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212 H. ESTIEiNNE GRAMMAIRIEN FRANÇAIS
Musa. C'est que, dans ce poème sur l'art de gouverner, il se voit à chaque pas amené à désigner des titres, des fonctions dont l'équivalent manquait dans l'administration romaine ^ ; par exemple, le conseil privé du roi : « consilium secretius, vel sanctius, vel arctius, gallica lingua /)riva^(im ^ », — les secrétaires royaux : « qui su ni a secretis (qui vulgo secretarii dicuntur^) ». Le prince les reçoit dans son cabinet : « penetrali in illoquod cabinetum nuncupant Galli^ ». Nous voilà revenus à ce latin ^es chancelleries qui sent bien sa barbarie, c'est-à-dire son moyen âge : le mètre seul nous fait penser à Horace ou à Sénèque. 11 faut aller demander à Du Cange le commentaire de ces pages un peu laborieuses. Ce poème du Conseiller des princes nous montre assez clairement ce que devenait le latin des humanistes quand il était aux prises avec Thistoire moderne. Au reste, si de Thou écrit encore en un latin châtié V Histoire de son temps^ de grands érudits français ont déjà renoncé à la langue latine. Pasquier n'a jamais consenti à écrire autrement qu'en français... Henri Estienne a donc fait plus que d'établir la conformité du français avec le latin. L'argumentation de sa thèse prouvait clairement — qu'il y eût ou non pensé — l'impuissance du latin des humanistes à rester la langue des lettrés et des savants. L'heure de la défaite allait sonner : la prose même et les vers d'Estienne vieillissant en étaient les signes trop certains.
La comparaison du français et de V italien. (Précellence, 1579; cf. Dialogues du nouveau langage.) — Que celte recherche de la supériorité d'une langue sur une autre est vainc ; pour défendre le français, il sufllsait d'en faire voir rexcellence. — Lequel des deux langages est le plus grave, le plus gracieux, le plus riche? — Fausse théorie sur la synonymie. — Comment H. Estienne a fausse une méthode de comparaison bonne en soi; il ne s*est pas assez rendu compte de Torigine commune des deux langues. — Il veut ramener Titalien au pix)vençal et le provençal au français ; il exagère rinstabilitc de la langue italienne pour mieux lui opposer la fixité de la
1. « Varia munia... (vocare fancliones ni magis tibi libebit officia quœ dicimus) • Mon. musay p. 168.