DiaL, II
c'est elle qui nous vaudra, dans la suite de notre histoire, d'autres invasions du même genre.
Henri Estienne déplore « le désir de grandeur qui n'a cessé, je ne diray pas de chatouiller, mais de poindre et aiguillonner les esprits des François ^ », et cette fois il prend en pitié la misère de ces grands seigneurs qui, pour soutenir un plus grand train, se ruinent. Mais « la somptuosité et les pompes, voire pompes desbordees », ce mal gagne toute la nation, les roturiers comme les gentilshommes ^. Ici encore les souvenirs classiques se pressent sous la plume d'Esttenne et viennent soutenir sa prose énergique et enflammée :
Magnaque numinibus vota exaudita malignis '.
Ces pages sur « le désir de grandeur » ne sont plus seulement de la polémique de circonstance, elles sont d'im vrai moraliste. Il poursuit en signalant les funestes ravages du luxe et de la coquetterie chez la femme, et, dépassant le cercle étroit du petit monde de la cour, il nous amène au foyer de la famille. Il parle de Tallailement maternel, malheureusement abandonné par les grandes dames : « car on estime qu'allaiter son enfant, c'est une chose entr' autres qui dérogue bien à la grandeur^ ». Il s'indigne de la façon dont certaines femmes se serrent la taille; les femmes grosses aussi s'en veulent mêler, et l'usage des busqués gâte les enfants qu'elles portent ^. « Mais que disent les maris? — que diroyent les maris où les femmes commandent ^? » Estienne fait des distinctions piquantes entre les épouseurs : les uns choisissent une femme pour la beauté, et ils sont pris par les yeux; d'autres aiment la dot, et non la femme ^. Mais la sagesse, c'est de rechercher une beauté moyenne : formam uxoriam. Comme exemple de fidélité conjugale, proposé aux femmes d'aujourd'hui, Estienne rapporte une histoire qu'il a lue dans Froissart et qu'il résume avec infiniment de charme; Théroïne en est iïllis, comtesse de Saleberi, qui défendit respectueusement « sa pudicité » contre l'entreprise hardie d'Edouard , roy d'Angleterre. « Aujourd'hui, conclut Philausone je vous confesseray qu'il est bien peu de comtesses de Saleberi ® ».