‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 139 sur 533 · LE CARACTÈRE ITALIEN · texte numérisé non relu

LE CARACTÈRE ITALIEN

avait dû à Tlialie *? Quoi qu'il en soit, les traits qu'il a donnés dans V Apologie au caractère italien, sous la réserve qu'il faut les rapporter aux Italiens de la décadence, ne manquent pas absolument de vérité. On les retrouve dans les nombreux portraits que Brantôme nous a laissés de cette même époque.

La manie de jurer est aussi commmie aux Français qu'aux Italiens, mais ceux-ci renchérissent par l'atrocité de leurs « maudissons et blasphèmes ». Les oreilles d'Estienne en ont été souvent blessées, pendant qu'il séjournait dans leur pays -; (ce qui ne l'empêchait pas de recueillir curieusement ces imprécations pour les étudier en philologue). Brantôme reconnaît aussi que les Italiens « ont estez grands blasphémateurs, comme je l'ai veu la première fois que je fus jamais en Italie 3... », et il cite, à l'appui, plusieurs anecdotes significatives ^.

Estienne s'appesantit dans son Apologie et dans ses Dialogues sur la patience des Italiens : celle des Lombards était devenue proverbiale. Patience, c'est-à-dire couardise : il n'y a pas d avanie qu'un Lombard ne subisse sans broncher ; on peut lui dire en face : non e rero; tandis que pour les Français non e vero et vous avez menti sont cousins germains ^. Mais les Italiens sont vindicatifs ^ : tandis que les Français ne gardent pas longtemps la vengeance, mais la font chaudement, eux, au contraire, savent conserver dix ans un coup de dague ' ; ils prennent leur ennemi par derrière et se mettent souvent plusieurs contre un seul, et c'est le sens propre du mot supercherie ^, ce qui ne les empêche pas de crier : vittoria^ vittoria ^! Brantôme rapporte aussi des cas de supercherie^ entre autres le duel de Prouillan, capitaine gascon avec un capitaine italien. Ayant donné un grand vilain coup d'épée sur le jarret de Prouillan, le vainqueur fit une entrée triomphale dans Rome, aux applaudissements des siens qui criaient : vittoria^ vittoria! Vonor délia patria salvo *^.'

1. V. notre introduction, p. 25 et note 3. 3. Apol, l, 104 et suiv., 181, 201, 205.

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