‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 185 sur 533 · Préface de la Franciade, t. III, p · texte numérisé non relu

Préface de la Franciade, t. III, p

LA précrllence: du langage français 187

que de truchement à Tétranger. Encore y suffit>il d'ua « bon gros latin ' ». Elle revivait tout au moins dans les écrits d*un J. Scali* ger, ou dans les vers élégiaques d'un Jean Second et d'un Passerat. Ce gros latin lui-même, bon dans les hôtelleries, ou ce latin scolastique des clercs et des juristes était encore assez puissant pour ne pas se rendre à la première sommation. Il semble qu'en Taccablant de son mépris, Ronsard a trop vite cru à sa défaite : elle ne devait pas être Toeuvre d'un seul jour et d'un seul combat ; pour l'achever il fallait aussi des armes mieux aiguisées, une tactique plus savante et plus enveloppante que nous trouvons précisément chez Estienne. Au fond, ces poètes , par le désir même qu'ils avaient d'égaler les grands écrivains classiques, appréciaient mal les ressources naturelles de la langue française. Ils s'en prenaient de son infériorité (qu'ils reconnaissaient donc!) à l'inexpérience de ceux qui les avaient précédés. Ils comptaient moins sur son génie propre, que sur les richesses nouvelles que leur faculté créatrice saurait lui apporter. Du Bellay disait bien que « si nostre langue n'est sf copieuse et riche que la Greque, ou Latine, cela ne doit estre imputé au défaut d'icelle, comme si d'elle mesme elle ne pouvoit jamais estre si non pauvre et stérile ». Mais il ajoutait : « bien on le doit attribuer k l'ignorance de notz maieurs... - ». Entendez : l'ayant reçue pauvre et stérile^ nous saurons l'enrichir et l'accroître. Ronsard pensait de même, et il avouait que notre langue :

... est manque, et faut de Taction Pour la conduire à sa perfection '.

Après eux, Montaigne sera plus explicite encore. Il trouvera « en nostre langage assez d'estoffe, mais un peu faute de façon », c'est-àdire manque de souplesse et d'expression. Il dira même que le français « succombe ordinairement à une puissante conception » et « qu'à son défaut le latin se présente au secours, etle grec à d'autres » *. Montaigne avait cependant rendu des services à la prose française qu'il avait essayé « d'estireret de ployer m. C'est en cela que Henri Estienne va plus loin que Ronsard , Du Bellay et Montaigne ; il croit, lui, sans restriction à l'excellence de la langue française.

C'est que d'abord il distingue plus nettement que les autres entre

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