‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 212 sur 533 · Préeell.^ p. 101. V. aussi Conform,^ préface, p · texte numérisé non relu

Préeell.^ p. 101. V. aussi Conform,^ préface, p

LE FRANÇAIS ET l'iTALIEX 217

ne prouve en aucune façon la supériorité du français sur Titalien ^ Le tort de Henri Estienne a été d'admettre ici trop aisément (sans doute pour les besoins de sa cause) l'équivalence de mots prétendus synonymes : il n'a pas assez dit que ceux mêmes qui semblent le plus voisins par le sens représentent des aspects différents de ridée ou du sentiment '^ : que vilain ou taquin ou encore pieu repain disent plus ou du moins disent autre chose qu avare et avari-^ deux. Il est cependant vrai que Tusage laisse s^effacer la valeur originale et expressive de certains mots et tend à les confondre : mais c'est le mérite des écrivains de les distinguer en essayant de leur rendre ce qu'ils ont perdu; les termes généraux et vagues, employés les uns pour les autres, deviennent, en effet, la monnaie banale de la synonymie.

Ce côté faible de la théorie d'Estienne s'explique en partie par l'importance qu'il attachait avec les érudits de son temps à des recueils où la quantité suppléait souvent à la qualité. En regard de Yonomasticon de PoUux, qui pour l'histoire de la langue grecque est d'une valeur incontestable, il a placé les Élégances d'Aide Manuce, l'ouvrage d'un écolier 3. Mais peut-être l'a-t-il fait à dessein et pour mieux confondre les Italiens?

Quoi qu'il en soit, il est regrettable qu'il ait faussé, par des conclusions illégitimes, une méthode de comparaison entre les deux langues, qui, maniée prudemment eî sans parti pris, devait lui donner d'excellents résultats. Étudier simultanément l'italien et le français dans leur vocabulaire et dans leur syntaxe, c'était l'occasion de poursuivre cette histoire de la latinité, qu'il avait esquissée dans son De latinitate suspecta. Il aurait du même coup saisi plus nettement 1^ nature de cette influence italienne que subissait alors la langue n^nçatse. Malheureusement, après avoir aperçu et les origines latines ^Ue caractère latin de notre langue, Estienne n'a pas su voir que ce 9^' était vrai du français l'était aussi de l'italien, que ces deux aiigu^g étaient également, et par une évolution parallèle , sorties ^ I^tin, que partant il n'était pas nécessaire de supposer *^® l*italien avait tiré du français les mots, les significations, les

' ^'^éceH.f p. 113 et suiv.

ç- * ** le sentait cependant, puisqu'il a pris souvent la peine d'expliquer le sens prdr , ^ <c>hacun de ces « équivalents ». Nous en donnerons des exemples en parlant de , '^9 ue populaire.

'^Ide Manuce, dit le Jeune, avait publitS ses Eleganze^ en 1558, à Tàge de onze .. * ^^*cst un livre faible. La langue italienne aurait éié mieux représentt^e par . ^"^s traités, par exemple par les Ricchezze d'Alunno, qu'Eslicnnc connaissait d'ail- ^ ^t dont il a tiré paKi dans ses Dialogues (V. notre bibliographie).

tournures qu'il avait avec lui en commun : ces rencontres s'expliquant assez par la communauté de la naissance.

C*est ainsi qu'il s*acharne à reprendre, comme notre bien propre^ tous les mots italiens dont la forme, plus ou moins altérée, lui paraît française. D'autre part, les mots latins qu'il concède à l'italien lui semblent moins heureusement dérivés, plus défigurés que les nôtres : il veut absolument que le français soit, par Tétymologie, plus proche du latine II repcend à son tour, mais pour l'appliquer au seul italien, la thèse de Charles Bovelles sur la corruption des parlers vulgaires. Le paralogisme de la Précellence s'aura ve fatalement de l'ignorance où Estienne se trouvait, des lois de l'accent latin : de l'action fondamentale excercée par cet accent sur la transformation des sons dans les différentes langues romanes.

Par exemple, il estime que le français marbre représente mieux le latin que l'italien marmo (pour marmore) ; le français dit : arbre^ mais l'italien a deux formes : arbore et albero^ et c'est la forme la plus « dépravée » qu'il préfère-. A ce propos Estienne a des remarques qui font sourire : c'est ainsi qu'il dit que les abréviations italiennes font ressembler l'italien à du français : un (pour uno)^ ciascun, alcun -^ « Arioste écrit : un gentil guerrier^ n'est-ce pas du français*? »

Parfois cependant la thèse se soutient par des arguments plus sérieux. Estienne croit établir, en produisant les listes mêmes données par Bembo, que l'italien a pris beaucoup de mots au provençal. Bembo constate que Dante a fait de nombreux larcins à la langue des troubadours ; que Pétrarque l'a aussi pillée quoique avec plus de réserve. Plusieurs de ces emprunts sont assez vraisemblables, sans qu'on puisse les déterminer avec une rigoureuse exactitude ^.

Page 1