‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 203 sur 533 · LE FRANÇAIS ET LE GREC · texte numérisé non relu

LE FRANÇAIS ET LE GREC

tant de quelque canal » et qui se crèvent tôt ou tard. Impossible de rendre l'original avec plus d'exactitude élégante.

Non d ailleurs que Henri Estienne eût la superstition de la traduction littérale et mot pour mot : il savait « qu'il n'est pas nécessaire que ce qui a bonne grâce en une langue soit tel en une autre ^ ». Mais ce qui prouve encore qu'il considérait la traduction comme une œuvre littéraire, c'est qu'il estimait que les poètes devaient être traduits en vers, et nous avons vu que lui-même s'était exercé, avec succès, à la traduction poétique ^.

La brièveté est une autre qualité qu'il attribue à la langue grecque, et qu'il souhaiterait que la langue française s'appropriât; il la refuse au latin. Malheureusement, il ne s'est pas assez expliqué sur ce point. Sa théorie, si nous entrevoyons ce qu'elle signifie, manque pour le moins de précision. Il recommande aux Français « d'emprunter les façons de parler qui peuvent servir à abbreger propos. Car il est quasi incroyable quelle grâce apporte le brief parler ». Pour en donner des exemples il a commencé de traduire « en nostre langue quelques passages des auteurs grecs, qui lui ont semblé les plus propres à cest effet : et aussi quelques epistres fort briefveset bien couchées.. »; il y ajoutera des règles et des préceptes ^. Lacroix du Maine cite comme étant de Henri Estienne : « Epistres laconiques (c'est-à-dire ayans une geptille briefveté) de plusieurs Grecs, ensemble les epistres de Brutus recueillies et traduites » et ce traité : « de la briefveté qu'admet le langage françois, non moii^ que le grec et le latin ^». Voilà encore deux ouvrages perdus! Nous avons du moins un recueil de ces lettres et de petits poèmes grecs, avec traductions latines, publié par Estienne ^. « Les écrivains y ont lutté de brièveté et d'élégance •'» ». Mais cette brièveté de langage, que prise si fort Estienne, convient surtout à un genre littéraire dont l'usage est restreint : Vepigramme ou encore la sentence. C'est naturellement chez les Grecs qu'il en trouve le modèle.

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