‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 130 sur 533 · L. CLÂMBirr. — Henri EsUenne · texte numérisé non relu

L. CLÂMBirr. — Henri EsUenne

i30 H. ËStlEXNE ÉCRIVAIN FRANÇAIS

« du perroquet en cage », pour reprendre le mot d'Estienne. Nous voyons bien quelle est sa nationalité. Aux courtisans français qui veulent à leur tour se signaler, Estienne conseille ironiquement « de choisir les mots et les façons de parler qui sont plus propres pour trencher du gros et sentent mieux leur grandeur, ou pour le moins leiu* magnificence... A la cour im homme ne vaut que ce qu'il se fait valoir. Au lieu de : fay receu une lettre^ il est plus seigneurial de dire : fay receu un paquet K — Il ne faut pas dire : fay des affaires ou des faciendes, mais : j'ay à négoiier avec un tel 9eigneur..,y il me faut aller prendre les instructions de ma négotia" tion 2. — Aussi ne faudra pas dire : m,on cheval ou ma monture^ mais m£s chevaux et mes montures '^. » C est déjà le ton du marquis de Molière qui tranche du grand seigneur et gratte du peigne à la porte du roi. D'autres font des protestations de dévouement, même à des inconnus ^. Cela s'appelle s'accommoder et c'est le grand mot du code des courtisans. Ne croirait-on pas entendre le Philinte de Molière? Si Philausone s'accommode aux Orontes et aux Acastes de son temps, il y a déjà de TAlceste dans Celtophile, qui ne veut pas non plus a d'une estime ainsi prostituée ».

Les Français ont emprunté aux Italiens ces formules « hyperboliques en flatterie... qui ne le sont guère moins en sottise » et qui dénoncent aux yeux de Henri Estienne l'avilissement des caractères. « Esclave ou schiave de votre Seigneurie », « tels traits seroyent plus excusables sortans d'une bouche italienne que s'ils sortoyent d'une bouche françoise ^ », et à l'appui il cite une « epistre de messer Francesco Alunno au cardinal Farnese^ » qui est un joli spécimen du langage obséquieux et coiu*tisanesque.

En Italie même un écrivain avait essayé de corriger cet abus : Bernardo Tasso, le père du grand poète. Il s'en était ouvert à Caro qui, lui-même, était tombé dans le péché. Caro répondit par une lettre ^ où il reconnaissait tous ses torts, mais en avouant qu'il lui

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