‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 176 sur 533 · Ibid.f 361. RegreU, lxxxvi · texte numérisé non relu

Ibid.f 361. RegreU, lxxxvi

5. Cf. ibid., p. 353, sonnet lxxiii ; p. 354, lxxii ; p. 361, lxxxv, etc.

vates 1 ». Il avait lu la pièce où Du Bellay célébrait « la fureur Apollinée » du poète dithyrambique qu'il se gardait d'ailleurs d'imiter. Et cet éloge, à coup sûr très sincère, n'en devenait pas moins une satire involontaire :

Tu ne sçais que c'est de mesures,

D'apostrophes, ny de césures,

Xy de ces préceptes divers

Qui monstrent à faire des vers...

Premier tu feis des dithyrambes,

Lesquels n'avoyent ni pieds ni jambes *.

Quant à d autres, « moins furibonds, leur langage s'en va à Tesgaree, voire court à travers les champs à bride avalée, et rompant toutes les barrières de propriété, ou sautant par dessus^ ». « Ils appliquent, dit-il encore, plusieurs figures en des lieux où on n'avet pas accoustumé les appliquer et spécialement des métaphores qui sont fort hardies, voire aucunes que vous oseriez appeler enragées * ». Nous en sommes réduits à exprimer ici le même regret que plus haut, c'est qu'Estienne, dans ce passage des Dialogues, n'apporte aucun exemple à l'appui de sa critique.

De ces métaphores enragées, il nous donne, il est vrai, quelques spécimens, mais qu'il a été chercher dans des écrivains en prose : « estant emporté en poste par le vent de son ambition^ » imagée assez incohérente, comme il le fait observer^; « ils ne vivent que de la moelle quils ont tirée de nos povres o«, et du sang quils ont succé de nos veines^ « je diray que ces façons de parler sont trop tragiques pour ime prose ^ ». Et voici qui est d^un galimatias préten-

1. Diai.y II, 168. Les mots de furibunde et de /'nrî6iinderqinis afTectaient et qu'Estienne leur retourne ont d'ailleurs été employas par Du Bellay, dans la trad. du 3* livre de ÏÉnéide (v. note de Rist.); mais la traduction de l'^'n^ide n'a pas été lue par Ëstienne dans le volume de Lyon, ou du moins elle ne porte aucune trace de lecture (à part Vépitre à Jeun Morel). Dans sa préface d'Abraham sacrifUnt^ Th. de Bèze avait aussi protesté contre les audaces lyriques de la Pléiade, en déclarant qu'il employait dans sa tragédie un style simple, sans user de « strophes, antistrophes, epirrhemes, parechases, [sic pour parecbaseSj digressions?] ni autres tels mots, qui ne servent que d'espouvanter les simples gens ». Le ton du prologue d'Abraham est délibérément populaire. On dirait d'un « mistère ».

2. Vol. de Lyon, 533-534 {Jeux rustiques^ etc., p. '104 et 105). Voyez aussi les vei*s sur ce M Démon de Jodelle » qui « nVaguillonne, m'espoingt, m*espovantc, m'atToUe ». Ibid., p. 392. [Regrets, clvi.)

3. Dial.y II, 168. « Ta muse de fureur guidée Volant à course débridée, » dit encore Du Bellay A Bergier. Ëstienne a écrit en marge : « durius; hoc est pour à bride avalée, » Vol. de Lyon, 534.

Page 1