‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 196 sur 533 · Précell.^ p · texte numérisé non relu

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2. Esiienne nous renvoie à ce traite latin dans se» Hypomne/te», et de même dan» le De UtiniUle faUo $tt$pecta, il cite la Conformité»

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l'auteur avait placées dans la Conformité. Mais dans la préface de cette grammaire française écrite en latin, Estienne est revenu sur les idées générales qu'il avait émises dans ses ouvrages antérieurs. A vrai dire, il n'a jamais écrit que des essais fragmentaires, ou comme il le dit « des projets » d'un ouvrage plus considérable qui devait être la synthèse de ses recherches et- en même temps le plaidoyer déGnitif en faveur de la langue française. Ce monument n'a pas été édifié ; nous en avons du moins les pierres d'attente ; disons plus : certaines parties d'une construction assez avancée pour nous donner l'idée de Tensemble. La chronologie de ses ouvrages nous indique l'ordre même des arguments que notre auteur a successivement présentés et qu'il a tous reproduits (quoique avec un développement inégal) dans son livre de 1579. Trois thèses tendent à démontrer la « précellence » du français, par une triple comparaison : 1® avec le grec, 2® aVec le latin, 3** avec l'italien.

La conformité du français avec le grec, (V. le traité de 156b et cf. la préface du Thésaurus grsBcœ linguœ de 1572.) — Le grec, canon des langues; raisonnement pour prouver la supériorité du français non seulement sur les autres langues modernes, mais même sur le latin. — Comparaison chimérique des deux langues classiques et du français, sous le rapport de Vharmonie et de la richesse. — Le français plus propre que le latin à traduire le grec. — Le Plutarque d'Amyot; H. Estienne traducteur des Grecs. — Théorie trop vague sur la brièveté. — Intérêt littéraire et historique de cette première thèse.

Estienne fait un raisonnement en forme : 1® le grec est la langue la plus parfaite ^ ; 2** le français se rapproche du grec plus que de toutes les autres langues ; 3® donc le français est supérieur aux autres langues. — Il est amené par ce syllogisme à mettre le français au-dessus du latin. C'est peut-être ce qu'on n'a pas assez

1. « La roine des langues ». V. Préface de la Conformité, p. 18. Même syUogisme dans la Précellence, p. 35, et dans les Dialogues, t. II, p. 333. Cf. ApoL, I, 75 : « la langue grecque qui est la plus riche et la plus abondante de toutes celles qui ont esté et qui sont... >» Estienne, comme il le dit lui-même dans la préface de sa Conformité, avait déjà présenté Targument dans « une epistre latine mise l'an passé au devant de quelques siens dialogues grecs » et publiés avec les Colloques de Mathurin Cordicr(V., dans notre bibliographie, la note sur la date de la Conformité). Mais Estienne allait un peu loin quand il prétendait dans cette épttre que les Français, par cela même qu'ils étaient nés Français, étaient plus capables que d'autres de pénétrer le génie de la langue grecque !

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remarque, mais ce qu'il dit formellement : « il me sembloit que je pouvois faire seurement ma conclusion que [le langage françois] méritoii de tenir le second lieu entre tous les langages qui ont jamais esté, et le premier entre ceux qui sont aujourdhuy * ». Les qualités du grec, qui sont, à son avis, celles d'un langage parfait, V harmonie et la richesse^ Estienne les retrouve à un plus haut degré dans le français que dans le latin.

II est assez malaisé de décider de l'harmonie d'une langue vivante : l'oreille de chacun, s'étant habituée aux sons de sa langue maternelle, jugera toujours les sons d'une autre langue plus ou moins « étranges ». A plus forte raison devons-nous renoncer à savoir ce qu'était l'harmonie d'une langue morte. Les débats sur la prononciation du grec ont divisé les hellénistes du xvi" siècle : la prononciation factice pour laquelle tenait Érasme a triomphé. Il est assez plaisant d^entendre Henri Estienne, qui en était le partisan ^, déclarer « la prononciation du grec plus aisée, sans comparaison, que celle d'aucim autre, contentant l'ouye par sa doulceur, et la remplissant aussi par sa véhémence où il est besoin ^ ». Accordons qu'il soit possible, à la rigueur, et en éliminant cet élément subjectif qui tient à l'accoutumance, de comparer les sons de langues différentes, comme on ferait des sons proprement musicaux : est-il sûr que le français soit plus sonore, ou plus doux, ou moins sourd que ne l'était le latin? Estienne était d^autant moins propre à donner ici une solution qu'avec les grammairiens de son temps il négligeait entièrement l'élément le plus important de ce problème de Tharmonié : l'accent tonique^.

En estimant la langue française plus riche que la latine ^, Estienne a plus facilement raison. Les Latins se plaignaient eux-mêmes de la pauvreté de leur langue : « propter egestatem linguœ ® » et ils enviaient les ressources du grec dont aussi bien ils surent tirer parti.

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