Ibid., 323, « 0S& sa », transcrit en marge (Regrets, x
CRiTiQtË LITTÉRAIRE DE LA PLÉIADE 173
ses ne lui sont pas tellement habituels et intimes que nous devions les prendre comme caractéristiques de son style. Tout au contraire, si le poète des Regrets réussit aujourd'hui à nous plaire et à nous toucher, et si son vers vibre encore dans sa grâce mélancolique, n est-ce pas qu'il a su se tenir entre ces deux écueils où tant d'autres de son temps sont venus s'échouer? Reprenons le mot d'Estienne : il était modestement hardi^ il ne s'est pas élevé jusqu'aux témérités de Tode pindarique, mais aussi n'est-il pas tombé d'aussi haut que l'autre! C'est particulièrement dans l'emploi des images que ce tempérament lui a réussi.
Nous en donnerons quelques exemples parmi ceux mêmes que la lecture d'Es tienne nous a désignés. L'annotation du volume de Lyon confirme encore ici l'éloge porté dans les Dialogues^ elle appuie cependant sur la critique d'une façon très sensible, et elle nous fait voir que la hardiesse du style même la plus modérée l'effrayait encore.
11 semble qu'il n'aime pas, en général, la personniflcation de termes abstraits, ou l'union d'un terme concret et d'un abstrait. Par exemple, il a souligné plusieurs fois et transcrit en marge l'expression de soucis mordans^ ou de soucis cuisans qu'il retrouvait cependant en latin *, ou encore : « le souci me dévore- «, métaphores devenues familières à la langue poétique, mais qui étaient encore assez neuves au xvi® siècle pour qu'Estienne les ait notées, ce qui ne veut pas dire que nous ne puissions les rencontrer avant cette époque : « ore me dist vostre boche Les foies paroles cuisanz « Roman de Renart ^). Mais l'image devient forcément outrée et elle nous blesse comme Estienne, quand la translation du terme abstrait est poussée jusqu'à la comparaison :
Me sentant le soucy qui me presse le dos ^...
Et son heureuse main cet heur n'aura jamais
De reprendre aux cheveux la fortune de France ^.
Ce sont là de ces métaphores « enragées » que Henri Estienne reprochera à d'autres écrivains, mais dont il faut reconnaître que
1. Vol. de Lyon 610 {M^rty-Lav., II, 32). Cf. vol. de Lyon, 197 [Marty-Lav., I, 193;, où celte note marginale « mordaces solicitudines, alibi soucis cuisans ». Même note, ibid.^ p. 211.