Ibid
4. Ibid.^ 168. Il est bien vrai que ce conseil, jeté en passant, dtait plus i^ros de conséquences qu'il n'en avait Tair : il marque toute la distance qui sépare la doctrine si mesurée et si ferme de H. Estienne des théories aventureuses et irréfléchies de la Pléiade.
5. La Première Sepmaine avait paru en 1579, quelques mois avant la Prëcellence.
6. Plus tard, dans la préface d*un dialo^^ue latin : De hene institaendis gnecœ linyuœ stodiis, publié en 1587 ^V. Renouard, Ànn.j p. 151}, cet aveu lui échappera : «< Ronsard et Du Bellay... qu'il faut placer, surtout le premier, parmi les poètes les plus remarquables... w Mais cette déclaration, un peu sèche, faîte en latin, n'est pas suffisante pour effacer ce qu'il avait dit, ou plutôt pour racheter ce qu'il n'avait pas voulu dire en français. Dans le proéme de Vennemi mortel des Calomniateurs ^ Estienne ^'adressant à Henri III, a écrit ces vers :
Et si le rude chant de ma muse petite D'un prince tant disert Taureille ne mérite, Fay qu'un Ronsard, si bien Vii^ilianizant, L. CLéiiBjrr. — Htnri Estienne, 11
Critiques morales adressées par H. Estienne aux poètes de la Pléiade. Il leur reproche leur paganisme : mots profanés, métaphores impies. — Estienne n'a goûté ni le platonisme ni le mysticisme chrétien de Du Bellay.
Les critiques de Henri Estienne, à les prendre dans leur ensemble, et en laissant pour le moment les points particuliers sur Tusage de la langue, sont de deux sortes : morales^ et celles-là s'adressent à toute TEcole sans distinction ; plus proprement littéraires : si elles tombent surtout sur les disciples ou sur les poètes plus récents, elles n'épargnent pas cependant les maîtres.
Tout d*abord ce qu'il leur a reproché à tous, c'est leur paganisme. Il n'admettait pas que sous le couvert de la fiction on profanât ce qui était l'objet de la croyance et du culte, on méconnût les dogmes chrétiens. C'était à ses yeux un domaine intangible et dont il défendait Taccès jusqu'aux métaphores de la poésie antique. Th. de Bèze ne pensait pas autrement* que Henri Estienne. Leur rigorisme fera peut-être sourire : après tout n'attachaient-ils pas une excessive importance à ce qui n'était le plus souvent chez les poètes et les littérateurs modernes qu'une pure question de forme? Mais prenons garde qu'ils estimaient dangereux et mal séant de séparer ainsi la forme du fond, l'esprit de la lettre ; ils voulaient dans la littérature et dans l'art une sincérité absolue, une concordance exacte de l'expression et de l'idée, de l'émotion et de la crovance : en un mot, ils voulaient une littérature et un art chrétiens. Reconnaissons qu'ils restaient dans leur rôle de réformateurs.
Un Dcsportcs, si bien Ovidianizant,
Soyent par luy commandes de cest œuvre entreprendre...
Kloge en somme très banal et qui met Ronsard à peu prés sur le môme rang que Desportes !
1. Dans la pi*ëface de la 2* édition de ses poésies latines (1569) qu'il adresse à André Dudit, Th. de Bèze dénonce Tengouenient du public pour la poésie « erotique • de J. Du Bellay et de Ronsai*d ; et il déplore les vers amoureux de P. Bembo. Il faut compléter les idées de cette préface avec celle dont Bèze avait fait précéder sa tragédie du Sacrifice d'Abraham, et qui est datée de Lausanne : ce premier d*octobre 1550 (page 187 du volume de 1576, signalé à notre appendice). En confessant déjà ses erreurs de jeunesse, Bèze regrette que n tant de bons esprits en France s'amusent à flatter leurs idoles, c'est à dire leurs seigneurs ou leurs dames... A la vérité il leur seroit mieux séant de chanter un cantique à Dieu que de pétrarquiser un sonnet et faire l'amoureux transi... ou de contrefaire ces fureurs poétiques A l'antique ••
Il y a, dans les Dialogues , une charge à fond contre les « nouveaux » poètes et contre Du Bellay tout le premier, qui vont u jusques à dire : les dieux ^ au lieu de Dieu... lors principalement qu'ils sonnettent, c*est à dire qu'ils escrivent quelque sonnet ^ », ou encore le eîe/, au lieu de dire Dieu ^. « C'était affaire aux païens de parler des dieux : eux du moins témoignaient par là de leur piété. Homère lui-même n a-t-il pas écrit quelque part 656^ et non pas Bsci. Mais si les païens christianisaient déjà en parlant de Dieu, inversement aujourd'hui trop de chrétiens paganisent ^. »
Ce qui l'exaspère, c^est l'abus que les poètes font du mot fortune et du mot nature ^, en imputant à ces forces inconscientes ou à ces abstractions la puissance divine. Dans ses Dialogues il discute longuement, et non parfois sans éloquence, contre l'erreur de ceux qu*il nomme ailleurs^ les naturalistes et les fortunalistes. Et c'est encore à Du Bellay qu'il s'en prend ; car « il fait nature, créatrice au lieu que nous disons Dieu le créateur, quand il dit : toutes les chose» que Nature a créées ^. » Même plainte contre le rôle attribué à la Fortune dans les affaires humaines « comme sUl ne falet plus parler de la providence de Dieu^». Aujourd'hui « Madame Fortune... trotte beaucoup plus par les bouches poétiques» qu'autrefois; ic car ils disent : un tel a le vent de Fortune en pouppe » etc.^; ou au contraire « quand elle les a faschez, il semble qu'ils la vueillent foudroyer d'iIl)^res ' ». Dans ses Prémices ^ s'il reconnaît que nos Français ont écrit des poésies « dont aucunes peuvent estre parangonnees aux Greques et Latines, quant à ce qui constitue