‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 132 sur 533 · id., II · texte numérisé non relu

id., II

432 H. ESTIENXE ÉCRIVAIN FRANÇAIS

tienne ^ » Ces méchants athéistes^ Estienne les poursuit d*une interrogation tragique jusque devant la mort : « Comment font-ils quand il est question de mourir? De quelle accommodation usentils? Encore que leur conscience ait accoustumé de passer par tout, si est-ce que venant à ce passage, elle se trouve fort empeschée et les tourmente fort. » Us jettent d'horribles cris, comme s'ils avaient « un diable dedans le corps ^. »

C'est ainsi que la comédie dont il a paru d abord s'amuser, aboutit au drame du salut : la flamme subtile et mobile de l'esprit de cour s'est évanouie dans le torrent des péchés de l'humaine nature : le grand mot de réprobation éternelle est lâché. On dirait d'un sermon, mais prononcé par un humaniste qui allie Juvénal à Calvin. Quand il fait honte aux courtisans et aux poètes courtisans de leur paganisme, c'est ^core aux païens qu'il emprunte des citations et des raisonnements ^. Aussi bien la rhétorique du XVI* siècle était-elle nourrie de la morale antique : Agrippa d'Aubigné oppose, lui aussi, la grandeur romaine soutenue par le stoïcisme, à la décadence de la noblesse française, oublieuse de Tesprit chrétien :

Es-tu poinct envieux de ces grandeurs romaines?...

Je t'espiois ces jours lisant^ si curieux,

La mort du grand Sénèque et celle de Thrasée ^...

Par le ton, par la couleur et par Tesprit de la satire, certains passages des Dialogues évoquent dans notre mémoire les tirades éloquentes du poème des Tragiques. Non que je veuille abuser du rapprochement et faire à la prose de Henri Estienne im honneur excessif. Il n'en reste pas moins qu'il a fixé le premier quelquesuns des traits les plus caractéristiques de cette cour de Henri III, dont Agrippa d^Aubigné a flétri la corruption. L'indignation d'Estienne a sans doute été plus contenue ; elle n'éclate que par accès. Celle d'Agrippa lui a dicté tous ses vers; elle a été son éloquence même. Placés tous deux devant le même sujet, il est naturel que leurs descriptions soient aussi rapprochées et qu'ils aient employé souvent des termes identiques; ils ont, d'ailleurs,

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