AVERTISSEMENT IX
M. H. Aubert, et de M. Louis Dufour-Vernes, Directeur des Archives dÉUt.
On sait combien il est parfois malaisé de saisir Henri Estienne au milieu de ses pérégrinations multiples. Or, l'examen minutieux de dates qui sembleraient indifférentes à Tétude littéraire de son œuvre sert précisément à en expliquer Thistoire. Sous ce rapport, les vingt-sept lettres latines adressées par H. Estienne au savant médecin Crato de Graftheim, et qni ont été publiées, il y a déjà longtemps, par Térudit Passow, nous ont été très utiles. Passow a écrit aussi une vie d'Estienne, fort judicieuse dans sa condensation. Rappelons encore la substantielle notice que A. F. Didot a consacrée à notre auteur, et enfin le livre, devenu classique en France, que Léon Feugère a modestement intitulé : « Essai sur la vie et les ouvrages de Henri Estienne ». Feugère a donné de l'humaniste et de Técrivain français une idée d'ensemble qui généralement reste juste, quoiqu*elle s'arrête trop peut-être à la surface de Tœuvre. Mais, en somme, il a bien fait ce qu'il a voulu faire ; nous préférons nous en tenir à cet hommage plutôt que de nous prévaloir trop facilement des lacunes de son travail et des erreurs philologiques où dans ses éditions de la Conformité et de la Précellence il est tombé après Estienne.
Ce sont ces deux volumes publiés par L. Feugère chez J. Delalain que nous citons avec, pour V Apologie et pour les Dialogues ^ les deux éditions de M. P. Ristelhuber. Il a paru, en mai 1896, une nouvelle édition de la Précellence^ annotée par M. Ed. Huguet; nous avons lu avec toute Tattention qu'elles méritaient, et ces notes et la préface signée de M. Petit de Julleville. — Les recherches philologiques de H. Estienne sur la langue française ont été, en 1895, la matière d'une dissertation, écrite en allemand, par M. Hans Dieterle. Nous tenons à mentionner ici cet opuscule auquel nous ne devons rien, mais dont nous reconnaissons les sérieuses qualités.
On nous permettra de dire qu'après tant de travaux divers sur Henri Estienne, il restait à faire ce que nous avons essayé : une étude complète sur cette œuvre française, en la mettant dans son milieu historique et à la pUoe qu*qlle méritait ; en montrant les idées essentielles qui en dominent le détail varié et touffu, la pensée généreuse qui en fait l'unité, c'est-à-dire la défense de la langue et des traditions nationales. Il est vrai qu'Estienne a touché à beaucoup de questions de littérature et de grammaire, à la plupart de celles qui ont passionné son temps. Pour notre part, craignant d'être débordé par l'ampleur du sujet et mesurant nos forces, nous avons pris les critiques et la doctrine de notre grammairien comme