‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 186 sur 533 · Montaifi^e, Eêsaiêy livre m, chap · texte numérisé non relu

Montaifi^e, Eêsaiêy livre m, chap

la langue qui est rinstrument, et Téloquence, a le bien dire » (ou comme nous dirions, le style) qui en est comme la résonance qu'en sait tirer Técrivain. « Un bon ouvrier fait d*autant meilleur ouvrage qu'il ha meilleur instrument * ». Estienne n'avance pas avec la témérité de Ronsard que l'ouvrier fait lui-même son instrument. Il dit simplement : « nostre langue françoise surmonte toutes les vulgaires » donc : a nostre nation a un plus grand preparatif à l'éloquence qu'aucune des autres ^. » Il ne s'en prend pas non plus à l'ignorance de ceux qui ont les premiers manié la langue. A supposer qu'ils aient manqué d' « éloquence » (nous savons qu'Estienne goûtait le style des vieux romans), c'est le génie qui leur a fait défaut, ce n'est pas la langue qu'il est loin d'accuser de pauvreté et de stérilité. Comme l'avait fait Ronsard, mais avec un sens plus sûr de la tradition, il reprendra au trésor des vieux mots tout ce que les exigences de la langue moderne lui permettront de conserver. Mais c'est précisément parce qu'il ne commet pas cette confusion entre la langue et le style qui a été la grosse erreur de Ronsard, c'est pour cette raison que Henri Estienne a mieux su discerner les qualités originales de la langue française. Aussi va-t-il plus loin, cette fois, que la Pléiade elle-même et que Montaigne : il l'égale hardiment à la langue latine, il la trouve même par certains côtés supérieure. C'est la conclusion à laquelle l'amène sa thèse de la Conformité du grec avec le français, La connaissance approfondie qu41 avait des deux langues classiques l'a de plus admirablement servi ; le latin lui-même lui a fourni des arguments en faveur de la langue vulgaire : en démontrant leur conformité, il a prouvé que celle-ci avait les qualités requises pour devenir elle aussi une langue savante et littéraire.

S'il fallait chercher, au commencement du siècle, un homme qui ait été à la fois, comme Henri Estienne, un des représentants de l'humanisme et un défenseur éclairé et autorisé de la langue nationale, nous nommerions Claude de Seyssel. On ajustement signalé l'importance de la préface écrite en 1510 par l'évéque de Marseille, en tête de la traduction de Justin,. pré face qu'il adressa à Louis XII 3. En exposant son projet « d'enrichir et publier » la langue française, Claude de Seyssel essaye de montrer au roi que la langue nationale sera dans ses mains un puissant instrument de politique, et que ses

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