‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 134 sur 533 · Ibid., 84 et · texte numérisé non relu

Ibid., 84 et

5. Discorso intorno alU sedizione nata nel regno di Francia Vanno 15S5 {Opère di Torquato Tasso, t. XI), discours d'ailleurs où éclate l'inintelligrence historique de ce grand poète, malgré ses prétentions au machiavélisme. C'e»t le langage d'un Italien très papiste et détestant la France.

13i H. ESTIENNE ÉCRIVAIN FRANÇAIS

Son visage de blanc et de rouge empasté.

Son chef tout empoudré. . .

Si qu'au premier abord chacun estoit en peine

S'il voioil un roy femme ou bien un homme reyne *.

Mais les traits mêmes que Henri Estienne a donnés aux mignons, il les a estompés à dessein, et il s'est gardé prudemment de les présenter comme les favoris du roi. Il a soigneusement laissé de côté l'ignominie de son sujet. Cette réserve, encore qu'elle soit toute politique, est très remarquable de la part d un homme qui a écrit V Apologie pour Hérodote, Les Dialogues sont presque chastes. D'Aubigné, lui, ne s'est pas soucié de blesser les oreilles. C'est qu'il était décidé à ne point ménager non plus les personnes. C'est lui, et non pas Estienne que Genève aurait eu quelque raison de censurer.

Quoi qu'il en soit, ces atténuations ne détruisent pas l'exactitude historique de la satire d'Estienne. La vérité générale et humaine n'y manque pas non plus : c'est, derrière l'italianisme, l'étemel conflit des anciens et des modernes, de la tradition et de l'esprit nouveau. 11 est certain qu'Estienne est du côté de la tradition : c'est un « conservateur » obstiné. Non qu'il prétende ramener ses contemporains par manie d'archaïsme ou haine du progrès à des mœurs trop primitives, à des usages surannés. Dans son Apologie pour Hérodote 2, ne taxait-il pas de ridicule le goût des « antiquaires », c'est-à-dire des amateurs de vieilleries? Il avoue qu'au siècle passé les maisons étaient peu confortables, les vêtements et les coiffures de tissus grossiers ou de formes inélégantes : l'esprit n'était pas beaucoup plus affiné. Mais il voit dans les changements trop rapides un signe de décadence : cela lui paraît vrai pour les mœurs et pour les idées aussi bien que pour les mots. Il sait aussi que ce goût de la nouveauté est inhérent au caractère des Français, et il dénonce ce défaut national : « veu qu'outre le désir que plusieurs peuvent avoir de complaire à ces estrangers, les voyans en grand crédit, ils ont ce naturel [autrement ne seroyent-ils pas François) d^aimer fort la nouveauté ^, » C'est là, notée par Henri Estienne, la cause bien simple, mais la plus vraie, du succès de l'italianisme en France;

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