LE CARACTÈRE ITALIEN
Le caractère italien d'après V Apologie pour Hérodote. — Généralisations injustes ; sophisme fondé sur les mots péjoratifs empruntés par le français à Titalien. — H. Estienne a décrit Tltalie des aventuriers ; sous cette réserve son tableau ne manque pas de vérité; les mêmes traits se retrouvent chez Brantôme. — Le patriotisme d'Estienne s'est justement alarmé des termes de guerre venus dltalie. — Comment cette satire de Titalianisme se ramène à la défense de la langue et de Tesprit français.
C^est notamment dans V Apologie qu'Estienne s*est abusé, quand il a prétendu charger cette même nation de tous les péchés d'Israël ; s'il fallait l'en croire, c'est à Técole de l'Italie que les Français auraient appris la débauche, le vol et Thomicide ^ L'exagération est tellement évidente qu'il est inutile de la réfuter. Je sais bien qu'Estienne se sert d'un argument qui est spécieux : les mots qui ont servi à désigner des formes nouvelles du vice ou du crime, sont venus d'Italie en France : « depuis que la France a eu appris le style d'Italie en matière de tuerie et qu'on a commencé à marchander avec les assassins (car il a falu trouver des termes nouveaux pour la nouvelle meschanceté) *^ ». — « C'est l'ordinaire de plusieurs gentilshommes de ce pays-là de tenir le brelan de tous jeux de cartes et de dez ^ ». Les Italiens « qui nous ont apporté premièrement l'usage des banques » s'entendent plus que nous « à les rompre, quand ils s'ennuient de les tenir *, » ils se font banqueroutiers, — C'est l'argument tiré des péjoratif s\ il est plus plaisant qu'il n'est juste ^. Estienne rappelle ailleurs les mots rosse et bouquin que nous avons tirés de la langue allemande ^. A- t-il cru sérieusement que l'Allemagne n'exportait que de mauvais chevaux et de méchants livres? Mais il nous a plu de réserver nos mots pour les bonnes et belles choses, et de prendre ceux de nos voisins pour en désigner de mauvaises. Il est vrai que ces mots italiens étaient déjà, avant de devenir français, des péjoratifs; nous étions donc avertis sur les choses qu'ils signifiaient. C'était à nous de ne pas en avoir besoin.