‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 198 sur 533 · V. Locréce · texte numérisé non relu

V. Locréce

Mais rhommage singulier qu'un helléniste comme Henri Esiienne accorde au français, c'est qu'il le met, sur ce chapitre de la richesse, en comparaison avec le grec ^ Le parallèle qu'il établit est évidemment forcé, et le fonds purement indigène de notre idiome, même accru pour les besoins de la cause de mots archaïques et dialectaux, restait au xvi® siècle encore au-dessous du trésor de la langue d'Homère et de Platon. C'est, il est vrai, moins par la pénurie de ses mots que par la gêne de ses tournures, par le manque de ses locutions, « façons de parler », proverbes et métaphores, que le latin classique lui parait inférieur au français. Le don de l'expression vive et originale, possédé par le grec, faisait défaut au latin : il se montre dans le français. Seul entre tous les Latins, Horace est Fauteur qui « s'est le plus et le mieulx aidé des façons de parler grecques ^ ». Estienne l'a lu tout jeune, et c'est par lui qu'il a commencé à apprendre la langue latine ; mais il avait « esté auparavant instruit es lettres grecques ». Notons ici combien la méthode d'enseignement tout à fait personnelle à laquelle Henri Estienne a été soumise, s'est reflétée dans sa doctrine : il a appris le grec avant le latin, et en même temps qu'il parlait français ; c'est donc au grec qu'instinctivement d'abord, et systématiquement plus tard, il a ramené sa langue maternelle ^.

Mais Henri Estienne a fait plus : il a donné place à la langue française dans ce Thésaurus grascas linffuœ qui était l'œuvre capitale de sa carrière de savant, et qui s'adressait cependant aussi bien « aux peuples étrangers » qu'à ses compatriotes* œuvre interna* tionale offerte à tous les amis de l'hellénisme. Dans la préface du Thésaurus il a osé déclarer encore l'insuffisance du latin, à l'égard de tant d'expressions grecques, qui, au contraire, u revivent dans le français ». Dans une foule de cas, le latin lui ayant manqué, c'est au français qu'il a recouru ^. Témoignage d'autant plus important par le retentissement que la publication du Thésaurus lui a certainement valu.

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