Cf. NizoIiodisdascaiuSf p
8. V. l'épltre à J. Chastillon, et le distique écrit sur le titre du livre :
Tu ne pudore taees, quU barbàrus e$»e vereris ? Eia^ meium et lingaam iolvCj Latinus erii. L. Clbme:(t. — Henri Estienne, 14
conseil qu'il adresse à ceux qui, ayant quelque chose à dire, s inquiètent de trouver l'expression exacte de leur pensée. — A prendre la question par ce côté pratique, Henri Estienne n'avait-il pas tout à fait raison d'accorder une large hospitalité aux mots venus des quatre coins de la latinité ? Il n'ose dépasser les confins extrêmes où le latin de Rome meurt pour céder la place à la langue du moyen âge. Il se défend du latin barbare. C'est qu Estienne, malgré la largeur de son esprit et son intellig^ence des besoins de la pensée moderne, était encore trop classique pour aller jusqu'à la conclusion logique de sa thèse : le latin servira de langue savante et universelle, mais à la condition qu'il devienne une langue vivante où le néologisme entrera par droit de conquête, qui traduira clairement les idées sans le secours de la périphrase, où les faits nouvellement acquis par la science se rangeront dans une nomenclature précise, ce qui revient à dire : le latin sera moderne, ou il ne sera pas.
Constatons qu'en fait, le latin, après avoir été uni aux premiers progrès de la science, s'est vu [délaissé par elle : il est aujourd'hui tout à fait mort. — Les causes de sa défaite s'aperçoivent facilement; mais la plus curieuse est l'effort même qu'il devait tenter pour se rapprocher des langues vulgaires ^ : envahi par les idiotismes que chaque peuple y venait déposer, désagrégé par les éléments contradictoires qu'il portait en lui — pris entre la tradition classique et les habitudes modernes — le latin n'offrait plus une force de résistance assez grande pour s'imposer aux écrivains. Puisque nous arrivons à parler français ou italien en latin, que ne parlons-nous franchement italien ou français ? Plus d'un se fit cette remarque, quand les beaux jours de l'humanisme furent passés, et même avant !
1. V., par exemple, le « De studio litterarum recle et commode instituendo », de Guiil. Budë, Paris, 1527. Budc qui recueillait curieusement les mots de la langue vulf^aire (comme le prouvent ses cahiers manuscrits des advenaria) ne croyait pas à la perfectibilité du français. Mais il voulait enrichir le latin. « H faut faire, ditr-il, pour cette langue ancienne ce qu'on fait pour un habit qui ne va plus, parce que les formes du corps sont changées; il faut retoucher et rajuster la langue latine, pour raccommoder aux nouveaux besoins, au nouvel état de la société et de la religion. (Passage traduit par M. de Hudc; ouvrage cité, p. 93 et 96.) (Vcst ainsi que, dans ses annotations sur les Pandectes (1jOK\ et dans ses Forensia, (l^U), il essayait de rendre le latin des jurisconsultes moins barbaiH*. Si plus tard il écrivit en français son livra de VInstitation du Prince (v. Tédit. de Paris, 1547, in-f**), il ne semble pas, contrairement  ce que dit son biographe, quMl fût revenu de ses préventions contre le angagc vulgaire. Car ici encore il proclame la supériorité du grec et du latin ^v. de Dludé, ouvr. cité, p. J28i.