‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 161 sur 533 · Avant 1585. Malherbe ëtait ne en · texte numérisé non relu

Avant 1585. Malherbe ëtait ne en

S. Et que nous a fait mieux connaître Tétude importante de M. Ferdinand Brunot.

3. V. dans le Discours des misères de ce temps (Ronsard, t. VU, p. 31 et suiv.) l'apostrophe adressée à Th. de Bèze et à Calvin. Ronsard dit aux réformés que le paradis est ouvert à tous : argument que les autres pouvaient facilement lui retourner. « Le christ empistolé tout noirci de fumée.. » est sans doute une beUe ima^c )

160 lu ÊSTIENNE ÉCRIVAIN PRANÇAlîi

surgirent des pamphlets où Ton prenait à partie le poète catholique, en s'attaquant à sa personne et à son caractère ^ La querelle alla plus loin : elle devint littéraire. A la gloire déclinante de Ronsard les protestants opposèrent le nom de Guillaume Salluste, seigneur de Du Bartas -.

11 est remarquable que Henri Estienne a partout observé à l'égard de Ronsard une réserve qui a bien été politique. Dans V Apologie et dans les Dialogues le nom de Ronsard n'est pas même prononcé. L'auteur ne nomme que le seul Du Bellay ^. 11 y a cependant dans les Dialogues une allusion assez transparente à Toeuvre de Ronsard : « notez qu^outre les sonnets, ils ont aussi des odes, où il y a des strophes et antistrophes ». Estienne appelle cela pindarizer (en prenant ici le mot dans son sens étymologique) : « en contrefaisant les traits dithyrambiques de Pindare ». Et il confesse qu'il y a « dans certaines odes d'aucuns des poètes qui sont de la Pléiade » « de beaux traits et de belles imitations de Pindare (ormis qu^il ne monte pas si haut, pour descendre tout en un coup si bas, comme eux font quelquefois) ^ ». L'éloge est donc tempéré par la critique. Si nous lisons entre les lignes, nous voyons qu'à Ronsard Estienne préférait Du Bellay auquel il accorde encore cet hommage : « S il me faloit faire le rôle de ceux-ci [que vous distes estre modestement hardis], il seroit le premier ^ ».

Estienne s'en est tenu du moins au silence à l'égard de Ronsard ; il n'est pas allé aux injures ou au dénigrement systématique. 11 n'a pas voulu le nommer dans les Dialogues : c*est qu'il regardait du côté de Genève. 11 n'a pas osé l'oublier dans la Précellence : c'est

mais il est assez naïf de reprocher à Calvin qu il ne soit pas venu chercher en France «• un martyr glorieux ». V. aussi Tanathème lancé contre Genève :

« Une ville est assise es champs Savoysiens ».

C'est lui, Ronsard, qui dans son fanatisme, prêche la guerre religieuse (v. t. VII, 79 et 80).

1. Sur la querelle de Ronsard et les protestants, v. Tédit. Blanchemain, t. VII, p. 84 et suiv. a le Temple de Ronsard » dont Fauteur serait Jacques Grévin, et la réponse de Ronsard « aux injures et calomnies de je ne scay quels prédicantereaux et ministreaux de Genève ». Cf. un article de P. Bonnefon sur Rons&rd ecclésUtUqae {Hist. lia. de la France, 2* année, p. 244).

2. Sur la jalousie de Ronsard à l'égard de Du Bartas, v. Pellissier, p. 377, et sur les sentiments de Du Bartas envers Ronsard, v. Lanusse, p. 162-163.

Page 1