‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 124 sur 533 · ÙUL^ II, 156; cf. I, 59. V. notre introduclion, p · texte numérisé non relu

ÙUL^ II, 156; cf. I, 59. V. notre introduclion, p

3. M. Bourciez ^ouvr. cite, p. 267-292 1. Os lèpres critiques ne nous empêchent pas de reconnaître le haut intérêt du Ii\'re de M. Bourciez.

4. Le partisan de la tradition française, c'est-à-dire Estienne lui-même qui se fait encore repri^nter, à la fin du 2* dialo^çue, par Philalèiht^ chw^é de trancher le débat, en donnant tort â PhiUuMone, Tami de la cour et des Italiens.

J Diil., II, 41. Cf. II, 31. Nous partons de Tannée 1577.

(. V. notre introduction, p. 2, note 2.

". Dial., I, 48. Cf. I, 219, 257, 260, 265, 274. Cf. II, 61, etc.

12i II. ESTIENNE ÉCRIVAIN FRANÇAIS

accomplie « messieurs les tailleurs » et qui est aussi profonde dans le parler a de messieurs les courtisans* ».

Mais d*autre part cette même date de 1577 soulève un doute sur la valeur historique de Fouvrage. Nous ne voyons paraître Estienne à la cour de Henri III quaprès la publication des Dialogues. Ce tableau de la cour, il Ta fait loin de Paris, à Genève : voilà qui paraît certain ^. Ce n*est pas sur les lèvres des courtisans que Tauteur a saisi ces mots hybrides et amusants dont il a farci ses phrases. Il n*est donc pas ici un témoin, comme on Ta cru et répété, du langage parlé? Il a donc fait son livre avec d'autres livres, ou du moins d'après des témoignages indirects? N*est-il pas à craindre que son imagination n'ait inventé une bonne part de ces prétendus italianismes que nous allions étudier sérieusement sur sa parole, comme s'ils avaient réellement vécu?

L'objection est assez forte, et nous n'espérons pas y répondre entièrement : nous accordons qu'il ne faut pas, en effet, prendre à la lettre le texte entier des Dialogues : il s'y trouve des exagérations voulues et des plaisanteries qui sont du cru de l'auteur. Mais cela ne veut pas dire que la part de vérité qui s'y trouve cependant ne soit considérable. En contrôlant les assertions d' Estienne avec d'autres témoignages contemporains, nous verrons, par exemple, que ce jargon mêlé de français et d'italien s'est vraiment parlé à la cour. Prenons maintenant la peinture des mœurs : elle est exacte et d'accord avec l'histoire. L'auteur a minutieusement noté les changements survenus dans le costume, dans Tétiquette et dans les institutions : il a cité les termes propres. Il est donc impossible de supposer que Henri Estienne ait été capable de retracer, les yeux fermés, et en s*aidant de ses souvenirs de jeunesse, un tableau de la cour aussi vivant, et sous le grossissement de la satire, aussi exact que les Dialogues.

Mais pour être informé de ce qui se faisait à la cour, et pour être édifié sur le ton et sur les usages qui y régnaient, il n'était pas indispensable de se mêler aux courtisans, ni même de vivre à Paris. Il suffisait d'avoir des correspondants ^ : la boui^eoisie dont était

1. Dial.^ I, 276 et 28 J. Celtophilc dil ailleurs : « alor» que je laissay la France, je n'y laissay pas tous ces noms. » Ihid., I, 260.

2. Sans doute H. Estienne n'a pas cherche à donner le change, puisque son personnage Celtophile (qui le représente) exprime plusieurs fois l'intention m d^aller à la cour » comme s*il n'y avait pas encore été depuis le nouveau règne. Cf. DUl., I, 257 et 276. Mais d'autre pari, si le lieu où se passe l'action des Dialogue» n*esi pas nommé, c'est certainement à Paris que l'auteur nous transporte.

3. Et des visiteurs. Genève était remplie non seulement de réfugiés, mais d'hAtes de passage, venus de France. Rappelons aussi les voyages de H. Esfiennc à Lyon. (V. noire introd., p. 39, noie 5.)

Henri Estienne, la magistrature où il avait de hautes amitiés, n'avaient-elles pas des yeux moqueurs et quelque peu jaloux braqués sur la cour? Enfin ses lectures dont les traces s'aperçoivent dans Touvrage Tempéchaient de perdre contact avec Tesprit et le goût de la capitale. Bref, s'il n'a pas été le témoin direct de ce qu'il a raconté, il n*en reste pas moins un écho assez fidèle de ce qui se passait et de ce qui se disait à la cour de France.

Hien n'explique plus visiblement la faveur accordée aux Italiens

et au goût italien par Henri III, dès son avènement, que le voyage

triomphal qu'il venait de faire à travers l'Italie du Nord, avant de

rentrer en France. A Venise, il av^it été reçu par la Seigneurie avec

une pompe fastueuse et théâtrale, faite pour le flatter, pour l'éblouir

et pour l'amuser. Aux fêtes qui lui furent données, il ne manqua

ni les Gelosi^ ni les dames vénitiennes, ni même le pinceau de Paul

Véronèse et du Tintoret. On dansa la pavane et la gagliarda. On

lui prêta de l'argent. Même accueil empressé à Ferrare, à Mantoue,

à Turin. A Ferrare, il vit un feu d'artifice si merveilleux que cela

lui donna l'idée d'emmener en France des artificiers; ajoutons les

artistes, les littérateurs et les gens qui le suivirent ^ ; aussi fit-il du

Louvre, comme l'a dit Henri Estienne « une petite Italie ^ >».

A son tour il s'inspira des maximes machiavéliques. Un de ses historiens nous le montre s'enfermant dans son cabinet avec Baccio Delbene et Jacques Corbinelli, Florentins, qui lui lisaient Polybe, Tacite et notamment les Discours et le Prince de Machiavel. « Ces lectures le confirmaient de plus en plus dans le plan politique qu'il s'était formé ^. » Ces deux Italiens que Henri Estienne rencontra à TAcadémie du Palais ^ n'étaient-ils pas les grands représentants en France et à la cour de l'esprit italien? « L'on ne sçavait de quelle religion estoit Corbinelli ; c'estoit une religion politique, à la Florentine, mais il estoit de bonnes mœurs )>. Ainsi s*exprimait de Thou sur le compte de Corbinelli, qui était « grand ami de l'abbé Delbene * ». Il fut d'abord le maître du duc d'Anjou; devenu roi,

t. V. De Nolhac et Solcrti, Il vtAggio di Enrico lll... Si nous voulions commenter à aotre tour la partiedescriptive des Dialogues, il nous sufliraitdc reprendre cet ouvrage : oo retrouve dans la relation du Viaggio Torigine des changements de costume et d étiquette qui s'introduisirent â la cour de Henri III.

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