‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 200 sur 533 · LE FRANÇAIS ET LE GREC · texte numérisé non relu

LE FRANÇAIS ET LE GREC

L^ « avocat d'Hérodote » estimait « qu'il n'y a auteur grec... qui s accorde si bien avec nostre language, voire à l'intelligence duquel la congnoissance de nostre language soit si profitable ' ». Dans l'édition qu'il donnait du texte grec, en 1570, Estienne revenait sur les motifs de sa préférence pour Hérodote ^, sur cette « concordance » de sa langue avec la nôtre, sur ces ionismes qui lui paraissaient répondre tout à fait à nos gallicismes ^. Aussi, quand il s'agit de traduire la prose d'Hérodote ou les épigrammes de l'Anthologie, ou les idvUes de Théocrite, Estienne s'excuse d'employer une langue aussi terne et aussi lourde que le latin ^. Plus tard, dans sa dissertation sur la latinité de J. Lipse, il dira encore que a les finesses de la pensée ne peuvent être rendues par le latin ^ ».

Ronsard et Du Bellay étaient assez froids partisans des traductions : ils les considéraient comme des œuvres serviles, faites pour gêner l'essor de la littérature originale. Les traducteurs, dit Du Bellay en rappelant un proverbe italien, sont des tradileurs : ils trahissent également l'antiquité qu'ils prétendent faire connaître, et le français qu'ils emploient ^. Il est vrai que Du Bellay écrivait ces lignes, en 1549, dix ans avant l'apparition des Vies d^Amyot. Dans une pièce publiée en 1560, en l'honneur du Tite-Live traduit par Hamelin ^, Ronsard reconnaîtra Tutilité des traductions, mais simplement parce qu'elles dispenseraient la jeunesse de se tant travailler à comprendre les mots et qu'elles mettraient la science et Thistoire à la portée de tous.

Ce sont, au contraire, des raisons surtout littéraires qui engagent Henri Estienne à favoriser les traductions françaises, et particulièrement celles des auteurs grecs. Sans doute il a bien pu ne pas res-

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