Brantôme, t, VI, p. 278-279. Cf. p
140 H. E8TIE5XE ÉClUVACV FBANÇAIS
Mais Estienne n'abuse-t-il pas encore de Tétymologie, quand il déclare les Italiens des poultrons naturels; si le mot avait pris en français le sens de lâche, il signifiait d'abord, en italien, paresseux. « Combien que sept ou huict ineptes et sots termes de guerre que nous avons empruntés d'eux, mettent en danger et les Gascons et ceux de toutes les autres contrées de France d'estre réputez par la postérité plus poultrons que les poultrons naturels' ». Il est de fait que les Gascons fournissaient aux armées de braves soldats et d'excellents capitaines, et c'est aussi ce que Brantôme a soin de dire, en ajoutant que, en général,- la valeur militaire des Italiens était médiocre *. Pierre Strozzi, qui avait mis son épée au service de la France, rougissait de ses compatriotes ^ et le cardinal Caraffa appelait les Français « de vrais instruments envoyés par Dieu pour faire la guerre^ ». Mais Estienne prend trop au sérieux la vantardise des Gascons « qui entrent assez en cholere.. pour faire trembler les Italiens dix pieds dedans le ventre, s'ils Tavoyent si lai^e ^ ». I^s Gascons se ressentaient du voisinage des Espagnols dont ce même Brantôme a noté les rodomontades. Si leur langage était par lui-même « fort soldatesque ^» , leurs campagnes les avaient familiarisés avec le vocabulaire militaire des Italiens. Ce furent ces Gascons de Tarmée qui italianisèrent poiur une bonne part la langue française qu'ils écorchaient déjà naturellement, en y mêlant leurs gasconismes "'. Mais il n'était pas nécessaire d'accuser la poltronnerie des Italiens, pour déclarer que les Français n'avaient pas appris la guerre à Técole de l'Italie ®.
Encore Estienne aurait-il eu meilleure grâce d'avouer que les Italiens avaient été, en partie, nos maîtres de tactique, et notamment leurs ingénieurs, nos maîtres dans la fortification et l'attaque des places. Les traités spéciaux écrits par des Italiens et dont Estienne cite quelques-uns dans sa Précellence^, devaient l'avertir qu'il y avait eu au moins pour ces termes techniques entre nos voisins et nous des échanges réciproques. Mais il s'empresse d'enregistrer
1. Apol.^ I, 366; cf. Dial.y I, 108 et notre 2« partie. 3. Hrantôme, III, 148.