‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 188 sur 533 · Ibid.^ p · texte numérisé non relu

Ibid.^ p

3. Feuçère renvoie à Pasquier. Recherches, VII, 5. « François I*' de ce nom qui fut reftUurat€ur des bonnes lettres, et son exemple excita une infinité de bons esprits à bien faire, mesmes au subject de la poésie françoisc. a Mais Ksticnne parle expn^ssément du langage, et les termes dont il se sert ne peuvent s'appliquer qu'A Tortlonoance de ViUers^otterets ( 10 août 1539).

4. PrécelL^ p. 153-154. Il est assez piquant d'ailleurs pour qui se rappelle les critiques •dressées par Estienne dans les Dialogues au style de Messieurs les secrétaires d'Kstat, de rencontrer cet éloge. La contradiction est flagrante ! Mais nous avons vu qu'en effet sur plusieurs points Estienne avait eu soin d'oublier en 1579 ce qu'il avait écrit co 1577.

190 H. ESTIKNNE ÉCRIVAIN FRANÇAIS

de la Pléiade L Ceux-ci n'avaient en tête que la pure littérature, et tout particulièrement la poésie ; tout au contraire, ils méprisaient le vulgaire, et ils déclaraient que les conceptions des poètes devaient nécessairement échapper à la foule : de là le grand effort de Honsard et de ses disciples pour se créer avec les éléments les plus divers une langue personnelle, capable d^exprimer leur idéal, absolument distincte du langage commun ^. Grammairiens par occasion, ou plutôt par nécessité, ces grands poètes ont traité la langue comme une œuvre d'art et ils lui ont imprimé un caractère très aristocratique et trop souvent factice. C'est dire assez que Henri Estienne n'a pas été leur disciple.

Lui songe bien aussi à la poésie et il ne manque pas de signaler les ressources qu'elle peut tirer du fonds même de notre langue. Mais en opposant le français à l'italien, en le comparant au grec et au latin, il élargit le débat : il pense à tous les services que le français est capable de rendre. Il veut bien qu'il serve aux poètes comme aux négociateurs, aux historiens comme aux orateurs, mais à la condition qu'il reste la langue de tous. Le langage est V instrument dont les hommes usent pour s^entrexposer leurs conceptions -^ définition bien simple, et qui témoigne d'un esprit pratique : a et « adjousteray, que mon intention n'est pas de monstrer seulement « que le langage françois est plus capable d'éloquence, ou capable « de plus grande éloquence que les autres, quand il est question a de haranguer; mais que généralement, en toutes choses esquelles « on s'en veut servir, on y trouve des commodités beaucoup plus « grandes * ».

Telle est la position vraiment originale que Henri Estienne a su prendre dans la grande lutte du latin et des langues modernes, ou, plus particulièrement, dans la lutte du latin et du français^. 11 n*a

1. (IcKe idée est restée étrangère à la plupart des hiimanUtes duxvi* siècle. Dans In préface de son édition de Tércnce ^155j\ Muret reconnaît aux langiies modernes le droit à la poésie, mais non à Téloqucnce; comme le remarque M. Dejob, il partage le préjugé de son temps contre la prose vulgaire (Dejob, Afurcf, p. 103). Guillaume Budc pensait absolument de même (V. notre chapitre suivant).

2. V. entre autres passages de Ronsard, dans VAbrégé de l'Art poétique, t. VII, p. 33ri. «< Et n'auras soucy de ce que le vulgaire dira de toy, d'autant que les poètes, comme les plus hardis, ont les premiei's forgé et composé les mots. lesqueU, pour estre beaux et significatifs, ont passé par la bouche des orateurs et du vulgaire, puis finalement ont esté receus, louex, et admii*cz d'un chacun ».

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