Ibid.j 340. Regrets XLIII, vers souligne
Critiques littéraires : le pindarisme et les traits dithyrambiques. — Les reproches de Henri Esticnne tombent encore, quoique inégalement, sur tous les poètes de l'École. — Nouveaux procédés de style; mots rapprochés, antithèses, allitérations. — Sans éviter toujours rafTectation ou le prosaïsme, Du Bellay a gardé le plus souvent une juste mesure, notamment dans l'emploi des images. — Fureurs lyriques ou tragiques de Ronsaixl, de Bertrand Borgier et de Jodelle, raillées par H. Estienne. — Exemples de métaphores outrées, tirées d'écrivains en prose.
Par un certain côté, ces critiques morales se ramènent à une question plus proprement littéraire, ou, ce qui revient au même, à une question de goût : de l'emploi de la métaphore dans le style poétique.
L'abus de la métaphore, l'outrance ou Tétrangeté des images et des comparaisons, c'est ce qu'Estienne nomme le />iWamme^, ou encore les traits dithyrambiques y la manie de dithyrambiser -,
En cherchant à imiter Pindare et le lyrisme grec, Ronsard avait réveillé ou provoqué ces termes qui servirent à condamner sa tentative; mais ils avaient pris aussi dans la langue littéraire le sens plus étendu et tout aussi défavorable où Estienne s'empresse de les accueillir 3. Ce langage « par trop affecté, et tel qu'on le peut bien aussi appeler aifetté », c'est pour lui du pindarisme , et cela
1. Ou plus exactement pindkriztr : car Estienne n'emploie pas le substantif, qui était cependant connu au xvi* siècle ; Vigenère s'en est servi, en 1578 (cité par Del* boalle, Revue (THUi. litt. de U France^ 4* année, n« 2, p. 283 et suiv.). Pindariser n*a été créé ni par Ronsard, ni par Rabelais ; on le lit déjà dans Octovicn de Sainct- Gelays (v. Delboulle, ibid.) 3. Dithyrëmbe est dans Rabelais ; dithyrambique dans Baîf (v. le Dict, général), 3. Nous avons vu plus haut que H. Estienne avait pris ces termes au sens propre, en les appliquant à Ronsard qui avait dit lui-mômc « Le premier de France j*ay pindarisë ■. (Rons., II, 135.) « Je ne di pas pindarizer, comme on pindarize en une cour de parlement, mais en contrefaisant les traits dithyrambiques de Pindare •. [Dial.^ II, 154.1 Cf. le dictionnaire français-latin (1549) : « pindarizer en opinant, tinnule censere et disserere in rébus judicandis.. loqui cum faslu, voceque plausum captanti et vibranti. • Cest ici le débit affecté, la déclamation. H. Estienne applique ailleurs le mot A ceux qui prononcent avec affectation les lettres qui ne doivent pas être entendues [Hyp,^ p. 2; cf. Lat, «usp., 86). Dans les Dialogues^ pindarizer se rapporte plus particulièrement aux mots da langage A la mode, dithyrambiser aux figures poéticfues. Cf. da Lipùi Lat.^ p. 72 : « dithyrambicum loquendi genus » ; c'est le langage métaphorique. V. encore ApoL^ I, 33, et DiaL, II, 207. Cf., II, 125.
HiH n. EsTiEsyE Ëoin-ALx fbixçais
d'ailli^uni ne reocontre tout autaot dans la prose que dans les V(.TN. dans la conversation non moins que dans le style '.
Dr c'ost là le ftftond repnxhe que Henri Estienne adresse avec une extrême vivacité aux poètes de la Pléiade, et ce qu'il a dit d'autre part n'empêche pas fpie cette critique ne tombe sur eux touK, quoique inégalement : sur ceux qui sont « modestement hardis " ou qui le sont " estrangement " ». Reste à savoir jusqu'à quel point elle est justifiée.
Mais pourquoi donc Henri Estienne, après avoir désigné assez clairement Ilonsard et fait ime exception honorable en faveur de J. Du Bellay, n'a-l-il pas, en cette occasion, donné d'autres noms? Il n'a pas même cité de vers, ce qui nous eût laissé quelque chance de reli^ouver les poètes qu'il avait en même temps visés. Le fait est qu'il s'est borné i» signaler des mots détachés, des expressions ou des tournures qui se rencontrent un peu partout chez les poètes de l'École, Au fond, en reconnaissant « qu'il y a grande différence des uns aux autres i> — ce qui est parfaitement juste — il n'entendait qu'une différence de degré dans la hardiesse... et danale/ïi/K/amme''. Mais en pareille matière la mesure, le choix judicieux et délicat de l'expression figurée, n'est-ce pas tout l'essentiel?
Il est cependant vrai que le mauvais goût dont se plaignait Ksliennc avait laissé des traces assez marquées chez Uonsard et chez Du Bellay avant de s'étaler dans les vers de leurs imitateurs : Miiclou (le la Huye, Estienne Forcadel, Olivier de Magny. A. de Bnïf, Jodelle, Itcmy Bollcau et Desportes, pour citer au hasard ces noms entre cinquante autres, parmi les poètes français de la seconde moitié du xvi° siècle *. Mais puisqu'Estienne s'est dispensé de désigner expressément aucun d'entre eux, il ne nous reste qu'à suivre son exemple, pour cette unique raison, c'est que sa critique H'(q}pliquant ù tous, notre recherche ne serait pas seulement à peu près impossible : elle devient parfaitement inutile.
Voici, par exempte, une tournure, qui, si nous l'en croyons, citraetéri.se tout ii fait leur manière ^.'Estienne l'a toujours au bout
I. /)iji(.. Il, lîJ. Aussi Im ft'innic-s sVn mtloni : ce sont ■ lespindariiantcsa . Dial., Il, S»i, a. 1. IStI 70.