‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 187 sur 533 · LA PRÉCELLENCE DU LANGAGE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LA PRÉCELLENCE DU LANGAGE FRANÇAIS

progrès contribueront à aflFermir notre influence à Tétranger. Nous ne retrouvons pas chez Estienne, aussi formellement exprimée, cette idée si neuve pour l'époque et qui devait surtout faire son chemin au siècle suivant. Mais ne s'est-il pas, lui aussi, et très directement, adressé au roi de France, pour lui demander, en faveur de la langue nationale, une sorte de consécration oflicielle? Qu*il plaise au roi de « considérer de quelle importance est ceste entreprise pour Thonneur de son royaume ^. . . » Henri III ne voudra pas faire moins que son aïeul c< le grand roi François », auquel on peut donner « ce los qu'il a esté le premier qui a mis nostre langage comme hors de page ^ » ; allusion évidente à Tordonnance de Villers-Cotterets ^, qui imposait Tusage exclusif du français aux arrêts des cours de justice, et en faisait ainsi la langue de Tbtat. Estienne signale parmi les richesses de la langue « les termes appartenans au faict de la justice... ceux dont usent les cours de parlement, et qui sont nécessaires pour rapporter leur procédure à Tancienne jurisprudence : en ce à quoy la coustume n*a desjà pourveu... Ces termes sont tels que la langue latine mesmement se trouve fort empeschee à en dire autant en un mot ». Notre langage est aussi, plus que les autres, propre ce aux affaires d*Estat » : les plus grands négociateurs italiens « se trouveroyent bien empeschez, quand il leur faudroit en leurs despeches user de façons de parler non moins succinctes que graves, non moins claires que succinctes, et telles... qu'on les voit aujourd'huy sortir de la plume de messieurs les secrétaires dEstat. » Aussi notre langage « na ainsi besoin des autres vulgaires^ comme eux ont liesoin de luy ^ ». Estienne a donc, lui aussi, jeté un regard, au delà de nos -frontières. Il a m^me entrevu l'avenir : le français devenant le langage de la diplomatie et de la politique.

A vrai dire, cette idée d'une langue nationale et politique, étendant à tous ses bienfaits, n'avait jamais occupé les théoriciens

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