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CRITIQUE LlîTÉRAIRE DE LA PLÉIADE i77
lieux : <c Je me pris à fantasier en mon lict, et mouvoir la roue de ma mémoire* » ; ou encore « cela sera pour me faire entrer au paradis de mes désirs^ ».
Ces phrases sentent Temphase italienne. Il y a des métaphores de même calibre dans le recueil de François de Belleforest^, ou dans les lettres d'Estienne du Tronchet <( j^ay plus besoin des freins de votre prudence que des espérons de vostre désir * » . C'est déjà, dans le style de la prose, comme chez les poètes ou dans le langage des courtisans, la préciosité qui se fait jour sous Tabus de la métaphore.
En résumé le mauvais goût reproché par H. Esticnne à la Pléiade dérive de ces deux sources : le lyrisme grec, mal compris, et le pétrarchisme dégénéré. — L^injustice d*Ëstionne a été de confondre dans une même réprobation les versificateurs de cour et les grands poètes de TÉcole. — Les observations techniques qu*il a faites sur la versification de Du Bellay complètent sa critique littéraire.
Le mauvais goût dont Henri Estienne accusait les « nouveaux poètes » dérivait de ces deux sources : le lyrisme grec, mal compris, et trop étranger par sa nature à T esprit français, et le pétrarchisme plus ou moins dégénéré.
I^s faiseurs de sonnets avaient pris Thabitude de parler une langue de convention, un jargon où s'entre-croisaient les fers qui retiennent le cœur captif, les flammes qui l'incendient, les flèches qui le percent, où les yeux sont fascinés par V image adorée, où les tresses blondes sont encore d'autres liens de l'Amour, etc. C'était là le mauvais pétrarchisme où se complaisaient les poètes italiens du cinquecento : les Bembo, les Délia Casa, les F. Molza ; mais n'y a-t-il pas de ce mauvais goût, tout au moins pareil raffinement du sentiment, pareille préciosité de l'expression chez Pétrarque tout le premier? Où tous, Italiens et Français, ont-ils été prendre ces images et ces formules, si ce n'est dans les sonnets à Laure?
1. Dîal., 11, 127. Cette phrase se lit, coninie l'a remarque^ M. Hrunot \Ui$i. de la langue et de la litt. fr., 24* fascicule, p. 16\ au début du Cbtimfleitry de (feofriiy Torj% 1529 (feuillet i). Cet tVrivain, en s'en prenant justement aux pUisanleurs comme aux eêcumears de latin et aux jargonneiirs, tombait donc lui-môme dans le »t}ie prétentieux qu'il reprochait aux autres !