CHAPITRE III
LES ESSAIS POÉTIQUES DE HENRI ESTIENNE SA CRITIQUE LITTÉRAIRE DE LA PLÉIADE
Importance accordée par H. Estienne aux poètes. — Il est resté, quand il écrit en vers, le disciple de Marot. Sans mériter le nom de poète, il a fait cependant preuve de qualités originales : 1° dans la traduction; 2^ dans le g-enre épigrammatique et satirique ; 3° dans les fragments d'un poème sur la Calomnie et surtout dans les sentences morales et religieuses du livre des Prémices.
Les préférences littéraires de Henri Estienne, les jugements qu'il a formulés sur certains écrivains de son temps se rattachent étroitement à sa défense de la langue et de Tesprit français. SU s'est occupé, à Toccasion, de la prose, il a surtout fait porter sa critique sur le style poétique. Jamais peut-être, dans notre histoire littéraire, tout au moins jusqu'à la période romantique, les poètes ne prirent une importance aussi prédominante que dans la seconde moitié du xvi® siècle : c'est alors qu'ils prétendirent exercer sur la langue, par leurs théories et par leurs œuvres, une action qui fut en effet incontestable. Il est donc tout naturel que Henri Estienne, pour soutenir ses propres doctrines, ait pris position sur le terrain où ils étaient placés : là était aussi la lutte des idées et des influences qui se disputaient le goût français.
Avant d'examiner en quoi Henri Estienne se séparait de ceux qu'il appelait les « nouveaux poètes » , c'est-à-dire de la Pléiade, il faut nous rappeler qu'il était le partisan de Clément Marot. Lui-même, dans ce qu'il écrivit en vers, resta jusqu'à la fin du siècle le représentant attardé de l'ancienne école contre laquelle la Pléiade s^était insurgée.
Marot a été le poète de la Réforme * ; de là vient tout d'abord la vive admiration qu'Estienne professe pour celui qu'il nomme encore,