V. plus haut, p. 130, note
(. IMtres mi99ives et familières. Ed. de 1j'5, f» 13. {!'* édition en 1569.) L. CLéiiBsrT. — Henri Estienne. 12
Il est trop certain que dans VOlive ces métaphores traditionnelles abondent. Estienne aurait pu les relever aussi chez Ronsard, où elles abondent encore plus nombreuses dans les Amours^. Mais Estienne Tignorait-il? le pétrarchisme avait commencé en France longtemps avant Ronsard. Sans en retracer l'histoire, rappelons seulement qu'il s'était associé chez nous, de bonne heure, à Tesprit de cour : il en fut la manifestation littéraire. Le prototype du poète courtisan tel que Du Bellay lui-même l'a dépeint, a été, avant Mellin, Octovian de Sainct-Gelavs *. Henri Estienne accuse vivement les poètes de son temps d'être « presque tous courtisans 3 » ; et sans doute il avait sous les yeux une troisième épreuve du poète courtisan : Desportes... avec quelques autres. Les Rencontres des muses de France et d'Italie nous ont appris où Tabbé de Tiron allait chercher son inspiration et sa copie ^. Mais Tillusion de Henri Estienne a été de s^en prendre directement à la Pléiade d^un goût et d'une imitation qu'elle n'avait ni inventés ni mis à la mode, et sa grande injustice a été de confondre dans une même réprobation les petits ou les médiocres littérateurs de cour et un vrai poète tel que Ronsard.
Il est vrai que celui-là n'avait que trop prêté à sa critique, en écrivant tant de pièces sur commande, tant de madrigaux, de cartels et de pastorales; en déguisant en pasteurs de Sannazar Henri II, ou Charles IX, ou le duc d'Anjou, en transformant Catherine de Médicis en une douce bergère. Encore avait-il mis dans ces jeux et dans ces machines une certaine grâce. Mais n'y avait-il que du mauvais pétrarchisme dans l'œuvre de Ronsard, et même dans les sonnets où il imitait Pétrarque : dans les Amours de Cassandre^ dans les Amours de- Marie ^ et dans les sonnets à Hélène? Ronsard ne s'était-il pas, tout le premier, aperçu de ce qu'il y avait de fâcheux pour son génie de se mettre à la remorque des poètes italiens? N'avait-il pas arrêté, dans la voie de l'imitation, le zèle indiscret de ses disciples^? La meilleure satire qui ait été faite du pétrarchisme se trouve chez Du Bellay. Estienne pouvait se rap-