‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 21 sur 533 · T. I, p. XIX et XX · texte numérisé non relu

T. I, p. XIX et XX

20 HISTOIRE DE l'œuvre FRANÇAISE

à la fois aux impies et aux faux dévots. Cest ainsi qu'il écrit de sa main sur les marges du feuillet : « Rabelais, un second Lucian^ en cas de broquarder toute sorte de religion <. 103 ^ ». « Rornime la saincte n'avoit que quârantecinq mille courtisanes du temps du pape Paul III, p. 484, 23 », et qu'il ajoute à la table de Ravot des articles sur les sacremens^ sur les saincls de Véglise RommainCj qui « ont grande conformité avec les dieux des payens ». En même temps il essaye de corriger la brutalité des titres; s'il nomme un certain mal, il écrit du moins que c\< est une nouvelle punition de Dieu ». Malheureusement ici encore, il restait trop de ce qui avait ému les ministres. Le passage sur la Viei^e est, à peu de chose près, ce qu'il était dans la table de Ravot, et partant il répète le texte. Nous ne nous sentons vraiment pas le goût de le citer ; et nous estimons avec le Conseil de Genève que « ce sont choses indignes à mettre par escript, encor qu*on les veuille extraire d'ung aultre livre •. »

La table, quoique corrigée, était avec raison aux yeux de la censure, une aggravation de l'ouvrage ; et cette impression, faite sans licence, fut, en somme, le point capital du procès. Estienne se défendit avec habileté : il n'avait pas pensé contrevenir aux édits, puisqu'il n*avait point imprimé un nouveau livre ; sa table n'était « qu'une addition et dépendance du mesme livre »; il était persuadé que Messeigneurs trouveraient cela fort bon, « d'autant qu'il corrigeoit les faultes que on trouvoit mauvayses ^. » Des exemplaires de la plaquette (l'Avertissement et les tables) furent certainement vendus, puisque, à notre connaissance, il en reste encore un*. Estienne nous le laisse supposer; car il dit, dans sa requête au Conseil : « depuis qu'il a entendu que les dictes fueilles ne vous plaisoyent, il n'en a voulu laisser sortir aucunes ^ ». Le résultat de tout ce bruit mené autour d'une table de matières est assez plaisant : malgré la défense du Conseil, la fameuse table reparut intégralement dans les éditions suivantes de V Apologie.

1. Ces chiffres renvoyaient aux pages de l'édition primitive. Voyez l'appendice où nous donnons le fac-similé d'un des feuillets corrigés par Estienne. î. V. la 23* question, ApoL, t. I, p. xxv.

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