens, au lieu de tenir le port fermé, comme ils l'avaient résolu et comme la prudence le demandait se présentèrent au combat sans ordre.
Les Athéniens, qui ont les passages libres, fondent sur leurs ennemis. Ils donnent la chasse aux vaisseaux qui tiennent le large, en brisent une partie et en prennent cinq; ils attaquent même ceux qui ont gagné le rivage, et en fracassent un grand nombre. Après celte victoire, la flotte triomphante enveloppe IMle de Sphactérie, et les soldats qui y sont renfermés. Les Athéniens, vainqueurs des Péloponésiens dans le Péloponèse même, érigent un trophée à leur valeur.
Les magistrats de Sparte, touchés de tous ces échecs, proposèrent une suspension d'armes pour négocier une paix qui devenait nécessaire
aux deux partis. Elle fut accepte'e aux conditions suivantes, savoir : que les soldats, retenus dans Tîle, y resteraient sans être insultés jusqu^à ce que la paix fût faite ou rompue ; que les Lacédémoniens cesseraient les hostilités contre la place, et qu'ils remettraient aux Athéniens tous leurs vaisseaux, an nombre de soixante.
Ce traité conclu , les Lacédémonienc envoyèrent des députés à Athènes pour négocier un accommodement. Ils prononcèrent une fort belle harangue, qui fit peu d'impression sur des gens que la prospérité rendait insolents. Les Athéniens, résolus de profiter de leurs avantages, firent les propositions les plus iniques aux Lacédémoniens, qui les rejetèrent; ainsi tout fut rompu. Les Lacédémoniens redemandèrent leurs députés; mais on les retint, contre le droit des gens, sous différents prétextes.
Le siège de Pyle fut continué par terre avec une fureur qu'animait encore le mauvais succès de la négociation. Les Lacédémoniens étaient toujours renfermés dans l'île; et comme les vivres leur manquaient, on leur en faisait porter par des plongeurs. Les Athéniens, qui les tenaient bloqués, souffraient beaucoup eux-mêmes, ne pouvant ni faire eau, ni chercher des vivres, parce que la côte était toute couverte d'ennemis. Pressés encore par l'hiver qui s'approchait, ils formèrent le dessein d'attaquer la garnison, forte de quatre cents hommes. Ils firent venir des troupes d'Athènes, ils en tirèrent encore de Pyle et les mirent sur soixante-dix vaisseaux. Ces forces réunies attaquèrent les Lacédémouiens; affaiblis par tout ce qu'ils avaient souffert, et accablés par le nombre, après avoir perdu cent vingt-huit hommes, ils se rendirent prisonniers.
De là les Athéniens, avec quatre-vingts vaisseaux , cinglèrent vers Corinthe, où ils firent une descente. Les Corinthiens envoyèrent des troupes pour s'y opposer, ou pour les combattre quand ils seraient à terre ; mais les Athéniens eurent encore le dessus, et les Corinthiens défaits se réfugièrent sur les montagnes.
Les Lacédémoniens n'ouvrirent pas la campagne suivante par une irruption dans l'Attique, ils en connaissaient l'inutilité; ils ne trouvaient plus rien à ravager dans le plat pays, et les Athéniens se tenaient toujours renfermés dans leurs murs. Ainsi, dégoûtés de ces courses infructueuses, ils se contentèrent de régler leurs mouvements sur ceux de
Tennemi. Les Athéniens, plus heureux à concerter leurs opérations, ouvrirent la campagne par la prise de Cythère , aujourd'hui Cérigo, ainsi que nous l'avons dit déjà. C'est une petite île, voisine de Crète , près du cap de Malée, et qui était à portée de défendre ou de ruiner les côtes des Lacédémoniens.
Nicias y aborda avec soixante vaisseaux, s'en empara et en fit une place d'armes, d'où il faisait souvent des courses qui incommodaient fort les Lacédémoniens. Si Athènes était partout triomphante de Lacédémone , ses armes ne prospéraient pas moins en Sicile. Enflée de ces succès, elle voulut s'emparer de Mégare. Elle s en saisit par ruse, mais elle l'abandonna par force : elle gagna et perdit en peu de temps cette ville. Pendant le reste de cette campagne, les deux partis ne firent rien d'éclatant sur mer.
Au commencement de la campagne suivante, les Athéniens et les Lacédémoniens firent une trêve d'un an, soit pour se disposer à goûter les fruits de la paix, soit pour se délasser un peu des fatigues de la guerre. Vers le commencement du printemps, dix ans environ depuis la déclaration delà guerre, en comptant les années par les campagnes, ils firent un traité de paix qui ne fut pas religieusement observé par les deux partis. La division se renouvela peu de temps après. Les inimitiés d'Athènes et de Lacédémone, qui n'étaient qu'assoupies, se réveillèrent. Les hostilités recommencèrent de part et d'autre , et les alliés des deux républiques marquèrent une grande inconstance. Il y eut beaucoup de sièges, de combats, de rencontres, et par conséquent bien du sang répandu ; mais peu d'actions considérables sur mer, jusqu'à la seizième année de la guerre. Au printemps de la dix-septième, les Siciliens demandèrent du secours à Athènes : mais comme cet incident fit changer le théâtre de la guerre, nous le renvoyons au chapitre suivant.