V. notre chapitre 1, p
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conune on le faisait au temps de François P^, <c le plus gentil des premiers poètes François* » ou même absolument « le poète-». Si nous ne sommes pas frappés aujourd'hui par le génie poétique de Marot, prenons garde que les rondeaux ou les epîtres n'occupaient pms aux yeux des contemporains la place principale dans son œuvre : non seulement les réformés, mais ceux qui, en France, dès le règne de François P*", accueillaient Tesprit nouveau, Budé ou Marguerite de Navarre, étaient touchés par la beauté sévère de la traduction des Psaumes : le style « marotique » ne nuisait pas devant eux à la réputation du poète lyrique.
Mais Estienne avait aussi pour goûter Marot et tout Marot des raisons d'ordre purement littéraire : il aimait cet esprit familier et piquant, cette langue aisée et limpide. Et sans doute la facilité de Marot ne va pas sans de la platitude ; sa familiarité, amusante ou gracieuse, se prête mal à Téclat des images, à la force du style. Ces qualités, plutôt négatives, Estienne les appréciait, puisqu'il cite à tout instant Marot et qu'il ne craint pas de l'opposer aux grands poètes de la Pléiade. Est-ce à dire qu'il fût dépourvu de tout sens poétique ? Ce serait aller trop loin, parce qu'en somme le style même de Marot, ce n'est pas tout à fait de la prose, et qu'ensuite Estienne ne s'est pas montré insensible aux vrais mérites d'un talent comme celui de Joachim du Bellay. Si lui-même, en versifiant, a trop montré sa maladresse, et s'il a peu mérité le nom de poète', cependant il a fait preuve, à des titres divers, d'une originalité intéressante.
Ce qu'il a écrit en vers n'a jamais dû être considérable, si nous en jugeons par les pièces aujourd'hui perdues dont La Croix du Maine nous a donné la liste ^. Réduit à ce qui nous est arrivé, cela se divise en trois groupes : 1® les vers traduits du grec et du latin, disséminés un peu partout dans ses ouvrages français; 2^ les pièces satiriques placées en tête des Dialogues du nouveau langage '^^ et ' encore des vers épigrammatiques traduits du latin moderne, ou de sa propre invention dans ï Apologie pour Hérodote ; 3® le début d'un poème sur la Calomnie intercalé dans la Principum monitrix musa ^
1. Apol.f 1, 331. Au XVI* siècle gentil signifiait encore a de bonne race » et par extension, généreux, excellent.